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Guerre en Ukraine : la Commission européenne présente des mesures d’urgence pour soutenir la production agricole

Face aux risques de pénurie et à la hausse des coûts dans l’agriculture européenne, l’exécutif a dévoilé une série d’actions de court et moyen terme mercredi 23 mars.

Le commissaire européen pour le commerce, Valdis Dombrovskis, annonce des mesures d'urgence pour soutenir le secteur agricole européen, en conférence de presse à Bruxelles, le 23 mars 2022 - Crédits : Christophe Licoppe / Commission européenne
Le commissaire européen pour le Commerce, Valdis Dombrovskis, annonce des mesures d’urgence pour soutenir le secteur agricole européen, en conférence de presse à Bruxelles, le 23 mars 2022 - Crédits : Christophe Licoppe / Commission européenne

A Bruxelles, l’inquiétude n’est pas encore de mise, relate Euronews : la Commission européenne “souligne que l’approvisionnement [agricole] n’est pas menacé dans l’UE”. En revanche, certains problèmes sont déjà apparus, soulève Ouest-France en citant le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis : “les prix du blé auraient augmenté de 70 % depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine. Si l’Union européenne est presque autosuffisante au niveau de la production d’aliments de base, la pression sur les prix est déjà perceptible. Le conflit aura des conséquences sur la production de céréales (blé, maïs), de colza ou d’aliments pour animaux”.

Dans ce contexte, la Commission a publié hier une série de “réponses à court et moyen terme pour éviter toute pénurie”, poursuit Euronews. Ce plan doit “stimuler la production agricole”, par exemple “en cultivant davantage de denrées alimentaires à l’intérieur de l’UE”, précise Politico.

Pour ce faire, cette année, les agriculteurs pourront cultiver “les terres qui devaient rester en jachère [et] l’utilisation de pesticides y sera autorisée”, explique la correspondante de Ouest-France à Bruxelles. Cette “dérogation […] aux dispositions relatives au verdissement de la politique agricole commune (PAC)” permet aux agriculteurs “de cultiver sur ces terres toutes plantes destinées à l’alimentation humaine ou animale, sans perdre les paiements ‘verts’ auxquels ils ont droit”, explique La Tribune. Leur volume représente, selon le journal économique, “6 % de l’ensemble de la surface agricole européenne”, soit 4,5 millions d’hectares, précise Le Figaro.

Subventions

Autre mesure : une aide financière supplémentaire aux agriculteurs pour compenser “la hausse des prix des engrais”, poursuit Politico. “Bruxelles propose […] de puiser dans ‘la réserve de crise’, un fonds de 500 millions d’euros prévu pour aider les agriculteurs en cas d’instabilité des prix”, relate Libération. Plus précisément, “350 millions [d’euros sont] issus de la réserve de crise” pour constituer cette enveloppe globale, selon Le Figaro.

Les Etats “pourront compléter ce soutien par des subventions nationales allant jusqu’à 200 % du montant européen”, ajoute la RTBF. “A l’image de ce qui se fait déjà face à la hausse des prix de l’énergie, le cadre européen des aides d’Etat [est ainsi] assoupli pour faciliter les soutiens nationaux”, notent Les Echos. La Commission propose également “une augmentation des avances sur les paiements directs” versés aux agriculteurs dans le cadre de la PAC [Euronews].

Enfin, une partie des mesures est destinée à l’Ukraine : “Bruxelles a débloqué une aide de 330 millions d’euros pour [le pays], notamment pour aider les paysans du cinquième exportateur mondial de blé à accéder aux semences et au carburant”, rapporte Le Figaro.

Production contre verdissement ?

Avec ces mesures, “l’UE ralentit le verdissement de son agriculture pour doper la production”, titre Libération. “Produire plus” est ainsi devenu “un leitmotiv […] majoritaire à Bruxelles”, constate Marie Geredakis pour Ouest-France.

Au point que deux textes environnementaux, qui devaient être présentés ce mercredi 23 mars, “ont été retirés de l’agenda” : l’un porte sur la baisse de 50 % des pesticides d’ici 2030, l’autre sur le triplement des surfaces bio pour passer à 25 % à la même échéance. Le Pacte vert européen prévoyait en outre “de passer de 3 % à 10 % de terres en jachère”, note Libération. Pour le quotidien, il s’agit ainsi d’un virage “en contradiction avec les objectifs verts de l’UE”.

Si la Commission rappelle que cette dérogation est “extraordinaire et temporaire” [La Tribune], les ONG s’inquiètent néanmoins d’une “concession aux lobbies agricoles”. En effet, en autorisant la culture des terres en jachère, l’exécutif européen a “accepté l’une des principales demandes du COPA, l’organisation qui représente les agriculteurs auprès de l’Union européenne, soutenue par le gouvernement français”, fait savoir La Tribune. Les mesures de la Commission sont également jugées “indispensables” par la FNSEA, le principal syndicat agricole français [Europe 1].

Selon La Tribune, les ONG estiment “qu’une augmentation de la production en Europe au mépris de l’environnement ne fera pas baisser la faim dans le monde, due aux inégalités structurelles. Elle aggravera en revanche la dépendance de l’agriculture européenne aux produits phytosanitaires, aux engrais et aux protéines importées pour la production animale, au grand dam de la souveraineté alimentaire de l’UE”.

RFI cite ainsi Guillaume Compans, chargé de campagne agriculture et sécurité alimentaire chez Oxfam France, pour qui le plan européen “n’est pas la priorité”. Le responsable prône plutôt le financement “du Programme alimentaire mondial [PAM] pour l’Afrique de l’Est ou la région du Sahel qui font face à des crises alimentaires qui vont être accentuées par les répercussions de la situation en Ukraine.”

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    Jy2m

    J’ai lu quelque part : « Mais les écologistes alertent sur les conséquences d’une levée de cette réglementation (la jachère). L’exploitation de ces terres laissées « au repos » pourrait entraîner un important déséquilibre de la biodiversité. » Si ces informations sont exactes cela signifie que, même s’il ne s’agirait que d’une levée temporaire de la jachère, le risque de famines dans certains pays n’est pas une priorité pour les écologistes. A moins que ceux qui disent : « Réduire l’élevage industriel dans l’Union européenne permettrait de compenser le déficit en blé ukrainien » pensent qu’il va être possible de réduire l’élevage industriel en quelques semaines.