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Guerre en Ukraine : quelles sanctions de l’UE contre la Russie ?

Depuis 2014 et le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne soumet la Russie à des sanctions. Mais avec l’invasion militaire lancée par Moscou le 24 février 2022, les Vingt-Sept durcissent le ton et prennent de lourdes mesures de rétorsion pour l'économie russe. En outre, l'UE a pris la décision historique de financer l'envoi d'armes aux Ukrainiens.

Le 24 février, jour de l’invasion de l’Ukraine, les dirigeants de l’UE se sont entendus sur de sévères sanctions à l’égard de la Russie. De gauche à droite : les présidents français Emmanuel Macron (la France préside alors le Conseil de l’UE), du Conseil européen Charles Michel et de la Commission européenne Ursula von der Leyen - Crédits : Dario Pignatelli / Conseil européen
Le 24 février, jour de l’invasion de l’Ukraine, les dirigeants de l’UE se sont entendus sur de sévères sanctions à l’égard de la Russie. De gauche à droite : les présidents français Emmanuel Macron (la France préside alors le Conseil de l’UE), du Conseil européen Charles Michel et de la Commission européenne Ursula von der Leyen - Crédits : Dario Pignatelli / Conseil européen

Résumé des principales sanctions prises par l’UE contre la Russie depuis février 2022 :

  • Pétrole : embargo sur l’essentiel du pétrole russe, plafonnement du prix du pétrole russe à destination des pays tiers
  • Charbon : embargo sur le charbon russe
  • Or : embargo sur l’or russe
  • Banques et finance : exclusion de plusieurs banques russes du système bancaire Swift, gel des avoirs de la Banque centrale russe hors de Russie, interdiction des transactions en cryptomonnaies avec les ressortissants russes
  • Transports : fermeture de l’espace aérien européen à l’aviation russe, des ports de l’UE aux bateaux russes, des routes de l’Union aux transporteurs russes
  • Commerce : interdiction de vente d’avions et d’équipements aux compagnies aériennes russes, interdiction d’importer des produits sidérurgiques russes finis et semi-finis
  • Services : Interdiction de fournir à la Russie des services d’architecture et d’ingénierie, de conseil informatique et de conseil juridique
  • Armes : interdiction de vente d’armes et équipements militaires à la Russie
  • Médias : interdiction de diffusion dans l’UE des médias Russia Today et Sputnik 
  • Individus et entités : interdiction de séjour et gel des avoirs de Vladimir Poutine, d’oligarques russes et d’un large nombre de personnes et entités soutenant l’effort de guerre de la Russie

Dès la reconnaissance par la Russie, le 21 février 2022, des zones non contrôlées par le gouvernement des oblasts de Donetsk et de Louhansk en Ukraine, puis l’invasion de l’Ukraine le 24 février, l’Union européenne a rapidement adopté des sanctions contre Moscou. 

Celles-ci visent notamment à limiter le plus possible la capacité du Kremlin à financer la guerre qu’il a déclenchée. Depuis février, sept trains de sanctions européennes sont entrés en vigueur. 

23 février 2022 : premier train de sanctions 

La première salve de mesures restrictives contre la Russie entre en vigueur la veille du début du conflit, le 23 février. Ces sanctions sont décidées en réaction à la reconnaissance par le pays de l’indépendance des territoires séparatistes pro-russes de Donetsk et de Louhansk le 21 février, situés dans la région du Donbass, à l’est de l’Ukraine. Une décision qui s’avère être un préalable à l’invasion russe. 

En coordination avec d’autres pays occidentaux dont les Etats-Unis, l’UE restreint alors la capacité de la Russie à accéder aux marchés des capitaux et services financiers européens. Parmi les cibles : les banques qui ont contribué à financer les opérations militaires russes dans le Donbass. De nombreuses personnalités politiques, tels l’ensemble des députés de la Douma, sont par ailleurs sanctionnées. En raison de leur rôle dans la reconnaissance des zones sécessionnistes, leur entrée dans l’UE est interdite et leurs avoirs détenus dans l’Union sont gelés.

25 février 2022 : deuxième train de sanctions

Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se réunissent dès le 24 février au soir pour un Conseil européen extraordinaire à Bruxelles.

Ils s’accordent alors sur une deuxième salve de sanctions, qui entrent vigueur le 25 février et concernent notamment les secteurs financier, de l’énergie et des transports, ainsi que des mesures ciblant certaines personnalités. 

