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L'énergie dans l'Union européenne

Enjeu stratégique international, l’énergie est historiquement au cœur de la construction européenne. Bien que les Etats gardent la main sur l’essentiel, l’Union européenne agit pour assurer l’approvisionnement énergétique du continent, maintenir des prix abordables et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Un parc éolien au large de la Belgique (image d'illustration)
Un parc éolien au large de la Belgique (image d’illustration) - Crédits : Tom Buysse / iStock

L’Union européenne est le troisième plus gros consommateur d’énergie du monde en volume, derrière la Chine et les Etats-Unis. Une situation qui s’explique par le nombre de ses habitants comme par son niveau de développement économique et industriel. En effet, la consommation énergétique primaire de l’Union européenne s’est élevée à 1,3 milliard de tonnes d’équivalent pétrole en 2019 pour environ 447 millions d’habitants, contre 2,2 milliards aux Etats-Unis pour 333 millions d’habitants la même année, selon la société de conseil Enerdata.

En Europe, les transports sont le premier utilisateur final d’énergie. La consommation de ce secteur dépasse celle des ménages, de l’industrie et des services. Afin de satisfaire la demande, l’Europe importe l’essentiel de son énergie (plus de 60 % en 2019). De fait, le continent ne dispose que de faibles ressources en hydrocarbures et produit peu d’énergie primaire. Dans ce contexte, la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis du reste du monde est forte, et plus particulièrement à l’égard de la Russie et du Moyen-Orient en ce qui concerne le gaz et le pétrole. 

Au sein de l’Union européenne, chaque pays est par ailleurs plus ou moins dépendant des importations d’énergie, y compris vis-à-vis de ses voisins européens. La dépendance énergétique, qui correspond à la part d’importations nettes (les importations moins les exportations) dans la consommation globale du pays, dépasse 60 % dans 15 des 27 Etats membres, se situe aux alentours de 30 % en Roumanie ou en Suède, et descend sous la barre des 5 % en Estonie (chiffres 2019). La France et la Pologne contiennent cette dépendance sous la barre de 50 %, compte tenu de la prévalence du nucléaire dans la première et du charbon dans la seconde. En revanche, l’Espagne, la Grèce, le Portugal, l’Italie et la Belgique doivent importer les trois quarts de leur énergie environ, les taux record étant atteints à Malte (97,2 %) et à Chypre (92,8 %).

Objectifs principaux

Plusieurs objectifs sont aujourd’hui poursuivis par l’Union européenne en matière énergétique. Ils sont formalisés par le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Parmi ceux-ci :

  • Garantir le fonctionnement du marché de l’énergie ;
  • Assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique ;
  • Promouvoir l’efficacité énergétique et les économies d’énergie ;
  • Promouvoir le développement des énergies renouvelables ;
  • Assurer l’interconnexion des réseaux énergétiques.

Un certain nombre d’objectifs environnementaux ont été également fixés. A l’heure actuelle, les trois quarts des émissions européennes de gaz à effet de serre proviennent en effet de la production et de la consommation d’énergie (le reste est provoqué par l’agriculture, les procédés industriels et solvants, ou encore les déchets).

En 2018, l’UE s’était dotée d’un objectif contraignant de 32 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale d’ici 2030 et de l’objectif indicatif d’améliorer d’au moins 32,5 % l’efficacité énergétique (le rapport entre les résultats, le service, la marchandise ou l’énergie que l’on obtient et l’énergie consacrée à cet effet) par rapport aux projections faites en 2007.

Avec son Pacte vert pour l’Europe lancé en 2019, la Commission européenne d’Ursula von der Leyen a souhaité rehausser ces ambitions. Dans le but d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050, l’exécutif européen a notamment présenté le 14 juillet 2021 une révision de la directive sur les énergies renouvelables, fixant à 40 % l’objectif d’énergies propres dans le mix énergétique de l’UE d’ici 2030.

