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Sobriété énergétique : quelles sont les mesures prises par nos voisins européens ?

Envolée des prix de l'énergie, moins d'importations de gaz russe, changement climatique… Face à ces enjeux, les pays de l'Union européenne mettent en place des mesures pour réduire leur consommation d’énergie. Alors que la France a dévoilé son plan de sobriété le 6 octobre, focus sur les initiatives adoptées par plusieurs pays en Europe.

En Allemagne, Berlin a arrêté d'éclairer la porte de Brandebourg la nuit (ici en février 2022)
En Allemagne, Berlin a arrêté d’éclairer la porte de Brandebourg la nuit (ici en février 2022) - Crédits : Sarra22 / iStock 

Le défi est de taille. Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, l’Union européenne cherche à se débarrasser de sa dépendance aux énergies fossiles russes, tandis que le Kremlin baisse drastiquement ses exportations de gaz vers l’ouest. Au point de faire craindre aux Européens des pénuries cet hiver, même si les Etats membres de l’UE ont largement rempli leurs stocks en milieu d’année.

Ils se sont mis d’accord cet été pour réduire de 15 % leur consommation de gaz d’ici au printemps 2023 (par rapport à la moyenne des quatre dernières années). Une mesure complétée par une obligation de réduire la consommation d’électricité aux heures de pointe, proposée le 7 septembre dernier par la Commission européenne. Vendredi 30 septembre, les Etats membres ont finalement validé l’objectif contraignant de 5 % de réduction de la consommation d’électricité lors des pics de demande, ainsi qu’un objectif non contraignant de réduction globale de 10 % de la consommation d’électricité (voir encadré en bas de l’article).

Réunis autour de la Première ministre Elisabeth Borne, plusieurs membres du gouvernement ont dévoilé les principales mesures françaises le 6 octobre, dont une aide au covoiturage pour les particuliers et la baisse du chauffage dans les bâtiments publics. En matière de sobriété énergétique, que font les autres pays européens pour préparer l’hiver ?

Allemagne

Bien souvent, ces mesures de sobriété énergétique dans les Etats membres sont prévues pour durer. Comme en Allemagne, où le plan du gouvernement dirigé par Olaf Scholz est de réduire la consommation de gaz de 2 à 2,5 %, et de faire économiser aux ménages, entreprises et administrations 10,8 milliards d’euros sur deux ans.

Concrètement, les bâtiments publics doivent être chauffés à 19 degrés maximum depuis le 1er septembre (à l’exception des services essentiels comme les hôpitaux). L’eau chaude est par ailleurs coupée pour le lavage des mains. Concernant les monuments souvent éclairés la nuit, à l’image de la porte de Brandebourg à Berlin, leur illumination est interdite, sauf lorsqu’elle contribue à la sécurité routière.

Pour les particuliers, il est interdit de chauffer les piscines avec des systèmes trop énergivores. Depuis le 6 octobre, un décret oblige aussi les propriétaires à optimiser les systèmes de chauffage des logements.

Autriche

Les ministres autrichiens de l’Energie et de l’Economie ont présenté le 12 septembre le plan “Mission 11”, une liste de conseils adressés aux foyers pour faire économiser jusqu’à 11 % d’énergie par ménage. Cela inclut des mesures de réduction du chauffage ou encore d’économies sur l’éclairage.

Au niveau local, de nombreuses communes ont décidé de ne plus illuminer leurs ponts et leurs monuments après 23h. Appréciée des habitants comme des touristes, la grande patinoire habituellement installée sur la Rathausplatz à Vienne pourrait fonctionner au ralenti entre janvier et mars 2023. Le pays compte par ailleurs mettre en place certaines restrictions pour les illuminations des fêtes de fin d’année : la capitale prévoit d’ouvrir son marché de Noël une semaine plus tard qu’en 2021. Quant aux chemins de fer ÖBB, l’équivalent de la SNCF en France, ils ont annoncé qu’ils baisseraient la température dans tous les bureaux et les gares et qu’ils favoriseraient l’utilisation des trains économes en énergie.

Le gouvernement pourrait prendre de nouvelles mesures dans les prochains mois en amendant la loi autrichienne d’efficacité énergétique. Adoptée en 2014, elle avait déjà été modifiée en 2020.

Espagne

Au cœur de l’été, le gouvernement espagnol a approuvé un plan d’économie d’énergie. Il dispose que les lieux publics fermés ne devront pas être climatisés à moins de 27 degrés et chauffés à plus de 19 degrés. Consigne a été donnée aux commerces de plonger leurs vitrines dans le noir dès 22h. Ces derniers ont aussi l’obligation d’afficher les mesures d’économie et ont dû s’équiper de portes automatiques afin d’éviter le gaspillage d’énergie. Des contrôles exceptionnels de l’efficacité énergétique de certains bâtiments sont prévus d’ici à la fin de l’année.

