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Visite de terrain franco-allemande en Grèce

Actualité 29.06.2010

Jeudi et vendredi derniers, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Pierre Lellouche s'est rendu en compagnie de son homologue allemand M. Hoyer à Athènes afin d’évaluer les mesures prises contre la crise par le gouvernement grec. Une grande première pour la coopération franco-allemande et une bonne occasion pour le tandem de travailler ensemble sur ce sujet sensible. Interviewé par Touteleurope.fr au retour de son voyage, Pierre Lellouche décrit un pays bouleversé par des réformes.

Opération de vérification pour les Français, opération de séduction pour les Allemands

Pour les Français l'objectif du voyage était de vérifier sur place l'état des réformes mises en œuvre par le gouvernement de Georges Papandréou et d’aller à la rencontre des citoyens grecs. Côté allemand on souhaitait surtout redorer son image auprès des dirigeants et du public grecs suite aux attaques dans la presse allemande contre la Grèce au printemps dernier, dont la dureté a heurté l’opinion grecque.

M. Lellouche et M. Hoyer ont rencontré une série de responsables grecs dont Giorgos Papaconstantinou, ministre des Finances, Louka Katseli, ministre de l'économie, Philippos Petsalnikos, Président de l'assemblée grecque ainsi que des membres de l'opposition.

D'inspiration française, cette visite était "un service à nos amis allemands", explique Pierre Lellouche, qui visait à retisser des liens entre Berlin et Athènes. Les grecs sont très reconnaissants envers les Français pour leur soutien lors de la crise. Mais ils pensent au contraire que les hésitations de Mme Merkel ont couté cher à leur pays.

"Un système de débrouille généralisé"

Après sa visite de terrain Pierre Lellouche décrit un "système de débrouille généralisé" : "la TVA n'était pas payée faute de reçu, on s'arrangeait avec les impôts…" raconte-t-il. Tout cela minait la stabilité et la crédibilité de l'Etat. Il a salué les sacrifices faits par le peuple grec: "tout le monde ressent l'impact des mesures. Le niveau de consommation a baissé car les gens ont compris qu'ils vivaient au dessus de leurs moyens".

Avec moins de touristes et une baisse de la consommation l’ampleur de la récession inquiète les autorités grecques. Certains restaurateurs et commerçants lui ont confié qu'ils ont vu leur chiffre d'affaires diminuer de 60%.

Les grecs semblent néanmoins avoir pris conscience la gravité de la situation économique de leur pays, et la violence des derniers mois serait due à une poignée d'extrémistes. Malgré la teneur globalement positive de la visite, le climat social à Athènes reste néanmoins tendu. Un attentat contre le ministère de l'Intérieur a fait un mort quelques heures à peine avant la visite prévue de la délégation franco-allemande.

Des réformes "par petites touches"

Le plan d'aide européen de 110 milliards d'euros a permis à Athènes de se mettre à l'abri des marchés pendant trois ans. Durant cette période, le gouvernement grec n'aura pas besoin d'avoir recours aux marchés pour financer sa dette.

Comme le souligne Pierre Lellouche, ce plan d'aide a été financé pour moitié par la France et l'Allemagne. "En échange, nous avons demandé aux Grecs de mettre de l'ordre dans leurs statistiques et dans leurs finances". Très impressionné par les efforts grecs, Pierre Lellouche estime qu'ils sont en bonne voie, ce que les experts de l'Union européenne et FMI confirment. Tout le système économique est en train de changer. "Par petites touches, George Papandréou, met en œuvre des réformes structurelles qui changeront les habitudes des grecs".

Conscient de la difficulté d'imposer une cure d'austérité, Papandréou a déclaré récemment qu' "il n'était pas là pour être réélu". En revanche, Pierre Lellouche ne mâche pas ses mots en parlant de l'opposition grecque, Nouvelle démocratie, un parti conservateur et membre du Parti populaire européen tout comme l'UMP.

Le parti conservateur joue en effet la carte de l'opposition systématique à toute proposition de Papandréou à tel point que Dora Bakoyánni, ancienne maire d'Athènes, exaspérée par cette position a voté en faveur des mesures d'austérité du gouvernement socialiste de Papandréou, ce qui lui a couté l’exclusion du parti. Rencontrée lors de sa visite, Pierre Lellouche a salué le courage politique de Mme Bakoyanni, véritable"femme d'Etat" selon lui, pour avoir défendu l'intérêt de son pays au delà des clivages politiques.

Afin de consolider la bonne coopération franco-allemande, cette initiative sera renouvelée à la rentrée avec au programme les Balkans et les pays du Sud de la Méditerranée.

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