Fonctionnement

Dès les années 1950 et les premières heures de la construction européenne, l’énergie a fait partie des domaines de coopération privilégiés en Europe. Avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), entrée en vigueur en 1952, et qui visait à éviter l’émergence de nouveaux conflits armés en Europe. Puis avec la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom), entrée en vigueur en 1958 en même temps que le traité de Rome, en vue d’améliorer voire d’atteindre l’autosuffisance énergétique en Europe.

Compétence aujourd’hui partagée entre l’Union et les Etats membres, l’énergie reste un important instrument de souveraineté pour les pays de l’UE. Les traités européens protègent aujourd’hui “le droit d’un Etat membre de déterminer les conditions d’exploitation de ses ressources énergétiques, son choix entre différentes sources d’énergie et la structure générale de son approvisionnement énergétique”.

Chaque Etat membre a ainsi ses propres modes de production d’énergie, notamment d’électricité. La moitié des 27 pays européens disposent par exemple de centrales nucléaires sur leur sol. La production française est de loin la plus importante : en 2019, plus de 77 % de la production d’électricité y est assurée par la fission des atomes d’uranium. La République tchèque accorde également une place importante au nucléaire, qui représente un tiers de sa production d’électricité. 

Le débat sur le nucléaire est vif dans certains pays comme en Belgique, où près de la moitié de la production électrique nationale provient de cette source en 2019. D’autres ont quant à eux tranché en faveur d’une sortie du nucléaire, comme l’Allemagne qui prévoit de stopper ses dernières centrales en 2022. Le pays, qui utilise principalement du charbon, prévoit d’y mettre fin d’ici à 2038, “idéalement” 2030, et de développer les énergies renouvelables, qui comptent aujourd’hui déjà pour plus de 30 % de la production électrique.

L’électricité est produite essentiellement à partir d’énergies fossiles dans d’autres pays : c’est le cas en Pologne, où 80 % de l’électricité repose sur le charbon, ou encore en Grèce et en République tchèque où la moitié du mix électrique provient d’énergies fossiles. En Estonie enfin, celle-ci est issue à 76 % de l’exploitation de schistes bitumineux.

La production d’énergies renouvelables a globalement augmenté en Europe. 36,5 % de la production d’énergie primaire de l’UE provient de sources renouvelables, mais là encore les pays européens sont à des niveaux sensiblement différents. En 2009, ces derniers s’étaient dotés d’objectifs nationaux à atteindre en 2020 et tous ne sont pas parvenus à tenir leurs engagements. La France atteignait par exemple 19,1 % d’énergies renouvelables dans sa consommation finale en 2020, et non 23 % comme elle s’y était engagée. D’autres Etats ont en revanche largement dépassé leurs ambitions, comme la Suède (56,3 % en 2019 avec une cible de 49 %), le Danemark (37,2 % contre 30 %) ou encore la Croatie (28,5 % contre 20 %).

Afin d’atteindre les nouveaux objectifs de l’UE à l’horizon 2030 (réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % par rapport aux niveaux de 1990, part de 32 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique et réduction de la consommation d’énergie de 32,5 %), chaque Etat membre a du établir un plan national intégré en matière d’énergie et de climat (PNEC) sur la période 2021-2030. Celui-ci décrit la manière avec laquelle il entend agir dans cinq domaines jugés prioritaires : l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la recherche et l’innovation ainsi que les interconnexions des réseaux d’énergie.

Enfin, les Européens cherchent à développer des secteurs considérés comme stratégiques tels que le stockage de l’énergie ou encore les batteries électriques, qui revêtent une certaine importance avec le déploiement rapide des véhicules électriques et de la mobilité durable. Afin d’atteindre les objectifs du Pacte vert, la Commission parie sur des énergies innovantes. Elle propose par ailleurs de porter la capacité de production éolienne en mer de l’Europe de 12 GW actuellement à au moins 60 GW d’ici 2030 et à 300 GW à l’horizon 2050. Elle souhaite également investir dans l’hydrogène décarboné.

