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En Irlande du Nord, une semaine de violences sur fond de Brexit

Plusieurs villes d’Irlande du Nord sont en proie à de violents affrontements depuis plusieurs jours. Parmi les principales raisons évoquées par la presse figure l’introduction de contrôles douaniers entre la Grande-Bretagne et l’Ulster après le Brexit. Les appels au calme de Londres, de Belfast et de Dublin n’ont pas permis de mettre un terme à ces heurts.

A Belfast, les "murs de la paix" séparent les quartiers protestants des quartiers catholiques afin d'éviter tout débordement
A Belfast, les “murs de la paix” séparent les quartiers protestants des quartiers catholiques afin d’éviter tout débordement - Crédits : Jeantakespicture / iStock

Les quartiers ouvriers de Belfast renouent avec la violence”, constate La Croix. L’Irlande du Nord connaît depuis plusieurs jours une série d’affrontements, particulièrement “au sud de Belfast, à Newtownabbey et Londonderry” [BBC], où les émeutes ont démarré. La ville de Ballymena est aussi concernée, complète Le Monde.

La nuit du mercredi 7 au jeudi 8 avril “a été la pire jusqu’à présent” [Le Monde]. A Belfast, un rassemblement qui avait commencé paisiblement, “a dégénéré avec l’incendie d’un bus et l’agression d’un photographe”, rapporte La Croix. Les heurts se sont alors propagés hors “des quartiers unionistes (protestants, qui s’identifient comme britanniques) pour se répandre aux républicains (catholiques, qui s’identifient comme irlandais)”, poursuit Le Monde.

Dans la capitale nord-irlandaise, de “lourdes portes de fer” séparent les deux communautés, explique La Croix dans son reportage. Belfast “compte [ainsi] une centaine ‘d’interfaces’, ces barricades de béton et de grillage qui forment une frontière entre les quartiers où vivent les unionistes et ceux où vivent les républicains”, précise le quotidien.

Alors que les unionistes étaient plus impliqués ces derniers jours, The Guardian rapporte que “les troubles de jeudi soir semblent se limiter aux nationalistes”. D’un autre côté, The Irish Times assure que “des jeunes nationalistes et loyalistes se sont affrontés à des interfaces dans l’ouest de la ville”. Depuis la fin du mois de mars, “plus de 50 [policiers] ont été blessés” [BBC] lors de ces nuits de violences.

Plusieurs responsables politiques britanniques et irlandais ont condamné ces violences. “Les divergences peuvent être surmontées par le dialogue et non par la violence ou la criminalité”, a twitté le Premier ministre britannique Boris Johnson mercredi 7 avril, fait savoir Le Monde. Le lendemain, l’exécutif nord-irlandais -dirigé par Arlene Foster (Première ministre, membre du DUP, parti unioniste favorable au maintien d’une union politique avec Londres) et Michelle O’Neill (vice-Première ministre, appartenant au Sinn Féin, partisan d’une réunification irlandaise)- a publié un communiqué dénonçant des “destructions, violences et menaces de violence complètement inacceptables et injustifiables, quelles que soient les inquiétudes existant dans les communautés” [Le Monde].

Le temps est venu pour les deux gouvernements [d’Irlande et d’Irlande du Nord] et les leaders des deux bords de travailler ensemble pour désamorcer les tensions et restaurer le calme”, a pour sa part déclaré Micheál Martin, le Premier ministre irlandais, jeudi 8 avril également [La Croix].

Malgré ces appels à l’apaisement, dans la nuit de jeudi au vendredi 9 avril, “des pierres, des bombes à essence et des feux d’artifice ont été lancés sur la police par des bandes de jeunes” à Belfast, relate le quotidien républicain The Irish News. Des scènes qualifiées de “déprimantes et imprudentes” par la ministre de la Justice nord-irlandaise Naomi Long [The Guardian].

Brexit, Covid-19 et trafic de drogue

Quels sont les facteurs à l’origine des troubles violents dans le Nord ?”, s’interroge The Irish Examiner. Au cœur des tensions, le quotidien basé à Cork retient “la colère des loyalistes contre les accords commerciaux post-Brexit qui ont créé des barrières économiques entre la région et le reste du Royaume-Uni”. Ces partisans d’un maintien de l’Ulster au sein du Royaume-Uni vivent en effet ces contrôles douaniers dans les ports nord-irlandais “comme une trahison” [Euronews]. Naomi Long, “qui n’est ni unioniste ni nationaliste” [Le Monde], a elle-même “dénoncé les promesses non tenues du gouvernement britannique sur le Brexit, exprimant sa ‘sympathie aux gens ici qui se sentent trahis’ “, cite Le Point.

Outre ces tensions liées au “scandale de la frontière de la mer d’Irlande” qui couvent depuis le Brexit, The Irish Examiner souligne qu’un “événement sans rapport” a achevé de mettre le feu aux poudres. Alors que 24 politiciens du Sinn Féin avaient assisté en juin dernier aux funérailles républicaines de l’ancien leader paramilitaire Bobby Storey en dépit des restrictions sanitaires en vigueur à l’époque, la justice a annoncé la semaine dernière “qu’aucune mesure ne serait prise à l’encontre” de ces militants. Pour certains loyalistes, ces funérailles “ont renforcé l’idée, déjà ancienne, que les institutions de l’État accordent un traitement préférentiel aux républicains”, considère The Irish Examiner.

Autre raison de cette poussée de violence, mentionnée par Le Monde : “des opérations de police contre le trafic de drogue dans le comté d’Antrim, sur lequel l’Ulster Defence Association (UDA, organisation paramilitaire protestante loyaliste impliquée dans le conflit nord-irlandais) a la mainmise”, qui ont “contribué à attiser les tensions dans la province”.

Ces derniers événements menacent l’accord de paix du Vendredi Saint conclu en 1998 après 30 ans de guerre civile entre unionistes protestants et républicains catholiques”, note Euronews. Des heurts qui risquent par ailleurs de se répéter dans les prochains jours. Selon le Belfast Telegraph, “les loyalistes devraient organiser un certain nombre de défilés non déclarés à travers l’Irlande du Nord ce week-end”.

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