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Frans Timmermans : "L'Europe est en mesure d'atteindre des objectifs climatiques ambitieux lorsque chacun y met du sien"

Frans Timmermans prend la parole le 9 décembre 2020 pour présenter la stratégie européenne des mobilités douces - Crédits : Commission européenne/Dati Bendo
Frans Timmermans prend la parole le 9 décembre 2020 pour présenter la stratégie européenne des mobilités douces - Crédits : Commission européenne/Dati Bendo

Confrontée à une crise sanitaire et économique sans précédent, la Commission européenne présidée par Ursula von der Leyen maintient le cap des ambitions écologiques qu’elle s’était fixées lors de sa prise de fonction : l’accomplissement du Pacte vert pour l’Europe, une feuille de route destinée à atteindre la neutralité climatique à horizon 2050. Un peu plus d’un an après le lancement de ce programme ambitieux, Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne en charge du Pacte vert pour l’Europe, revient sur les avancées réalisées et les enjeux pour l’Union en matière d’environnement.

Un an après le lancement du Pacte vert pour l’Europe, quel regard portez-vous sur la situation de l’Union européenne en matière de transition environnementale ?

Nous sortons d’une année marquée pour toujours par la pandémie de Covid-19, qui a provoqué une souffrance incroyable à travers le monde. En ce qui concerne l’UE, je pense que suite à cette crise, nous avons pris un engagement clair : en sortir par la transition verte pour construire une Europe plus durable et plus résiliente. C’est le changement majeur de ces douze derniers mois.

Justement, comment cette relance verte va-t-elle s’organiser ?

Au cours des prochaines années, nous consacrerons 1 800 milliards d’euros à la relance économique en Europe [somme du budget de l’UE 2021-2027 et du plan de relance Next Generation EU, NDLR]. C’est sans précédent, à la fois compte tenu du montant total et du fait que 30% de celui-ci sera dédié à l’action pour le climat. Pour que la reprise soit verte, nous nous concentrons sur les investissements qui favorisent la transition vers une économie durable et circulaire. Dans ce contexte, le grand chantier engagé en matière de rénovation énergétique, nommé ‘la vague de rénovation’, est un exemple important. En rendant nos maisons moins énergivores, nous créons une demande d’emplois, nous contribuons à la lutte contre le changement climatique et nous réduisons également la précarité énergétique dans toute l’Europe, car les factures d’énergie vont baisser.

Enfin, l’adoption de l’objectif 2030 de moins 55% et de l’objectif 2050 de neutralité climatique sont également des étapes importantes. Ces objectifs fixent le cap à long terme pour l’Europe mais aussi pour les autres grandes économies mondiales.

“L’Europe a un plan de relance ambitieux qui nous mettra sur la voie d’un avenir durable”

Quel regard portez-vous sur l’engagement écologique porté par ce paquet financier de 1800 milliards ? Est-ce suffisant, ou l’Union aurait-elle dû être encore plus ambitieuse sur certains programmes comme la stratégie européenne de l’hydrogène ?

Le montant dédié à l’action climatique est élevé et c’est un résultat très positif. La Commission avait proposé de consacrer 25% du nouveau budget pluriannuel 2021-2027 au climat. En juillet de l’année dernière, les dirigeants des Etats membres de l’UE se sont mis d’accord sur un chiffre de 30%. En plus, les 70% restants doivent être dépensés conformément au principe “do no significant harm” [ne pas porter atteinte à l’environnement, NDLR]. L’Europe a donc un plan de relance ambitieux qui nous mettra sur la voie d’un avenir durable.

L'hydrogène propre compte parmi les axes de développement stratégiques des politiques environnementales européennes
L’hydrogène propre compte parmi les axes de développement stratégiques des politiques environnementales européennes - Crédits : istockphoto/audiounwerbung

En ce qui concerne nos ambitions en matière d’hydrogène, il est essentiel que nous mobilisions également les investissements industriels privés. C’est pourquoi, dans le cadre de la stratégie européenne sur l’hydrogène, nous avons lancé l’Alliance européenne pour l’hydrogène propre. Elle rassemble l’industrie, les autorités publiques nationales et locales, la société civile et d’autres parties prenantes. L’alliance contribuera à constituer un solide portefeuille de projets et d’investissements.

La Pologne, l’Allemagne ou encore la France ont accepté d’exclure les investissements dans les secteurs du gaz et du nucléaire du Fonds de transition juste [fonds destiné à financer la transition des régions européennes vers des énergies moins carbonées, NDLR]. Pensez-vous que les États membres ont pris conscience de l’importance de cette transition énergétique, bien que la Pologne n’ait pas encore souscrit à l’objectif de neutralité climatique à horizon 2050 ?

Chaque État membre peut composer son propre mix énergétique, mais tous doivent néanmoins respecter une contrainte : répondre aux exigences des objectifs européens en matière de climat et d’énergie, par exemple par rapport à la part des énergies renouvelables dans le mix total. En octobre de l’année dernière, nous avons publié une évaluation détaillée du plan national d’énergie et de climat de chaque État membre, dans lesquels ils décrivent comment ils prévoient d’atteindre ces objectifs. Dans l’ensemble, l’UE est sur la bonne route. L’Europe est en mesure d’atteindre des objectifs climatiques ambitieux lorsque chacun y met du sien. En juin prochain, nous présenterons des propositions législatives détaillées pour atteindre la barre des 55% de réduction des émissions carbone en 2030 par rapport au niveau observé en 1990.

