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Pologne, Slovaquie, Pays-Bas : ces élections qui ont bouleversé le paysage politique européen

La fin d’année 2023 a été marquée par plusieurs scrutins dans l’UE qui ont profondément modifié les équilibres politiques à l’intérieur des Etats membres, mais également à l’échelle européenne. Retour sur cette intense séquence électorale, lourde de sens à six mois des élections européennes de 2024.

Geert Wilders (Pays-Bas), Donald Tusk (Pologne) et Robert Fico (Slovaquie) pourraient bientôt se retrouver tous les trois à la table du Conseil européen - Crédits : Wouter Engler / Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0 DEED | Conseil européen | Etienne Ansotte / Commission européenne
Geert Wilders (Pays-Bas), Donald Tusk (Pologne) et Robert Fico (Slovaquie) pourraient bientôt se retrouver tous les trois à la table du Conseil européen - Crédits : Wouter Engler / Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0 DEED | Conseil européen | Etienne Ansotte / Commission européenne

Un vent de changement a soufflé sur le paysage politique européen ces derniers mois. En Slovaquie, en Pologne puis aux Pays-Bas, les électeurs ont plébiscité l’alternance. Si les Polonais ont décidé de mettre fin – pour l’instant – à l’ère ultraconservatrice et eurosceptique de leur vie politique, Slovaques et Néerlandais ont pris le chemin inverse, privilégiant des candidats à l’euroscepticisme avéré.

Des choix qui ne sont pas sans conséquences pour le reste de l’Union européenne, ces nations représentant notamment à elles trois 11 % de son PIB et 13 % de sa population. A quelques mois des élections européennes de juin 2024, qui appelleront des centaines de millions d’électeurs à renouveler l’hémicycle de Strasbourg, un certain nombre d’enseignements sont à tirer de ces scrutins nationaux.

Virage pro-russe en Slovaquie

Le Viktor Orbán de gauche”. Voilà comment une bonne partie de la presse européenne surnomme Robert Fico. Ancien Premier ministre slovaque pendant près de dix ans (de 2006 à 2010 puis de 2012 à 2018), le leader du SMER-SD est arrivé en tête des élections législatives anticipées qui se sont tenues le 30 septembre en Slovaquie, avec 23 % des voix pour sa formation. A l’image de son parti, Robert Fico s’est au fil des années éloigné de sa ligne sociale-démocrate au profit d’un populisme flirtant avec le nationalisme et l’euroscepticisme. Un homme politique à l’orientation idéologique “ouvertement pro-russe, anti-américaine, anti-occidentale, anti-Otan et anti-UE, avec une conception de la démocratie plus proche du discours idéologique qu’on peut aujourd’hui entendre du côté des gouvernements au pouvoir en Hongrie ou en Pologne”, analysait Lukáš Macek, chercheur à l’Institut Jacques Delors et spécialiste de l’Europe centrale, interrogé par Toute l’Europe au moment du scrutin en Slovaquie.

Bien qu’arrivé en tête des élections, Robert Fico et le SMER-SD ne sont pas parvenus à obtenir une majorité absolue de représentants au Parlement slovaque. L’ancien Premier ministre parvient à conclure un accord de gouvernement avec le HLAS-SD, parti social-démocrate issu d’une scission avec le SMER-SD, ainsi qu’avec le Parti national slovaque (SNS), une formation nationaliste. Cette coalition formée avec des représentants de l’extrême droite vaudra au SMER-SD d’être suspendu du Parti socialiste européen (PSE), et au HLAS-SD de perdre son statut de parti associé au PSE. Mais pour Robert Fico, l’essentiel est ailleurs : former un nouveau gouvernement pour retrouver le pouvoir. Le nouvel exécutif entre finalement en fonction le 25 octobre 2023. A peine arrivé au pouvoir, Robert Fico met à exécution ses promesses de campagne : cesser tout soutien militaire à l’Ukraine et ne voter aucune sanction liée à la guerre en Ukraine sans une analyse d’impact préalable de celle-ci sur la Slovaquie. Une premier message clair envoyé à Bruxelles et au reste de l’UE.

En Pologne, les ultraconservateurs en fin de règne

Changement d’ère en Pologne. Le parti ultraconservateur Droit et justice (PiS), à la tête de l’exécutif depuis 2015, quittera bientôt le pouvoir. Bien qu’arrivé en tête avec 35,4 % des suffrages lors des élections parlementaires du 15 octobre, le PiS est impuissant face à la coalition formée par les trois principaux partis d’opposition (Coalition civique, Troisième voie et La Gauche), majoritaire à la Diète comme au Sénat. Les Polonais ont ainsi mis fin à huit années de gouvernement du PiS. Une période qui a notamment été marquée par une détérioration des relations entre Varsovie et Bruxelles sur fond de nombreuses atteintes à l’état de droit, aux droits des minorités, à l’indépendance de la justice et à la liberté de la presse.

Cette victoire de l’opposition entretient chez le reste des dirigeants européens l’espoir que les relations avec la Pologne retrouvent une forme de normalité. D’autant que celui qui devrait (re)devenir Premier ministre n’est autre que Donald Tusk, ancien président du Conseil européen (2014-2019) et europhile convaincu. Le leader de la Plateforme civique (KO, centre droit) a déjà conclu un accord de gouvernement avec Troisième voie (TD, centre) et La Gauche (Lewica, centre gauche), qui lui permettrait de retrouver le poste de chef du gouvernement, qu’il a déjà occupé de 2007 à 2014.

