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Isabel Caño Aguilar (CESE) : à la COP27, “la voix de la société civile est fondamentale”

En amont de la COP27, le Comité économique et social européen (CESE) a adopté une résolution qui appelle l'UE à relever ses ambitions en termes de climat, tout en garantissant une transition écologique socialement juste. Rapporteuse du texte et membre de la délégation du CESE à la COP, Isabel Caño Aguilar nous explique la position défendue par l'organe consultatif.

Crédits : Frédéric Sierakowski / Comité économique et social européen
Nous sommes dans une société qui entend trop peu la voix des jeunes” en matière climatique, affirme Isabel Caño Aguilar - Crédits : Frédéric Sierakowski / Comité économique et social européen

Alors que les catastrophes naturelles et des températures anormalement élevées ont marqué l’année 2022, la COP27 et ses résultats seront scrutés de près. Le monde entier se donne rendez-vous du 6 au 18 novembre à Charm el-Cheikh en Egypte. Une rencontre que ne manquera pas le Comité économique et social européen (CESE), organe consultatif de l’UE représentant la société civile organisée (travailleurs, employeurs ou encore ONG). 

Composée de sept personnes, une délégation de l’institution fera le déplacement. Parmi elles, les six rapporteurs de la résolution du CESE adoptée le 26 octobre dernier intitulée “Ensemble pour affronter une menace existentielle : les partenaires sociaux et la société civile défendent la mise en œuvre d’une action ambitieuse dans le domaine du climat”, ainsi qu’une déléguée pour la jeunesse. Isabel Caño Aguilar, elle-même rapporteuse du texte, détaille pour Touteleurope.eu la position qu’ils défendront en Egypte. 

Toute l’Europe : Quelle voix singulière au sein de l’UE la délégation du CESE fera-t-elle entendre lors de la COP27 ?

Isabel Caño Aguilar : Le CESE ne fait pas partie de la délégation européenne menant les négociations mais nous représentons la voix de la société civile en Europe, qui doit être représentée comme elle l’est dans la vie institutionnelle de l’UE. Il est important que nous soyons présents car les résultats des débats devront être mis en œuvre par ce tissu d’organisation de la société civile dont nous sommes issus. Notre voix est fondamentale. Elle est celle des gens qui sont au travail tous les jours et subissent les effets du changement climatique. Mais aussi celle des transformations et transitions, qui devront être faites dans des délais de plus en plus courts en raison de l’urgence climatique.

Le CESE insiste régulièrement sur une dimension sociale de la transition écologique à ne surtout pas négliger. Que peut-on faire pour améliorer sa prise en compte ?

Déjà appliquer les principes de ce que l’on appelle la transition juste. C’est un concept d’abord porté par le monde syndical, et maintenant largement reconnu. Le Bureau international du travail (BIT), par exemple, définit clairement les aspects d’une transition juste, ne laissant personne de côté et tenant comptes des besoins des travailleurs et de la complexité de leurs situations, mais aussi de celle des territoires et des secteurs productifs.

Selon moi, il faut accélérer la transition écologique, ce qui signifie avancer davantage dans la réalisation des objectifs déterminés lors des précédentes COP. Nous avons un objectif final : une société neutre en carbone. Mais pour ce faire, nous devons revoir notre modèle économique actuel. Dans les territoires, l’accès aux financements pour mener à bien l’action climatique doit être garanti. Il faut également renforcer la protection sociale. C’est un double enjeu, qui recouvre à la fois la protection des travailleurs et la transmission des compétences nécessaires aux nouveaux emplois émanant de la transition. Cet axe protection-formation est un pilier de la transition juste.

Une déléguée du CESE pour la jeunesse à la COP27, Sophia Wiegand, sera présente à Charm el-Cheikh avec vous et les autres rapporteurs de la résolution adoptée en amont de l’événement. En matière de lutte contre le changement climatique, pensez-vous que les aspirations de la jeunesse sont assez entendues ?

Non, on n’en tient pas assez compte. Que ce soit en matière climatique mais aussi en termes d’emploi ou encore de logement. Nous sommes dans une société qui entend trop peu la voix des jeunes. Je pense que leur ambition climatique a une portée différente de celle du reste de la population. Ils voient leurs vies à plus long terme et savent qu’ils feront les frais de l’inaction climatique des générations précédentes.

Pour eux, l’urgence climatique se fait encore plus sentir car ils vont devoir prendre les rênes de la lutte pour le climat et assumer une grande part des décisions à venir. Des choix qui impliqueront d’importants sacrifices et changements de consommation. De ce point de vue, nous n’entendons pas assez les jeunes. J’estime donc que c’est une bonne chose d’intégrer pour la deuxième fois une personne du profil de Sophia Wiegand dans la délégation du CESE à la COP.

Au CESE, nous considérons la question de la jeunesse essentielle. Nous avons ainsi adopté un avis appelant à mieux impliquer les jeunes dans le processus décisionnel de l’UE. C’est une position que nous avons aussi fait valoir lors de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

Le CESE appelle les pays développés à augmenter leur contribution financière au combat pour le climat dans les Etats en voie de développement. Selon vous, ils sont encore loin du compte ?

Oui, bien sûr. Nous n’avons pas arrêté de polluer, que ce soit dans ou hors de nos frontières, et maintenant, nous voulons que tout le monde fasse le même type d’efforts. Ce n’est pas possible. Les contributions des pays développés doivent absolument être revues. Les questions de climat et de pollution n’ont pas de frontières. Nous avons donc une grande responsabilité et je considère que l’Union européenne doit être exemplaire en matière de contribution financière à la lutte contre le changement climatique à travers le monde. En Europe, nous avons déjà un Fonds pour une transition juste. Il faut qu’il y ait aussi des fonds pour aider les pays en voie de développement, dont beaucoup sont en première ligne face aux bouleversements du climat.

Partez-vous à la COP27 confiante ? Vous attendez-vous à des résultats à la hauteur des enjeux ?

En raison de l’urgence climatique et du retard que nous avons pris en matière d’actions pour le climat, je ne pars pas confiante à cette COP. Concernant les résultats, je ne peux pas vous dire ce à quoi elle aboutira. Ce que je peux vous dire, c’est que nous allons en Egypte avec un esprit combattif. Nous serons très attentifs au déroulement des négociations et espérons que ceux qui les mènent, les grands pays notamment, prendront conscience qu’une course à la plus grande croissance possible au détriment de la planète n’est pas viable. 

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