“Si nous étions allés plus loin que 55% de réduction des émissions carbone, cela aurait été un pas de trop. Une majorité d’États membres aura déjà du mal à atteindre ce seuil”

En 2021, la Commission européenne va en effet présenter une série de mesures législatives pour la transition climatique. Comme vous venez de le souligner, l’un des objectifs phares de l’Union est de réduire d’ici 2030 les émissions carbone de 55% par rapport au niveau observé en 1990. Que répondez-vous aux ONG qui affirment qu’il faudrait plutôt atteindre le seuil des 65% pour parvenir à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré ?

La Commission européenne a effectué une étude approfondie des impacts sociaux, économiques et environnementaux de l’objectif de 55%. L’analyse faite dans cette étude d’impact montre que l’objectif est à la fois réaliste et réalisable. Il place l’Europe sur une voie équilibrée pour atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. Si nous étions allés plus loin que 55% de réduction des émissions carbone, cela aurait été un pas de trop. Une majorité d’États membres aura déjà du mal à atteindre cet objectif. Mais je suis convaincu que le seuil de 55% pour 2030 nous permettra d’atteindre la neutralité climat d’ici 2050.

L’une des propositions attendues pour 2021 sera la mise en place d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, une ressource propre environnementale destinée à alimenter les caisses européennes et à rembourser l’emprunt du plan de relance. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce mécanisme, et quelles en seront les retombées environnementales ?

Le Green Deal européen est notre stratégie de croissance et notre feuille de route vers un avenir durable. Mais l’Europe ne peut pas agir seule. La crise climatique est une crise mondiale et le monde entier devra se mobiliser si nous voulons réussir. Si les émissions diminuent en Europe mais ne changent pas voire augmentent dans le reste du monde, ça n’ira pas. Nous appelons donc nos partenaires internationaux à mener également une politique climatique ambitieuse. S’il persiste des différences d’ambition, la Commission européenne mettra en place un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour éviter les fuites de carbone. Nous présenterons une proposition détaillée cette année et nous veillerons bien sûr à ce que ce mécanisme soit conforme aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce.

2021 a aussi été consacrée “année du rail” en Europe, durant laquelle le quatrième paquet ferroviaire entrera en vigueur. Quelles sont vos ambitions en matière de transports, et pourquoi le développement du secteur ferroviaire est-il aussi stratégique d’un point de vue environnemental ?

En décembre de l’année dernière, nous avons présenté la stratégie de mobilité durable et intelligente. La stratégie vise à rendre le système de transport européen durable, intelligent et résilient. D’ici à 2050, les émissions des transports doivent baisser de 90%. Il y a du pain sur la planche car les émissions des transports ont augmenté par rapport à d’autres secteurs.

Un TGV français arrive en gare de Francfort
Un TGV français arrive en gare de Francfort. L’UE se donne dix ans pour doubler le trafic ferroviaire à grande vitesse - Crédits : istockphoto/Teka77

Le secteur ferroviaire est très important pour rendre le système de transport européen plus durable. Il est responsable de moins de 0,5% des émissions liées au transport et constitue donc l’un des modes de transport les plus durables pour les passagers et le fret. Nous voulons donc le développer au maximum. D’ici à 2030, le trafic ferroviaire à grande vitesse devrait doubler et le trafic de fret ferroviaire devrait augmenter de 50%. Concrètement, cela signifie que sur les trajets courts par exemple, le train devrait de plus en plus souvent remplacer l’avion.

“L’urgence de s’attaquer à la crise climatique s’accroît, et j’observe une dynamique positive au niveau mondial”

La Chine a récemment affirmé son ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060, tandis que le Japon vise la neutralité climatique à horizon 2050. Lors des prochaines décennies, les grandes puissances mondiales vont se livrer une bataille pour innover et développer cette économie dite “verte”. Un enjeu stratégique pour l’Union européenne, qui veut devenir une référence mondiale sur ce plan…

Les récentes déclarations de la Chine et du Japon, le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris, mais aussi les mesures ambitieuses vers la neutralité climatique fixées par des pays comme la Corée du Sud et l’Afrique du Sud représentent tous des signaux très prometteurs. L’urgence de s’attaquer à la crise climatique s’accroît, et j’observe une dynamique positive au niveau mondial. Bien que l’Europe se soit fixé l’objectif ambitieux de devenir le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050, j’invite tous les partenaires internationaux à prendre part à cette course mondiale à la sobriété. Dans un tel concours, au final, nous sommes tous gagnants.

Vous avez récemment rencontré John Kerry, en charge du changement climatique pour la nouvelle administration américaine. Après que Joe Biden a annoncé le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris, qu’attendez-vous de Washington en termes de politique environnementale, et quelles sont vos ambitions pour la prochaine COP26 qui se tiendra à Glasgow en novembre 2021 ?

Le fait que le président Biden ait annoncé comme promis le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris dès le premier jour de son mandat est un signal très fort. Le nouveau président américain a clairement montré que l’Amérique comprend l’urgence de la lutte contre la crise climatique, et qu’il s’agit d’une nécessité à la fois écologique et économique. Je suis ravi d’y travailler avec mon homologue John Kerry. Nous pouvons préparer ensemble le sommet de Glasgow et convaincre encore plus de pays de fixer et de mettre en œuvre des objectifs climatiques ambitieux.

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