Une Union de l’énergie ?

Sur le plan énergétique, l’un des enjeux historiques au niveau européen a longtemps été la constitution d’une Union de l’énergie : celle-ci impliquerait l’intégration totale des marchés nationaux de l’énergie. Afin de réaliser ce projet, l’ouverture à la concurrence de ces marchés nationaux de l’électricité et du gaz a par exemple été réalisée progressivement à partir de 2004 pour les entreprises et collectivités, et de 2007 pour les particuliers. Même si des règles nationales demeurent pour favoriser certaines entreprises historiques.

En février 2015, peu de temps après son entrée en fonction à la tête de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker avait relancé cette perspective d’Union de l’énergie. Le contexte était alors celui de la crise ukrainienne, de la montée des tensions entre l’Europe et la Russie, ainsi que de la guerre en Syrie. L’approvisionnement énergétique de l’UE semblait menacé et les Européens souhaitaient diversifier leurs importations d’énergie. Des mesures ont été adoptées depuis la fin des années 2000, à la suite notamment de ruptures de livraison de gaz russe, et dans le cadre du paquet Energie propre adopté fin 2018.

L’harmonisation des réseaux de transport d’énergie en vue d’améliorer leurs interconnexions entre pays européens a été entreprise, tandis que l’UE s’efforce également de diversifier ses approvisionnements et a mis en œuvre des mécanismes de solidarité régionales en cas de crise. Le mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) est un programme de financement qui investit dans des infrastructures améliorant l’intégration du système énergétique et les réseaux transeuropéens. Par ce biais, l’Union européenne finance les corridors énergétiques sur le continent dans le cadre de projets d’intérêt commun (PIC). De plus, depuis le 1er janvier 2020, les gestionnaires nationaux des réseaux d’énergie ont l’obligation de mettre à disposition au moins 70 % de la capacité des réseaux pour les échanges transfrontaliers. Une politique qui faisait dire au régulateur français de l’énergie (CRE), en 2020, que le marché intérieur européen dans ce domaine était “un projet en voie d’achèvement”.

Enfin, face à la flambée des prix de l’énergie à l’automne 2021, la Commission aide les Etats membres à adopter une série de mesures temporaires pour éviter que les ménages ne voient leur facture suivre cette courbe ascendante. Les adaptations à plus long terme de la politique de l’UE en matière d’énergie sont à l’ordre du jour du Conseil européen des 21 et 22 octobre.

Définitions

Les énergies fossiles désignent les énergies issues de la combustion de matière organique fossilisée et contenue dans le sous-sol terrestre. Les principales sources d’énergies fossiles sont le pétrole, le charbon et le gaz naturel. Elles sont présentes en quantité limitée et ne sont pas renouvelables à l’échelle de temps humaine. Leur consommation intensive a un impact négatif direct sur le changement climatique dans la mesure où elles dégagent, au moment de leur combustion, de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Les énergies renouvelables, qui se distinguent des énergies fossiles et de l’énergie nucléaire, sont multiples et diverses par leurs mécanismes physiques, chimiques ou biologiques. Elles proviennent du vent (ex : éolienne), du soleil (ex : photovoltaïque), de la chaleur terrestre (ex : géothermie), ou encore de l’eau (ex : hydroélectrique). Enfin, contrairement aux énergies fossiles, les renouvelables ne produisent pas directement de gaz à effet de serre.

L’efficacité énergétique désigne le rapport entre les résultats, le service, la marchandise ou l’énergie que l’on obtient et l’énergie consacrée à cet effet. On cherche habituellement à maximiser l’efficacité énergétique afin de réduire la consommation d’énergie, notamment dans une optique environnementale.

Le Pacte vert et l'Union européenne

Pacte vert et océans

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