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Irlande du Nord, pêche : Londres et Bruxelles font un pas l'un vers l'autre dans leur relation post-Brexit

Mercredi 30 juin, la Commission européenne a finalement accepté de prolonger de trois mois le délai de grâce accordé à Londres pour la mise en place de contrôles douaniers en mer d’Irlande. De son côté, le Royaume-Uni a facilité l’accès des pêcheurs européens à ses eaux. Deux compromis bienvenus, mais qui n’apaisent pas complètement les relations entre les deux rives de la Manche.

Le 9 juin dernier, Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne, et David Frost, "monsieur Brexit" du gouvernement Jonhson, se retrouvaient pour évoquer les différends qui opposent les deux puissances (exportations en Irlande du Nord, pêche) dans leur nouvelle relation post-Brexit - Crédits : Commission européenne
Le 9 juin dernier, Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne, et David Frost, “monsieur Brexit” du gouvernement Johnson, se retrouvaient pour évoquer les différends qui opposent les deux puissances dans leur nouvelle relation post-Brexit - Crédits : Commission européenne

Entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, “la guerre de la saucisse n’aura pas lieu”, entame Le Point. Ces dernières semaines, Londres avait en effet déclaré cette “guerre” à la Commission européenne dans le but de “continuer à expédier vers [l’Irlande du Nord] de la viande réfrigérée, comme des saucisses anglaises”, poursuit L’Obs. Des exportations censées être interdites au 30 juin, date à laquelle les “mesures post-Brexit” du protocole nord-irlandais négocié en octobre 2019 devaient s’appliquer [France info].

La chaîne publique rappelle que ce protocole “maintient de fait la province britannique [de l’Ulster] dans le marché unique et l’union douanière européens pour les marchandises en prévoyant des contrôles douaniers sur les biens arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne, séparée par la mer”. Et pour cause, en devenant un pays tiers de l’UE, le Royaume-Uni s’expose à la législation européenne qui “interdit l’importation de produits de viande crue fraîche en provenance de pays extérieurs à l’Union européenne (à moins qu’ils ne soient congelés à -18°C)” [Libération].

Une trêve plus que la fin de la guerre

Dans ce bras de fer entre le Royaume-Uni et la Commission européenne, le premier a finalement obtenu gain de cause sur le fil, puisque la seconde “a accepté, mercredi 30 juin, de prolonger de trois mois la période de grâce, jusqu’au 30 septembre”, rapporte Le Monde. Une décision qui concerne donc la viande réfrigérée, principal point de contentieux, mais aussi les médicaments et les chiens guides d’aveugles, précise Reuters. Un geste “d’apaisement” important, prolonge Le Monde, tant le sujet avait suscité des tensions entre les deux parties, le Premier ministre britannique Boris Johnson ayant dénoncé l’interprétation trop “puriste” des accords faite par Bruxelles.

Plus que de fin de la guerre, Reuters parle plutôt de “trêve”, puisque Londres devra se conformer au protocole le 30 septembre prochain. Du côté de la Commission, cette concession a été présentée comme un délai supplémentaire devant “permettre aux supermarchés nord-irlandais de constituer des réserves de viande britannique”, poursuit l’agence de presse. Mais l’exécutif européen exige en retour que ces exportations soient réalisées “dans le cadre des règles SPS (sanitaires et phytosanitaires)” européennes, précise Le Point. Une exigence rappelée par le vice-président de la Commission européenne Maroš Šefčovič, pour qui ce compromis ne s’apparente “pas à un chèque en blanc” [L’Obs].

Quelques jours plus tôt, le 28 juin, Bruxelles a d’ailleurs elle aussi obtenu gain de cause sur un autre dossier, rapporte Le Monde : “Londres a aussi fait un geste sur la pêche, un autre dossier politiquement à haut risque entre les deux ex-partenaires. Les navires français dans le secteur de l’île de Guernesey, qui risquaient de perdre le droit de pêcher à la fin juin, se sont également vus accorder un délai de trois mois”, les licences provisoires qui leur sont attribuées ayant été prolongées. 

Des contentieux toujours en cours

David Frost, l’homologue britannique de Maroš Šefčovič dans ces discussions post-Brexit, a pour sa part salué ce compromis, sans enterrer complètement la hache de guerre pour autant [Libération] : “C’est une première étape positive, mais nous devons toujours trouver une solution permanente” car “l’Irlande du Nord fait partie intégrante du Royaume-Uni et ses consommateurs doivent pouvoir jouir des produits achetés en Grande-Bretagne pendant des années”.

Pour le gouvernement britannique, l’enjeu est économique, mais aussi et surtout politique, analyse Emmanuel Berreta pour Le Point. L’exemple des difficultés d’exportations provoquées par le protocole nord-irlandais illustre bien le fait que le Brexit, présenté comme l’occasion de s’affranchir des normes européennes et de faciliter la vie des Britanniques, “complique [en fait] les chaînes d’approvisionnement. […] Ce qui revient à dire que le Brexit joue contre les Anglais chez eux, un comble !

La question de l’application du protocole nord-irlandais “âprement défendu par la Commission […] tandis que le gouvernement Johnson flirte avec l’idée de le réécrire unilatéralement” [Le Point] est donc loin d’être réglée. Et les conflits entre les deux parties loin d’être définitivement apaisés. Si l’exécutif européen a repoussé l’échéance de quelques semaines, elle devrait enclencher prochainement “la procédure de règlement des différends prévue dans le protocole nord-irlandais” et “la phase 2 de la procédure d’infraction (qui peut aller jusqu’à la saisie de la Cour de justice de l’Union européenne) dont fait l’objet le Royaume-Uni”, rappelle Le Monde.

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