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Environnement : comment rendre le secteur culturel plus durable ?

En Europe, les professionnels de la culture s’investissent de plus en plus dans la lutte contre le changement climatique. Avec l’appui des institutions européennes, puisqu’un groupe d’experts intergouvernemental prépare un rapport sur la dimension culturelle du développement durable et les pratiques écologiques à promouvoir dans le secteur.

Le ministère français de la Culture a organisé en 2020 puis 2021 les Etats généraux des festivals, donnant la parole aux professionnels du secteur avec l'ambition de réinventer le modèle des festivals
Le ministère français de la Culture a organisé en 2020 puis en 2021 les Etats généraux des festivals, donnant la parole aux professionnels du secteur, avec la volonté de réinventer le modèle des festivals - Crédits : Urbazon / iStock

La réalisation des ambitions de l’accord de Paris, l’accord international sur le changement climatique visant à limiter le réchauffement de la planète à un niveau bien inférieur à 2°C, voire à 1,5°C, exige de repenser radicalement nos modes de vie et de travail”. Si ces préconisations visent en premier lieu les secteurs les plus consommateurs en énergies fossiles, cette phrase est tirée du site du Creative Climate Leadership, un programme à destination du secteur culturel soutenu par les programmes européens Erasmus+ et Europe créative. Signe que les artistes, producteurs et autres acteurs du domaine de la culture s’organisent eux aussi pour repenser leurs pratiques à l’aune du changement climatique.

Bien au-delà du programme Creative Climate Leadership, partout en Europe, artistes et professionnels de la culture se mobilisent en effet pour atténuer les conséquences environnementales de la production d’œuvres musicales, cinématographiques ou théâtrales. En France, le Centre national de la musique met à disposition des ressources pour réduire le bilan carbone des tournées et propose un florilège des meilleures pratiques en termes de gestion des déchets, d’éclairage ou de transport des festivaliers lors des concerts. Une initiative qui concerne d’autres branches du monde de la culture : l’association Ecoprod aide ainsi les entreprises du cinéma à “verdir” les productions et le CNC a lancé en juin 2021 son plan d’action pour la transition écologique dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel et de l’image animée. Il vise notamment à rendre obligatoire la réalisation d’un bilan carbone pour toute œuvre ou projet financés par l’établissement.

Verdir les programmes culturels européens

A l’échelle européenne, un travail a précisément été mené pour mieux prendre en compte l’environnement à travers les programmes liés à la culture, comme Erasmus+ ou Europe créative. Avec pour maître mot la conditionnalité environnementale, qui consiste à faire du respect de l’environnement un critère de sélection pour valoriser un projet culturel. Un rapport de juin 2020 de la commission Culture et éducation du Parlement européen appelait déjà la Commission à “établir des critères permettant de prendre en compte les aspects environnementaux des candidatures dans l’évaluation des projets, en encourageant ainsi des pratiques plus écologiques, tout en respectant systématiquement le principe de la liberté de création”. Mais la démarche vaut pour les programmes culturels européens au sens large : les eurodéputés proposaient par exemple de travailler sur des modes de transport plus propres pour les étudiants qui voyageraient dans le cadre d’un échange académique soutenu par Erasmus+.

Par ailleurs, 30 % des dépenses du budget de l’UE doivent être consacrées aux actions de lutte contre le changement climatique : le respect des objectifs du Pacte vert est donc désormais un critère important dans le traitement des candidatures pour bénéficier des financements européens. Un récent appel à projet, qui vise à donner un coup de pouce aux artistes émergents, cite ainsi parmi ses priorités la nécessité “d’accroître la durabilité et la conscience environnementales du secteur”. Dans le même esprit, un soutien aux festivals, également financé par le programme Europe créative, portera une “attention particulière” aux acteurs “présentant des stratégies adéquates pour garantir une industrie plus durable et plus respectueuse de l’environnement”. A l’avenir, les candidats prouvant que leurs projets ne nuisent pas à l’environnement pourront donc être avantagés.

Un groupe de travail sur la dimension culturelle du développement durable

Au sein des institutions de l’UE, d’autres réflexions sont d’ailleurs en cours. La Commission européenne a lancé un groupe de travail intergouvernemental sur la dimension culturelle du développement durable. Dans quelle mesure la culture participe-t-elle aux objectifs d’un avenir meilleur et plus durable pour tous ? Chaque État membre est invité à présenter un ou deux experts sur cette thématique. Haut-fonctionnaire chargé du développement durable au ministère de la Culture, Olivier Lerude y représente la France, aux côtés du chargé de mission Samuel Eveno.