Mais le Président polonais Andrzej Duda, issu du PiS, joue la montre. Chargé de désigner celui qui formera le futur gouvernement, il indique suivre une tradition polonaise qui veut que cette tâche soit confiée en premier lieu au leader du parti arrivé en tête des élections. Le chef de l’Etat choisit ainsi Mateusz Morawiecki, Premier ministre sortant et leader du PiS, le 6 novembre 2023. Une mission vouée à l’échec puisque pour gouverner, ce dernier doit obtenir la confiance du Parlement polonais où son parti est minoritaire. A l’issue de ce vote qui s’annonce défavorable, ce sera à la Diète de proposer son candidat. C’est alors que Donald Tusk devrait entrer en jeu et former son exécutif avant de solliciter, lui aussi, la confiance des parlementaires polonais, puis de gouverner pleinement.

La crainte d’un “Nexit” aux Pays-Bas

Plus récemment encore, les Pays-Bas ont également vécu leur séisme politique. Lors des élections législatives anticipées du 22 novembre, les électeurs néerlandais ont placé pour la première fois en tête la principale force d’extrême droite, le Parti pour la liberté (PVV, 23,6 % des voix). Son leader, Geert Wilders inquiète les autres dirigeants européens. Lors de sa campagne, il a promis de réduire la contribution financière des Pays-Bas au budget de l’UE et de s’opposer à tout nouvel élargissement de l’Union. Il milite également en faveur de la suppression des réglementations européennes pour l’agriculture et la pêche. Plus inquiétant encore, il a évoqué un “Nexit” (à savoir une sortie des Pays-Bas de l’UE) à plusieurs reprises, même s’il affirme désormais vouloir peser de l’intérieur sur les décisions prises au niveau européen.

Après l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni en Italie en octobre 2022, cette victoire de Geert Wilders vient une nouvelle fois confirmer que la progression de l’extrême droite concerne toutes les régions de l’Union européenne, même les pays fondateurs de l’UE. Il n’est toutefois pas acté que le nationaliste néerlandais puisse diriger le gouvernement. Car comme en Slovaquie et en Pologne précédemment, le parti arrivé en tête n’est pas majoritaire au Parlement (37 sièges sur 150 à la chambre basse pour le PVV). Geert Wilders s’est donc mis en quête d’alliés pour former un nouvel exécutif. Mais le cordon sanitaire qui met à distance l’extrême droite néerlandaise du pouvoir depuis des années pourrait bien continuer d’exister. Les tractations risquent d’être longues et de durer plusieurs mois à en croire les spécialistes de la vie politique des Pays-Bas. En attendant, c’est Mark Rutte, l’actuel chef du gouvernement, qui gérera les affaires courantes. Sans avoir les mains libres donc, notamment lors des négociations à Bruxelles pour lesquelles il devra obtenir à chaque fois un mandat des parlementaires néerlandais.

Crises politiques dans la péninsule ibérique

L’Espagne et le Portugal connaissent eux aussi des temps troubles dans leur vie politique depuis plusieurs semaines. A Madrid, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a bataillé depuis les élections générales de juillet pour essayer de trouver une majorité parlementaire pour continuer de gouverner. Finalement, un accord a été conclu avec le parti indépendantiste catalan Junts, permettant à Pedro Sánchez d’obtenir la poignée de soutiens qu’il lui manquait pour conserver une majorité au Parlement. Mais ce soutien des indépendantistes au gouvernement socialiste ne s’est pas fait sans concession. En échange, le Premier ministre a notamment promis une loi d’amnistie qui permettra de mettre un terme à toutes les poursuites judiciaires entamées contre les personnes ayant organisé le référendum sur l’indépendance de la Catalogne en 2017. Un pacte contesté par la droite espagnole et à l’origine de manifestations réunissant des dizaines de milliers de personnes. Cela n’a pas empêché Pedro Sánchez, au pouvoir depuis 2018, d’être réinvesti par le Congrès le 16 novembre, 116 jours après les élections.

Côté portugais, le tumulte politique ne trouve pas sa source dans des élections, mais dans un scandale judiciaire historique. Le Premier ministre socialiste António Costa, en poste depuis huit ans, a démissionné à la surprise générale le 7 novembre. Ce jour-là, un scandale de corruption lié à l’attribution de licences d’extraction de lithium dans le nord du Portugal et à la construction d’un méga centre de données à Sines, à une centaine de kilomètres au sud de Lisbonne, entraîne la chute de son gouvernement. Des ministres et membres du cabinet du chef de l’exécutif sont arrêtés ou perquisitionnés, alors qu’António Costa lui-même est soupçonné d’être intervenu “pour débloquer des procédures”. Le Premier ministre démissionne dans la foulée et le Président du Portugal convoque des élections législatives anticipées pour le 10 mars 2024. Mais une semaine plus tard intervient un retournement de situation inattendu : le parquet fait savoir qu’il a confondu António Costa, Premier ministre, avec António Costa e Silva, ministre de l’Economie. Une erreur surréaliste qui viendrait d’une mauvaise transcription d’écoutes téléphoniques. Pour la presse portugaise, cette erreur ne blanchit toutefois pas complètement le chef du gouvernement et ne remet pas en cause sa démission. Mais elle renforce l’incertitude dans la séquence politique qui s’est ouverte au Portugal.

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