Les banques de l’UE ont ainsi l’interdiction d’accepter des dépôts de citoyens russes de plus de 100 000 euros, tandis que plusieurs entreprises étatiques russes se voient empêchées d’accéder aux financements européens. 

En ce qui concerne l’énergie, une interdiction d’exportations en matière de technologies rend impossible pour la Russie de moderniser ses raffineries de pétrole. La vente d’avions, de pièces détachées et d’équipements aux compagnies aériennes russes est aussi interdite. L’accès de la Russie aux technologies nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs et d’autres technologies de pointe est par ailleurs limité.

Ces mesures ont vocation à augmenter les coûts d’emprunt de la Russie et à éroder sa base industrielle. Les sanctions financières “réduisent l’accès de la Russie aux marchés de capitaux les plus importants. Nous visons désormais 70 % du marché bancaire russe, mais aussi les principales entreprises publiques, y compris dans le domaine de la défense”, détaille ainsi la présidente de la Commission Ursula von der Leyen à l’issue du sommet. 

Les Vingt-Sept s’accordent également pour sanctionner le président russe Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en gelant les avoirs qu’ils possèdent au sein de l’Union européenne. Ils suppriment aussi la faculté de voyager sans visa dans l’UE pour les porteurs de passeport russe. Concernant les visas, les diplomates et les hommes d’affaires n’ont plus d’accès privilégié à l’Union européenne.

Enfin, les dirigeants européens se mettent d’accord sur l’adoption de mesures de rétorsion individuelles et économiques à l’encontre de la Biélorussie, Etat allié de la Russie et d’où l’invasion de l’Ukraine a été en partie lancée.

28 février 2022 : troisième train de sanctions 

Réunis le 28 février, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept approuvent de nouvelles mesures de rétorsion à l’égard de Moscou, en coordination avec les Etats-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Malgré les réticences exprimées par plusieurs Etats membres, tous s’accordent sur l’exclusion de plusieurs banques russes du système bancaire Swift. Une décision qui complique très fortement les transactions de ces dernières et leur capacité à échanger des capitaux à l’international. 

Plus exactement, sept établissements bancaires sur 300 sont alors concernés - ils sont 10 aujourd’hui - dont VTB (la seconde banque de Russie) ou bien Novikombank, un établissement spécialisé dans le financement de l’industrie. Celles qui sont impliquées dans le commerce du gaz, telle que Gazprombank (filiale de la société d’hydrocarbures), sont épargnées en raison des pénuries que leur exclusion pourrait provoquer pour certaines économies particulièrement dépendantes des exportations gazières russes, à l’instar de l’Allemagne ou de l’Italie.

Pour compléter cette mesure, les Etats membres - de même que leurs alliés américains, canadiens, britanniques et japonais (membres du G7, qui comprend aussi la France, l’Allemagne et l’Italie) - annoncent aussi le gel des avoirs de la Banque centrale russe hors de Russie. Ce qui restreint fortement la capacité de la banque à puiser dans ses réserves à l’étranger pour contourner les sanctions économiques. 

En outre, l’espace aérien européen est fermé à l’aviation russe, qu’il s’agisse des grandes compagnies aériennes ou des jets privés des oligarques. 

Par ailleurs, les Vingt-Sept souhaitent aussi lutter contre la désinformation organisée par le Kremlin. Les ministres des Affaires étrangères donnent ainsi leur accord à l’interdiction de diffusion au sein de l’UE des médias Russia Today et Sputnik, accusés de propager de fausses informations au sujet des agissements russes en Ukraine. 

La Biélorussie est une nouvelle fois sanctionnée par les Européens. Les secteurs phares de l’économie biélorusse sont visés : les hydrocarbures, le tabac, le ciment, le fer et l’acier. Des sanctions individuelles frappent aussi les responsables impliqués dans l’offensive russe sur le sol ukrainien. 

Envoi d’armes à l’Ukraine

Les mesures de rétorsion sont renforcées par une autre décision approuvée par les Etats membres, inédite dans l’histoire de l’UE : le financement de la livraison d’armes aux Ukrainiens. 