Les autorités espagnoles ont également fait savoir que de nouvelles mesures seraient prises avant l’hiver.

Finlande

En Finlande, les mesures sont plus incitatives que contraignantes. Le ministère de l’Economie et de l’Emploi a lancé le projet “Un degré de moins” le 10 octobre dernier. Une campagne de communication est menée afin d’encourager les ménages et les entreprises à économiser de l’énergie.

Baisser le thermostat à domicile et dans les bureaux, réduire la consommation d’électricité pendant les heures de pointe (en semaine de 8 à 10 heures et de 16 à 20 heures) et réduire l’usage d’eau chaude (en raccourcissant les douches par exemple) font partie des principales recommandations des autorités. La Finlande encourage aussi les citoyens à lever le pied sur la route afin de baisser la consommation de carburant des véhicules.

La campagne “Un degré de moins” recommande par ailleurs de faire “moins de visites au sauna” ! Et de baisser là aussi le thermostat. “La vapeur de sauna la plus économe en énergie est obtenue entre 70 et 80 °C. Chauffer un sauna à 100 °C augmente la consommation d’électricité de 20 à 30 %”, peut-on lire sur le site du projet.

La question semble avoir un certain écho dans la population finlandaise : selon un sondage, presque 9 personnes sur 10 déclarent fournir des efforts pour économiser de l’énergie. Un chiffre qui se vérifie dans la consommation du mois de septembre : le gestionnaire de réseau du pays Fingrid estime que la consommation d’électricité a déjà baissé de 7 % par rapport au même mois de l’année 2021.

Grèce

En Grèce, le gouvernement mène de son côté une campagne de sensibilisation pour les économies d’énergie. En septembre, 23 propositions ont été adressées aux citoyens pour faire baisser la facture, dont l’isolement des espaces inutilisés dans les logements ou les petits gestes du quotidien (débrancher les appareils plutôt que les mettre en mode veille…). La Grèce a par ailleurs utilisé les fonds européens pour un programme national de recyclage et de remplacement des appareils électriques, doté de 150 millions d’euros. Concernant les administrations publiques, le pays a fixé plusieurs objectifs à court et à long terme : réduire la consommation d’énergie de 10 % immédiatement et d’au moins 30 % d’ici à 2030.

Selon le ministre de l’Environnement Konstantínos Skrékas, la consommation grecque de gaz naturel a déjà diminué en septembre de 40 % par rapport à la même période l’année dernière.

Le plan de sobriété énergétique en France

Dans l’Hexagone comme ailleurs, la sobriété est présentée non seulement comme une réaction à la volatilité des prix de l’énergie sur le marché ou au chantage russe sur le gaz, mais aussi à plus long terme comme une des réponses pour atténuer le changement climatique.

Le plan français d’économie d’énergie, présenté par la Première ministre Elisabeth Borne le 6 octobre, contient une série de mesures pour les ménages, les entreprises et la fonction publique. 

Au-delà d’une baisse du chauffage, le plan prévoit d’abandonner l’obligation d’avoir de l’eau chaude pour les sanitaires des bâtiments publics, sauf dans les douches. L’indemnisation télétravail des agents de la fonction publique a été augmentée de 15 %, tandis que les véhicules de service vont devoir baisser leur vitesse à 110 ou 100 km/h sur l’autoroute. 

Concernant les particuliers, un bonus de 100 euros va être instauré à partir du 1er janvier 2023 pour toute nouvelle inscription sur une plateforme de covoiturage. Quant aux entreprises, elles sont invitées à dresser leur propre projet d’économie d’énergie. Les publicités lumineuses doivent être éteintes la nuit entre 1h et 6h du matin. 

Plusieurs de ces mesures ayant déjà été annoncées auparavant, comme la diminution de l’éclairage dans les gares ou la réduction de la publicité lumineuse, plusieurs collectivités ont pris les devants. A Lille par exemple, il n’y a plus d’éclairage des bâtiments publics la nuit depuis le 5 septembre et les fontaines à eau n’ont pas été remises en fonctionnement.

Le gouvernement envisage de prendre des mesures plus contraignantes en cas d’échec de ce plan de sobriété. 

Interviewé le 14 juillet dernier au sujet des conséquences de la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron avait estimé qu’il fallait “entrer collectivement dans une logique de sobriété”. La France a déjà l’objectif de réduire de 10 % la consommation d’énergie sur les deux prochaines années par rapport à 2019. Une première pierre pour atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé de -40 % d’ici à 2050.

