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"De la ferme à la table" : comment l'UE veut verdir nos assiettes

Le 19 octobre, le Parlement européen a voté en faveur de la stratégie de la Commission européenne qui vise un “système alimentaire équitable, sain et respectueux de l’environnement”. Cette approbation ouvre la voie à de nombreuses propositions législatives de la part de la Commission dans les mois à venir.

La stratégie de l'UE entend notamment promouvoir l'agriculture biologique
La stratégie de l’UE entend notamment promouvoir l’agriculture biologique - Crédits : Brigitte Hase / Parlement européen

16 millions d’années de vie en bonne santé perdues et près de 950 000 décès en 2017, dans l’Union européenne. Ce lourd bilan serait selon la Commission européenne imputable à des régimes alimentaires peu sains. Mettre un terme à cette situation est donc un défi de taille, alors que plus de 30 millions d’Européens n’étaient pas en mesure de s’offrir un repas de qualité un jour sur deux en 2019. Si l’impact de l’alimentation sur la santé est avéré, celui sur l’environnement n’est également pas à minorer. L’agriculture serait ainsi responsable de 10,3 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Union et contribuerait de façon importante à l’appauvrissement de la biodiversité.

Consciente de ces enjeux, la Commission européenne a présenté le 20 mai 2020 deux stratégies conjointes, déclinaisons du Pacte vert européen, fil rouge de l’ambition environnementale de l’exécutif européen. La première vise justement à enrayer cette chute de la biodiversité à l’horizon 2030. Elle aborde ainsi des sujets tels que la protection des écosystèmes naturels, le verdissement des investissements financiers de l’UE ou encore la place des espaces verts dans les villes. La seconde, baptisée “De la ferme à la table”, a quant à elle pour but de promouvoir “un système alimentaire équitable, sain et respectueux de l’environnement”. Parfois également appelée “De la ferme à la fourchette”, en référence à son titre anglais (“Farm to Fork” ou “F2F”), la feuille de route qui sera déclinée à travers plusieurs textes législatifs a été adoptée par le Parlement européen le 19 octobre dernier avec une large majorité : 452 voix pour, 170 voix contre et 76 abstentions.

Hasard du calendrier, l’exécutif européen publiait le même jour son programme de travail pour l’année 2022. Sans surprise, la mise en œuvre de cette stratégie figure bel et bien au rang des priorités. Une proposition de révision de la directive sur l’usage des pesticides est ainsi d’ores et déjà prévue pour le premier trimestre de l’année prochaine.

Des objectifs ambitieux

Le texte adopté à Strasbourg et sur lequel le Conseil avait adopté des conclusions en octobre 2020 n’est pour l’instant qu’une feuille de route dont les projets devront être concrétisés à travers une trentaine de propositions dans les mois à venir. Ces textes viendront ainsi décliner les ambitions du Pacte vert européen au niveau de l’alimentation. En phase avec les propositions faites dans la communication de la Commission européenne, les eurodéputés ont “insisté sur la nécessité d’avoir une chaîne d’approvisionnement alimentaire plus durable à tous les niveaux et ont réaffirmé que tous les acteurs – des agriculteurs aux consommateurs – avaient un rôle à jouer”, précise un communiqué du Parlement européen.

Après d’intenses discussions, le texte adopté dans l’hémicycle reprend les principaux éléments listés par la Commission en mai 2020. Parmi eux, une mesure phare est ainsi destinée à réduire de 50 % le recours aux pesticides d’ici à 2030. Une coupe conjuguée à l’objectif de 20 % pour les engrais chimiques. L’exécutif européen souhaite aussi donner un sérieux coup de pouce à l’agriculture biologique dans les années à venir. Si les surfaces consacrées au bio ne représentaient que 8,5 % des terres exploitées dans l’UE en 2019, la Commission ambitionne que ce chiffre grimpe à 25 % à l’horizon 2030.