Les Européens décident le 28 février de faire parvenir pour 500 millions d’euros d’armements, d’équipements de protection et de carburant à l’armée ukrainienne. Ils utilisent pour cela la Facilité européenne pour la paix, nouvel instrument adopté en mars 2021, qui les autorise à envoyer des armes létales à un pays en guerre. 

Progressivement rehaussée, cette contribution atteint désormais plus de 3,1 milliards d’euros. 

15 mars 2022 : quatrième train de sanctions

Quelques jours après le sommet de Versailles destiné à traiter des conséquences de la guerre en Ukraine, l’Union européenne décide le 15 mars 2022 d’appliquer un quatrième train de sanctions économiques et individuelles à l’encontre de la Russie. 

Les nouvelles mesures arrêtées introduisent notamment l’interdiction de toutes les transactions avec certaines entreprises publiques russes, l’arrêt de nouveaux investissements dans le secteur de l’énergie en Russie ou encore des restrictions commerciales concernant le fer, l’acier et les produits de luxe. L’UE étend également la liste des personnes visées par des restrictions à l’exportation de biens et de technologies, en raison de leurs liens avec les secteurs de l’industrie et de la défense.

7 avril 2022 : cinquième train de sanctions

Le cinquième train de sanctions intervient en réaction à la découverte, le 2 avril, des atrocités commises par l’armée russe dans la ville de Boutcha, en banlieue nord-ouest de Kiev, où des centaines de cadavres de civils sont retrouvés. Le 7 avril, les Vingt-Sept s’accordent pour imposer un embargo sur le charbon à la Russie. Les ports et routes de l’UE sont fermés aux navires et transporteurs russes. 

L’exportation vers la Russie de certains biens, de haute technologie notamment, est interdite. En sens inverse, l’UE proscrit l’importation de certaines “matières premières et matériaux critiques”.

Plusieurs grandes banques russes voient leurs avoirs dans l’Union gelés. La liste des personnalités sanctionnées est par ailleurs significativement allongée. 

Enfin, les Européens envisagent d’accroître encore leur soutien militaire à l’Ukraine, pour le porter à 1,5 milliard d’euros. 

2 juin 2022 : sixième train de sanctions

Après plusieurs semaines de blocage causés par la Hongrie (celle-ci souhaitait des garanties sur son approvisionnement énergétique), les Vingt-Sept réunis en sommet européen trouvent un accord le 30 mai pour se couper de la majeure partie du pétrole acheté à Moscou. Les importations par bateau sont visées, mais pas les livraisons par oléoduc. L’interdiction, qui doit prendre effet d’ici décembre, concerne plus des deux tiers des importations de pétrole russe.

L’Allemagne et la Pologne ont également aussi annoncé mettre fin à leurs importations par oléoduc d’ici à la fin de l’année, ce qui permettra à “l’UE [de] tarir de 90 % les livraisons de pétrole russe″ d’ici là, selon le président du Conseil européen Charles Michel. L’objectif est toujours de sanctionner le Kremlin pour la guerre qu’il mène en Ukraine et de le couper de ses sources de financement, tout en préservant l’UE de difficultés trop importantes pour s’approvisionner en énergie. 

L’exemption concernant les importations par oléoduc bénéficie avant tout à la Hongrie, à la Slovaquie et à la République tchèque. Ces pays enclavés continueront d’être approvisionnés par le pipeline russe Droujba. La Bulgarie est également autorisée à se procurer l’hydrocarbure russe pendant un an et demi. 

Le sixième train de mesures comprend d’autres sanctions telles que le retrait de la Sberbank, la plus grande banque commerciale de Russie, du système de paiement Swift. 70 personnalités russes sont également visées, telles que des militaires responsables des massacres commis à Boutcha ou encore la famille de Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. 

Lors du vote de cet accord au Conseil de l’UE le 2 juin, la Hongrie obtient une modification des mesures décidées deux jours plus tôt : le patriarche Kirill, chef de l’Eglise orthodoxe russe et proche allié du président Poutine, ne figure plus sur la liste des personnalités sanctionnées. 

21 juillet 2022 : septième train de sanctions

Le 21 juillet, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept approuvent de nouvelles mesures restrictives. La principale concerne l’interdiction d’importer de l’or en provenance de Russie, y compris les bijoux. 

Les actifs de Sberbank, la plus grande banque russe, sont dans le même temps gelés au sein de l’UE. La liste des personnalités et entités figurant sur la liste noire de l’Union est aussi allongée. 