L’approche du développement durable via le prisme de la culture n’est pas nouvelle, la mission existe au sein du ministère depuis 2008″, fait savoir Samuel Eveno. Reste à défendre la position de la France et à la valoriser auprès des autres États membres qui participent à ce groupe d’experts, alors que chaque pays européen peut avoir une approche différente du sujet. Certains sont particulièrement avancés en la matière : l’Allemagne a intégré la notion de “culture de la durabilité” dans ses stratégies de développement durable et c’est sous la présidence finlandaise du Conseil de l’UE, au deuxième semestre 2019, que le débat sur les enjeux liant culture et environnement a été relancé. Le ministère de la Culture en France a sa propre stratégie, dans une démarche globale de responsabilité sociétale des organisations qui inclut à la fois les enjeux de développement durable, d’égalité des sexes, d’inclusion et de handicap.

Le groupe de travail européen sur la dimension culturelle du développement durable prend la forme de la méthode ouverte de coordination (MOC). Sans viser une législation contraignante, ce mode de travail intergouvernemental repose sur un échange de bonnes pratiques ainsi qu’une mise en commun des objectifs et des outils de mesure des politiques publiques. Le groupe de travail se réunit lors de plénières organisées tous les trois mois pendant un an et demi. Au terme de cet exercice, les experts nationaux restituent un rapport contenant des recommandations, des exemples de bonnes pratiques et des études de cas. Ensuite, la Commission européenne comme le Conseil ou le Parlement peuvent s’inspirer de ce document pour définir de nouvelles politiques européennes. D’autres groupes de travail en MOC sont organisés en parallèle, notamment sur l’adaptation du patrimoine au changement climatique.

Réuni pour la première fois en visio-conférence à la fin du mois de janvier 2021, le groupe de travail s’est ensuite retrouvé en avril puis en juin. La quatrième plénière devrait se tenir en septembre, en présentiel à Bruxelles si les conditions le permettent. Lors de la première réunion, des intervenants extérieurs comme ceux de l’Unesco ont été invités pour prendre la parole sur le développement durable. “Ils ont beaucoup travaillé sur la question, surtout depuis 2015 lorsque les Objectifs du développement durable ont été déterminés”, rapporte Samuel Eveno. 

Partage d’expérience et études de cas

Les experts du groupe de travail européen semblent s’intéresser plus spécifiquement à la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’Unesco, adoptée en 2005 et ratifiée par la France en 2006. Dans le cadre de cet accord international, les pays signataires remettent un rapport périodique quadriennal, à propos des politiques et mesures qu’ils ont adoptées et des défis qu’ils ont rencontrés lors de la mise en œuvre de la Convention. Une approche qui fournit une bonne base de travail, l’intégralité des États membres étant signataires de cette Convention. C’est une démarche consensuelle et qui produit déjà de la matière sur laquelle travailler, tous les pays ayant fourni des exemples de projets ou d’initiatives qui lient culture et environnement. “Lors de la dernière plénière, nous avons cherché à comparer ce que chaque État membre avait renseigné dans ce rapport quadriennal dans la section ‘La culture dans les cadres de développement durable’ “. De quoi inspirer la rédaction finale des conclusions du groupe de travail en MOC, qui devraient être présentées en 2022 dans le cadre d’un plan d’action, après avoir été examinées.

De son côté, la France a de nombreuses expériences à partager, comme celle des “expositions durables”, organisées par la mission Développement durable du ministère de la Culture. La première a traité du réemploi du matériel sportif par des artistes (2015-2017), la deuxième de l’alimentation (2017-2020). Le pays a également mis en place des Rencontres “Culture et développement durable” où des professionnels du secteur culturel sont invités à partager leur expérience en matière de développement durable. Au niveau européen, la France entend bien mettre en avant plusieurs initiatives phares que le ministère de la Culture mène sur le territoire, comme l’engagement des bibliothèques de l’Hexagone en faveur de la réalisation des Objectifs de développement durable. Il compte par ailleurs valoriser son action en faveur de la société civile. À titre d’exemple, le ministère soutient et participe au jury du Prix Art et environnement remis chaque année par l’association Coal à des initiatives mêlant la création artistique à la prise en compte des enjeux environnementaux. En 2019, les artistes Lena Dobrowolska et Teo Ormond-Skeaping ont été nommés lauréats pour leur œuvre intitulée “You never know, one day you too may become a refugee”, mettant en lumière notre vulnérabilité commune face aux changements climatiques. De plus, Coal mène le projet La Table et le Territoire, dont le but est de produire des savoirs mêlant art, sciences et implication des acteurs du territoire dans le domaine de l’alimentation durable à travers cinq États membres de l’Union européenne (France, Espagne, République Tchèque, Grèce et Italie), jusqu’en 2022. Une initiative financée par le programme Europe créative.

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