Les eurodéputés ont également donné leur feu vert au système d’étiquetage nutritionnel obligatoire et harmonisé au niveau européen. En France, il est utilisé depuis plusieurs années sous le nom de nutri-score, un dispositif repris par plusieurs pays à l’ouest de l’Europe. La généralisation d’un tel affichage permettrait selon ses défenseurs de réduire la surconsommation d’aliments très transformés à haute teneur en sel, en sucre et en matière grasse. La définition de niveaux de consommation maximale de ces éléments permettrait également de les limiter dans les produits alimentaires, selon le rapport du Parlement européen.

Autre sujet majeur lié à l’alimentation : le bien-être animal. Une thématique mise sur le devant de la scène en juillet dernier, lorsque la Commission a répondu favorablement à une initiative citoyenne européenne portée par des associations de défense des animaux et réunissant 1,4 million de citoyens, visant à mettre fin à l’élevage en cage à partir de 2027. Cette proposition, reprise par l’exécutif européen, devrait s’accompagner d’une révision des directives sur le bien-être animal.

L’autonomie alimentaire” de l’UE remise en cause ?

Les discussions autour du texte ont fait l’objet de vives tensions entre eurodéputés. “Les lobbies de l’agro-industrie et de l’agrochimie, qui voulaient que rien ne change, ont échoué’, s’est félicité le socialiste Éric Andrieu dans un communiqué. L’eurodéputé français vise particulièrement les protestations du Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen.

En amont du vote, l’organisation avait critiqué les mesures proposées ainsi que le calendrier, qui rendraient d’après elle, “l’UE dépendante des importations pour nourrir sa population”. Un argumentaire repris par certains eurodéputés des groupes Renew Europe (libéraux) et PPE (Parti populaire européen, conservateurs) comme l’Alsacienne Anne Sander. Avec sa stratégie “De la ferme à la table”, la Commission “risque de sacrifier notre autonomie alimentaire et l’avenir de nos agriculteurs”, déclarait-elle à l’issue du vote. Ces membres du Parlement dénoncent notamment un manque de transparence de la part de la Commission européenne dans une étude publiée par son Centre commun de recherche (JRC) en juillet dernier. Ils l’accusent de ne prendre en compte que certains des objectifs de la stratégie et mettent en avant une autre publiée par l’université de Wageningen aux Pays-Bas. Commandée par l’organisation représentant l’industrie des pesticides, CropLife Europe, celle-ci prévoit quant à elle une chute des rendements agricoles. “Des prédictions apocalyptiques”, fustige le groupe des Verts au Parlement européen dans une tribune sur son site.

L’adoption de la stratégie par le Parlement européen n’est qu’une première étape, s’accordent à dire les eurodéputés. Avant même les premières propositions qui en découleront début 2022, les parlementaires ont en ligne de mire le vote en deuxième lecture fin novembre de la nouvelle Politique agricole commune (PAC), dont l’entrée en vigueur doit avoir lieu en 2023. Si celle-ci doit accompagner la transition alimentaire, les écologistes dénoncent un texte qui ne prend pas en compte les objectifs de la stratégie “de la ferme à la table” et appellent à sa révision.

La version de la stratégie “De la ferme à la table” votée le 19 octobre dernier insiste toutefois pour que les plans stratégiques nationaux (PSN), déclinaisons dans chaque Etat membre de la PAC, évoquent les objectifs en matière d’alimentation. Par exemple, le texte exige que les Etats membres établissent “des objectifs de réduction[des pesticides] solides, efficaces et assortis d’échéances” lors de la révision des PSN en 2025. Pour les socialistes et les écologistes, il s’agit d’un moyen de faire pression sur la Commission européenne qui doit valider les premières versions des plans de la nouvelle PAC début 2022. Sur ce point, la commissaire européenne en charge de la Santé Stella Kyriakides a appelé les Etats membres à proposer des PSN “ambitieux”.

Lors du débat en séance plénière à la veille du vote, elle est revenue sur ces objectifs quantifiés. “Bien qu’ils ne soient pas encore des objectifs juridiquement contraignants que votre rapport appelle de ses vœux, ils indiquent la direction à suivre. Et ils deviendront juridiquement contraignants quand nous légiférerons à leur sujet, avec cette Assemblée”, a-t-elle souligné. Des déclarations qui ouvrent ainsi la voie à de futures discussions passionnées entre le Parlement et le Conseil sur les déclinaisons de la stratégie à venir.

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