Enfin, les ressources de certaines banques originaires de Russie, sanctionnées par les Etats membres mais nécessaires au commerce de produits alimentaires comme le blé, sont débloquées afin que les sanctions de l’UE n’aggravent pas la crise alimentaire liée au conflit en Ukraine. 

Le 4 août, les pays de l’UE ajoutent par ailleurs à leur liste noire l’ancien chef d’Etat ukrainien Viktor Ianoukovytch (2010-2014), de même que son fils Oleksandr. Le premier est accusé d’avoir pris part à une opération russe visant à remplacer le président Volodymyr Zelensky par lui au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le second est sanctionné pour ses liens, notamment financiers, avec les séparatistes du Donbass. Tous deux sont soumis à une interdiction de visa dans les Vingt-Sept et à un gel de leurs potentiels actifs détenus dans l’Union.

6 octobre 2022 : huitième train de sanctions 

Après une proposition de la Commission européenne le 28 septembre, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept s’accordent sur un nouveau paquet de sanctions visant la Russie, afin d’affaiblir davantage la capacité du pays à financer sa guerre contre l’Ukraine. Celles-ci comprennent notamment un plafonnement du prix du pétrole russe à destination des pays tiers. Un accord à venir entre pays du G7 doit déterminer le seuil à appliquer. 

Les transactions en cryptomonnaies avec les ressortissants russes sont par ailleurs interdites. De même que le commerce d’armes, d’armes à feu civiles, de munitions, de véhicules militaires et d’équipements militaires. L’import de produits sidérurgiques russes finis et semi-finis est également frappé d’interdiction, avec un manque à gagner pour Moscou estimé à sept milliards d’euros. Et il n’est plus possible de fournir à la Russie des services d’architecture et d’ingénierie, de conseil informatique et de conseil juridique. 

Enfin, 30 personnes impliquées dans l’organisation des pseudo-référendums d’annexion dans l’est et le sud de l’Ukraine sont ajoutées à la liste noire l’UE (interdiction de séjour et avoirs gelés), ainsi que sept entités qui soutiennent l’effort de guerre du Kremlin. 

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5 commentaires

  • Avatar privé
    Eliopatchikov

    Le lundi 21 février, Vladimir Poutine reconnaissait l’indépendance des républiques populaires du Donetsk et de Lougansk. En même temps, il ordonne à ses troupes d’entrer sur ces territoires. Il semble que cette décision a porté un coup fatal aux accords de Minsk, pourtant favorables à Moscou. Trois jours plus tard, la guerre en Ukraine démarre. Les forces russes envahissent le pays par les régions du Nord, mais se servent aussi des territoires séparatistes pour atteindre les villes de Marioupol et d’Odessa…

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    Moretti

    Ne pensez vous pas que les sanctions prises par les européens n’aient pas été anticipées par Poutine avant d’intervenir en Ukraine ?

    • Avatar privé
      Eliopatchikov

      Si Poutine avait anticipé les sanctions, il n’y aurait pas eu de sanction possible.… Quant à l’efficacité des sanctions, c’est trés relatif évidemment mais c’est une étape (et ça touche aussi la France, les Etats Unis, etc…!) ! Mais que faire, rien (?), amorcer une guerre mondiale ? Non, car ce serait pire.… Quant aux capacités d’anticipation de Poutine, pour la Russie, tous les jours on a des preuves du contraire!! Il prévoyait d’envahir L’Ukraine en 72h, il brandi l’arme nucléaire dés qu’il a une épine dans l’œil ‚.….

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    Jean-Michel GUERVILLE

    Les sanctions contre la Russie ne consistent-elles pas à affaiblir les relations commerciales de nos entreprises avec très peu impacts sur ce pays (vue sa taille et ses richesses) et surtout « faire le jeu » des étasuniens qui aimeraient n’avoir aucune concurrence.
    Et en ce qui concerne l’Ukraine ne sommes nous pas fautifs de ne pas avoir fait appliquer les accords de Minsk ?

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    SERRE GEORGES

    Pourquoi ne pas saisir les biens et avoirs russe, plutôt que simplement les geler.
    Par la suite, la vente de ces biens permettrait en partie de dédommager l’Ukraine pour les dégâts occasionnés par cette agression. Car, qui va payer le coût de cette folie de Poutine ?