Italie

Une inconnue demeure en Italie. Lors des élections de septembre dernier, le parti postfasciste Fratelli d’Italia est arrivé en tête et une nouvelle coalition d’extrême droite et de droite a pris les rênes du pouvoir en octobre. Le nouveau gouvernement de Giorgia Meloni pourrait ainsi revenir sur certaines mesures ou en prévoir d’autres.

Présenté le 6 septembre, le plan italien comprenait des mesures comparables à celles des autres gouvernements européens. Cet hiver, il ne sera pas possible de chauffer à plus de 19 degrés les bâtiments publics ou les écoles. Dans le secteur résidentiel, il s’agira de baisser d’un degré le chauffage et d’attendre novembre pour allumer les radiateurs.

Du côté de l’industrie, le gouvernement précédent avait engagé des discussions avec les entreprises afin de trouver les initiatives qui entraîneront les conséquences les plus faibles sur la production. L’Italie compte aussi maximiser la production d’électricité avec des centrales qui utilisent d’autres sources d’énergie que le gaz (charbon, fioul, biocarburants…).

Début septembre, le ministère italien de la Transition écologique avait calculé que la réduction de la demande de gaz représentait 8,2 milliards de mètres cubes d’économies à réaliser. Le pays avait importé 29 milliards de mètres cubes de Russie en 2021, ce qui représentait 40 % des besoins italiens en gaz. La péninsule figurait ainsi parmi les pays européens les plus dépendants à l’énergie russe.

Lituanie

En Lituanie aussi, des initiatives ont été prises. Le gouvernement a calculé qu’il pouvait réduire de 20 % la consommation d’énergie du secteur public en deux ans. Cela comprend une extension du télétravail pour les agents, une réduction de la température à 16-17 degrés dans les bâtiments le week-end, mais aussi la fin de l’utilisation de l’eau chaude pour se laver les mains aux toilettes. Le ministère lituanien de l’Energie estime que 100 millions d’euros pourraient ainsi être économisés, sur les 800 millions d’euros en deux ans pour l’intégralité du plan national.

Les entreprises et les ménages sont aussi mobilisés. Il est conseillé aux premières de changer les fenêtres et d’installer des portes automatiques afin d’éviter les pertes de chaleur. Quant aux foyers, le gouvernement les incite à remplacer les chaudières inefficaces par des pompes à chaleur ou des systèmes plus économes en énergie.

Selon le gouvernement, l’abandon de la voiture personnelle au profit des transports en commun pourrait faire économiser près de 200 millions d’euros aux Lituaniens. Un temps envisagée, la proposition de limiter la vitesse maximale sur les autoroutes à 110 km/h pendant deux mois supplémentaires - d’octobre à mai, au lieu de novembre à mars habituellement - n’a pour l’instant pas été retenue.

Suède

L’Agence suédoise de l’énergie (Energimyndigheten) veut faire changer les habitudes. C’est pourquoi le précédent gouvernement (non réélu en septembre) a lancé une campagne intitulée “Chaque kilowattheure compte”, avec des mesures concrètes pour réduire la consommation d’électricité.

Là aussi, les mesures sont incitatives. L’agence suédoise incite à réduire le chauffage de 1 °C, de prendre une douche plutôt qu’un bain ou encore de faire la lessive et la vaisselle au milieu de la journée, la nuit et le week-end afin d’aplatir la courbe de consommation, donc d’éviter les pics de demande. Elle encourage par ailleurs les citoyens, les entreprises et les associations à faire appel aux “conseillers en énergie et en climat”, un service de soutien et de diffusion des bonnes pratiques fourni par les municipalités suédoises.

De nouvelles mesures d’urgence

Au-delà des objectifs de réduction de 10 % de la consommation d’électricité (volontaire) et de 5 % pendant les heures de pointe (contraignante), les ministres européens de l’Energie, réunis vendredi 30 septembre, ont approuvé plusieurs initiatives afin de répondre à l’envolée des prix de l’énergie.

Ces mesures incluent la redistribution d’une partie des superprofits des producteurs d’énergie aux consommateurs. Une contribution de solidarité sera ainsi imposée aux entreprises du secteur des énergies fossiles qui réalisent des bénéfices exceptionnels. Les revenus des producteurs d’électricité peu chère seront par ailleurs plafonnés à 180 euros/MWh. Ces entreprises utilisant les énergies renouvelables, le nucléaire ou le charbon pour produire de l’électricité les revendaient sur le marché à un prix élevé, tiré par celui du gaz.

Le 18 octobre, la Commission européenne a ensuite présenté de nouvelles pistes afin de sortir de la crise énergétique. Elles concernent essentiellement le gaz, avec de possibles achats communs entre Etats membres ainsi qu’un nouveau mécanisme de correction des prix pour limiter leur volatilité sur les marchés.

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