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Comment la Banque européenne d’investissement et la Caisse des Dépôts financent l’éolien flottant en France

En matière d'éolien en mer, la France compte bien rattraper son retard vis-à-vis de ses voisins européens. Elle mise notamment sur l'éolien flottant, une technologie novatrice au cœur de plusieurs projets soutenus par la Banque européenne d'investissement et la Caisse des Dépôts.

Par leur éloignement des côtes, les éoliennes flottantes peuvent bénéficier de vents plus puissants et réguliers que les éoliennes posées - Crédits : Untrakdrover / Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0
Par leur éloignement des côtes, les éoliennes flottantes peuvent bénéficier de vents plus puissants et réguliers que les éoliennes posées - Crédits : Untrakdrover / Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Un événement qui n’est pas passé inaperçu. Le 22 septembre dernier, Emmanuel Macron inaugurait le parc éolien en mer de Saint-Nazaire. Celui-ci compte 80 éoliennes pour une puissance installé de 480 mégawatts. La France en totalise ainsi… 81 en service sur son territoire. Loin derrière le Royaume-Uni et ses plusieurs milliers de turbines pour une puissance supérieure à 12,7 gigawatts ou encore des plus de 7,7 gigawatts de l’Allemagne.

Le président français a ainsi fixé un ambitieux objectif pour combler ce retard. D’ici à 2050, la cible est de 50 parcs éoliens en mer, pour une capacité de 40 gigawatts. Une ambition en phase avec la stratégie de la Commission européenne en la matière. Celle-ci prévoit de multiplier par 25 la capacité de production des éoliennes en mer dans l’UE d’ici à 2050 : de 12 gigawatts en 2020 à 60 gigawatts en 2030, puis 300 pour 2050.

Plusieurs projets bientôt finalisés devraient permettre à la France de poursuivre son rattrapage. D’ici à 2024, deux autres parcs éoliens en mer devraient être mis en service en Normandie, une région dont la ventosité se prête parfaitement à cette énergie renouvelable : à Fécamp (Seine-Maritime) ainsi qu’à Courseulles-sur-Mer (Calvados). Tout comme à Saint-Nazaire, il s’agit dans les deux cas d’éoliennes posées. Ce qui signifie qu’elles sont dotées de mats fixés sur les fonds marins.

L’éolien flottant, technologie d’avenir

Une autre technologie connaît une croissance importante, celle de l’éolien flottant. Les éoliennes sont montées sur des structures arrimées par des câbles au fond de la mer. Beaucoup moins tributaires de la profondeur marine, elles peuvent être ainsi bien plus éloignées des côtes. Ce qui permet de moins les voir depuis le littoral. Surtout, les éoliennes bénéficient de vents plus puissants et réguliers. De quoi garantir leur puissance et obtenir une production électrique plus continue.

En mer Méditerranée, trois fermes pilotes d’éoliennes flottantes doivent être mises en service d’ici à la mi-2024. Ici, il n’est pas possible de faire autrement. “Le fait que les fonds marins atteignent rapidement une importante profondeur empêche le développement de l’éolien posé”, explique Magali Parrenin, responsable d’investissements dans le domaine des énergies renouvelables à la Banque des Territoires, une direction de la Caisse des Dépôts (CDC) créée en 2018. En charge de la filière Eolien en mer flottant, elle supervise le projet des Eoliennes flottantes du golfe du Lion, dont la Banque des Territoires est actionnaire aux côtés d’Ocean Winds, société qui réunit les énergéticiens français Engie et portugais EDP Renewables.

Il ne s’agit pour l’heure que de trois éoliennes pour une puissance totale de 30 mégawatts, très peu en comparaison avec le parc de Saint-Nazaire. Car la technologie de l’éolien flottant n’est pas encore “mature et demeure émergente”, fait savoir Magali Parrenin. Actuellement, détaille-t-elle, “il n’existe que trois fermes pilotes dans le monde – deux en Ecosse et une au Portugal – pour 13 turbines en tout”. Mais “l’engouement” est là, notamment parce que l’éolien flottant peut être déployé dans des zones trop profondes pour le posé.

Des financements européens

La ferme des Eoliennes flottantes du golfe du Lion, dont la mise en service est prévue d’ici à la fin 2023, bénéficie d’un important financement européen. Complétant les fonds prêtés par les banques commerciales, la Banque européenne d’investissement (BEI) finance le projet à hauteur de 75 millions d’euros. Par rapport à la Banque des Territoires, qui est actionnaire, la BEI intervient en aval. “A l’issue de la phase de développement du projet et généralement juste avant la décision finale d’investissement des actionnaires”, fait savoir Laurent Colvez, chef d’unité au sein des équipes de financements structurés de l’institution européenne. Soit avant le début des travaux, une fois que l’ensemble des permis et autorisations ont été obtenus. Comme souvent sur le territoire français, CDC et BEI sont ainsi complémentaires.

La seconde finance également deux autres fermes pilotes en mer Méditerranée. La première, Provence Grand Large, est réalisée par EDF et l’entreprise canadienne Enbridge. La BEI contribue avec 50 millions d’euros au financement de cette ferme qui comptera trois turbines, à l’instar de celle du golfe du Lion, pour une puissance de 25 mégawatts. C’est le premier parc flottant qui sera opérationnel en Méditerranée, d’ici à la mi-2023. Également composée de trois éoliennes flottantes d’une capacité totale de 30 mégawatts, le projet Eolmed est quant à lui développé par le producteur indépendant d’électricité Qair. Financé par la BEI à hauteur de 85 millions d’euros, il doit être mis en service à la mi-2024 au plus tard.

Coordinateur des trois projets pour la BEI, Laurent Colvez indique que les investissements de la banque sont notamment motivés par sa “vocation à soutenir les technologies innovantes et la transition énergétique” en Europe. L’établissement européen entend d’ailleurs devenir la “banque du climat” de l’UE, avec au moins 50 % de ses financements consacrés à la lutte contre le changement climatique et à l’atténuation de ses effets d’ici à 2025.

D’autres projets à venir

Outre les futurs parcs éoliens posés sur lesquels elles se positionnent, la Banques des Territoires et la BEI comptent bien poursuivre leurs investissements dans d’autres réalisations impliquant des éoliennes flottantes.

La première a notamment pour ambition de participer au développement, à la construction et à l’exploitation de nouveaux parcs éoliens en mer, dans l’optique de contribuer aux objectifs énergétiques de la France. “A travers ses investissements dans ce secteur, la Banque des Territoires encourage le développement économique local et accompagne l’implantation des énergies renouvelables au plus près des territoires. Elle entend également participer à la structuration d’une filière industrielle européenne des énergies marines performante et de plus en plus compétitive”, précise Magali Parrenin.

La Banque des Territoires est ainsi candidate à l’appel d’offres d’un vaste projet situé au sud de la Bretagne, dont l’ampleur exigera encore plusieurs années de développement avant qu’il puisse voir le jour. Au large du Morbihan, le parc devrait compter une vingtaine d’éoliennes flottantes pour une capacité de 250 mégawatts dans un premier temps. Puis voir le nombre de turbines tripler et avec elles leur capacité de production, afin d’atteindre les 750 mégawatts. “Un projet que la BEI sera prête à regarder le moment venu pour le financer si nécessaire”, affirme Laurent Colvez.

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