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[Revue de presse] La démission de Phil Hogan, un coup dur pour la Commission européenne

Revue de presse 27.08.2020

Dans la soirée du mercredi 26 août, le commissaire irlandais au Commerce a annoncé sa démission. Mis en cause pour avoir enfreint les règles sanitaires liées à la lutte contre la pandémie de Covid-19, il laisse un vide au sein de l'exécutif européen.

L'Irlandais Phil Hogan, commissaire européen en charge du Commerce, a présenté sa démission mercredi soir. Ici, lors de son audition au Parlement européen en octobre 2019, avant son investiture

L'Irlandais Phil Hogan, commissaire européen en charge du Commerce, a présenté sa démission mercredi soir. Ici, lors de son audition au Parlement européen en octobre 2019, avant son investiture - Crédits : Parlement européen / Flickr CC BY 2.0

"On ne plaisante pas avec les règles sanitaires. Le commissaire européen en charge du Commerce, l'Irlandais Phil Hogan, vient de l'apprendre à ses dépens", commentent Les Echos. Mercredi 26 août, celui-ci a annoncé sa démission, après des révélations sur sa transgression des règles sanitaires en vigueur dans son pays.

Le 19 août, il avait participé à un dîner d'au moins 80 personnes organisé "pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’Oireachtas Golf Society, le club de golf du Parlement", alors que la jauge maximale pour les rassemblements en espace fermé avait été abaissée la veille de 50 à 15 personnes, explique Libération. "Il n’a pas non plus strictement respecté la quarantaine obligatoire pour les personnes arrivant en Irlande" depuis la Belgique, considérée comme une zone à risque, complète Le Monde.

"Golfgate"

"Accusé[s] de ne s'être pas appliqué[s] à [eux-mêmes] les règles que tous les citoyens sont censés respecter" [Les Echos], les participants à cet événement ont été vivement critiqués par l'opinion publique irlandaise. Depuis, plusieurs d'entre eux ont démissionné, comme "le ministre de l’Agriculture, Dara Calleary, et le vice-président du Sénat irlandais Jerry Buttimer" [Libération]. Dans un pays qui "souffre de mesures sanitaires parmi les plus dures de l’Union européenne", l’affaire a pris le nom de "Golfgate", poursuivent Les Echos.

Seule la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dispose du pouvoir de congédier un membre du collège. Celle-ci avait demandé en début de semaine "un tableau complet" des déplacements de Phil Hogan avant de prendre sa décision. Mais le désormais ex-commissaire au Commerce a officiellement pris les devants, "pour éviter que le scandale ne vienne ‘perturber’ le travail de la Commission" [Politico].

La présidente pourrait avoir accepté sa démission en partie pour "montrer l'exemple en matière de lutte contre l'épidémie", et du fait de la "pression politique croissante vis-à-vis de Bruxelles pour démontrer que les fonctionnaires européens sont responsables, tout comme les fonctionnaires et représentants politiques nationaux", estime un membre de la Commission cité par le média.

Mauvais timing

Selon le Financial Times, le départ de Phil Hogan "décapite la stratégie commerciale de l'UE à un moment critique". Les tensions commerciales persistantes avec les Etats-Unis, la Chine ou encore le Royaume-Uni devaient être au cœur de l'agenda de rentrée du commissaire, et celui-ci pouvait se prévaloir d’une réputation de fin négociateur. Chargé par la présidente de la Commission de "résoudre la guerre commerciale avec le président américain" [Politico], il faisait partie des personnalités en mesure de "négocier avec Trump et Robert Lighthizer [son représentant commercial]", estime Mujtaba Rahman, analyste-en-chef Europe pour la société de conseil Eurasia Group. Ce qui lui avait permis d'obtenir encore la semaine précédente un premier accord de réduction tarifaire avec les Etats-Unis,  certes modeste, mais "le premier depuis longtemps", écrit le New-York Times.

Les négociations avec la Chine sur un traité d'investissement sont également mises à mal par le départ de Phil Hogan. Et ce alors que le dossier constitue "l’un des principaux leviers de l'UE pour répondre aux préoccupations concernant les pratiques commerciales déloyales", poursuit le Financial Times. Les discussions "sont dans une phase charnière, Bruxelles prévoyant de décider d'ici la fin de l'année si les progrès réalisés sont suffisants pour justifier la poursuite des négociations", rappelle le quotidien financier.

Enfin, la démission du commissaire irlandais "est un coup porté à la crédibilité de la Commission, car Hogan a joué un rôle clé dans les discussions avec Londres sur les futures relations commerciales du Royaume-Uni avec l'UE", estime de son côté Euractiv. Sur ce dossier, l'Irlande disposait ainsi d'un négociateur influent, "considéré comme un puissant défenseur des intérêts commerciaux de la République, qui risquent d'être perturbés en cas d'échec des négociations", poursuit le média. Or, "rien ne garantit [que l'Irlande] conservera le poste de commissaire au Commerce, très convoité", avertissent Les Echos.

Conséquences institutionnelles

En effet, "la démission, relativement rare, d'un commissaire est toujours une affaire délicate car elle affecte l'ensemble de l'équilibre géographique et politique sur lequel repose la Commission", explique Euronews. Or, si "chaque pays de l'UE dispose d'un poste de commissaire", aucun "n’est propriétaire d’un portefeuille en particulier", rappelle Libération. Avec la démission de Phil Hogan, "le savant équilibre des forces au sein du collège des commissaires, laborieusement obtenu à l'automne dernier au terme de tractations entre partis politiques et entre pays membres, est désormais détruit" [Les Echos].

Dans l'immédiat, c’est le vice-président de la Commission chargé de l’Economie, Valdis Dombrovskis, qui assure l’intérim de ce portefeuille. Puis "l'Irlande devra nommer un nouveau représentant à la Commission" [Euractiv], ou plus exactement proposer deux candidats, un homme et une femme, à Ursula von der Leyen. Parmi les noms qui circulent, celui de l'actuel ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney fait figure de "grand favori", estime The Irish Examiner. Politico considère néanmoins que le collège de commissaires sera probablement remanié "afin de pourvoir le poste vacant avec une personnalité politique expérimentée". Pour le média, il est donc "probable que l'Irlande perde le portefeuille du commerce, à moins qu'elle ne puisse proposer un candidat de la stature de M. Hogan dans ce domaine".

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