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Ursula von der Leyen, la Dame de vert

Première femme à prendre les rênes de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a axé son mandat autour d’un grand chantier : la lutte contre le réchauffement climatique, engagée à travers le Pacte vert pour l’Europe. L’aboutissement d’un long parcours pour cette ancienne ministre allemande, biberonnée à l’idée européenne.

Ursula von der Leyen participe à un Conseil européen le 26 février 2021 - Crédits : Etienne Ansotte / Commission europénne
Ursula von der Leyen participe à un Conseil européen le 26 février 2021 - Crédits : Etienne Ansotte / Commission européenne

Strasbourg, 16 juillet 2019. Du haut de son mètre 61, Ursula von der Leyen s’installe au pupitre situé au centre de l’hémicycle du Parlement européen. D’une voix calme, tout en sobriété, la candidate à la présidence de la Commission européenne présente son programme, axé autour d’un grand objectif : la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité climatique à horizon 2050.

Quelques minutes plus tard, la chrétienne-démocrate allemande (CDU/PPE) reçoit l’approbation des députés européens. A une courte majorité -383 sur 747- elle devient la première femme à occuper la plus haute fonction au sein de l’exécutif européen. Elle s’inscrit ainsi dans la lignée d’autres grandes dames de l’Europe, telle Simone Veil, première présidente du Parlement européen. Mais aussi dans les pas de son père, Ernst Albrecht. Et pour cause, ce dernier était un membre éminent de la première Commission de la Communauté économique européenne (CEE), créée en 1958 et dirigée par Walter Hallstein, le dernier Allemand à avoir exercé ce mandat.

L’Europe, une affaire de famille

Carrière paternelle oblige, Ursula Albrecht de son nom de jeune fille naît à Bruxelles le 8 octobre 1958, dans la commune cossue d’Ixelles, l’année même où la Commission européenne est créée. Elle grandit dans le milieu internationalisé des fonctionnaires européens, et acquiert une parfaite maîtrise du français et de l’anglais lors de son passage à l’Ecole européenne de Bruxelles. Ursula Albrecht, que ses parents surnomment “Röschen” -petite rose en Allemand - pour son teint diaphane, sa taille menue et ses manières délicates, reçoit une éducation bourgeoise conforme au pedigree de sa famille : elle excelle en équitation, rejoue les classiques du théâtre qu’elle apprend par cœur avec ses six frères et sœurs.

A l’adolescence, la petite rose éclot rapidement dans un tout autre environnement : celui du Londres des années 70, où elle part vivre pour étudier à la prestigieuse London School of Economics. Sous pseudonyme, et sous protection de Scotland Yard. Son père, devenu vice-président de la CDU (parti chrétien-démocrate allemand), est en effet l’un des hommes politiques les plus en vue d’Allemagne, et la Fraction Armée Rouge, très active durant ces années de plomb, menace d’enlever Ursula von der Leyen. Ce qui ne l’empêche pas de conserver de ces années “une liberté intérieure, une joie de vivre, une envie de tâter de tout” qu’elle a toujours “gardées par la suite” .

La famille, son tremplin politique

Plus enthousiasmée par Londres que par l’économie, qu’elle juge “trop aride” , elle rentre en Allemagne, où elle rencontre son mari, Heiko von der Leyen, cardiologue et manager dans une entreprise de biotechnologie. Celui-ci décroche un poste à l’université de Standford, aux Etats-Unis, où Ursula von der Leyen l’accompagne et planche sur une thèse de médecine entre 1992 et 1996. Ce n’est qu’à son retour en Allemagne que la docteure, encartée à la CDU, se lance réellement en politique. Après plusieurs années de militantisme anonyme, elle prend peu à peu une autre envergure. D’abord au niveau régional -en Basse-Saxe, le fief de son père-, puis, en 2005, au niveau national, grâce à Angela Merkel, qui lui accorde sa confiance.

Elle devient alors ministre de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse. Dans un pays où les femmes sont traditionnellement peu nombreuses à occuper des postes à haute responsabilité et où elles sont bien souvent renvoyées à la charge familiale, Ursula von der Leyen détonne. En tant que mère d’une famille nombreuse -le couple a sept enfants- et ministre, elle s’attire la sympathie de l’opinion publique et compte parmi les personnalités les plus populaires du gouvernement. Cette aura qui l’entoure lui vaut aussi quelques inimitiés au sein de l’aile conservatrice de son parti, et plusieurs polémiques lorsqu’elle impulse des réformes comme le salaire parental (qui assure un revenu au parent qui s’arrête de travailler pour s’occuper de ses enfants), le développement des crèches et la censure de la pédopornographie.

Grosses dépenses à la Défense

Ses passages aux ministères du Travail puis de la Défense devaient mener Ursula von der Leyen vers de plus hautes sphères encore. Première femme nommée à la tête de la Bundeswehr -l’armée allemande- elle est en effet pressentie pour succéder à Angela Merkel à la tête du gouvernement. Mais son passage à la Défense, qui devait lui servir de marchepied, est terni par plusieurs scandales, dont “l’affaire des consultants” , survenue en 2018. Un rapport parlementaire allemand dénonce les largesses budgétaires autorisées par la ministre, qui aurait dépensé plus de 100 millions d’euros auprès de cabinets de conseil dans une opacité douteuse. Elle doit aussi mettre fin à des traditions polémiques au sein de l’armée allemande, qui continuait à célébrer la mémoire d’anciens officiers nazis. Plusieurs épisodes compliqués dont elle ne sort pas indemne.

En chute libre dans les enquêtes d’opinion outre-Rhin après six années passées à la tête de la Bundeswehr, Ursula von der Leyen est perçue comme l’une des ministres les moins compétentes du gouvernement. Son avenir sur la scène nationale compromis, elle renoue alors avec l’univers de son enfance et brigue la présidence de la Commission européenne. Avec succès, puisqu’elle prend les rênes de l’institution le 1er décembre 2019 malgré l’opposition ferme des eurodéputés allemands du SPD (parti social-démocrate allemand). Sa nomination est rendue possible par l’accord politique trouvé au Conseil européen entre le président français Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel. Au terme de ces négociations, le couple franco-allemand parvient en effet à installer ses représentants respectifs à deux postes-clés : la présidence de la Commission pour Ursula von der Leyen et celle de la Banque centrale européenne pour Christine Lagarde.

L’écologie, une arme politique et économique

Une fois au pouvoir, Ursula von der Leyen s’attèle à axer le développement économique et social européen à l’objectif de neutralité climatique à horizon 2050. Cette orientation résolument écologiste, construite autour du Pacte vert pour l’Europe, lui a permis d’acquérir sa courte majorité au Parlement européen, pourtant loin d’être acquise.

Outre le rehaussement des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à -55% d’ici 2030 par rapport aux niveaux observés en 1990, le Pacte vert pour l’Europe prévoit la révision de nombreuses directives, mais aussi de nouveaux textes plus contraignants en matière climatique. Concrètement, il doit pousser les Etats membres à recourir plus abondamment aux énergies renouvelables, à financer la transition écologique des secteurs économiques les plus polluants et énergivores, ainsi qu’à contraindre les grandes puissances et les entreprises des pays-tiers à respecter les mêmes normes environnementales.

Pour ce faire, la Commission européenne prévoit la création de plusieurs outils tels que le Fonds de transition juste ou encore le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Au-delà de la seule préservation de l’environnement et du respect de l’Accord de Paris signé en 2015, pour Ursula von der Leyen et la Commission européenne, un autre enjeu majeur se dessine : initier une dynamique mondiale pour une économie verte et faire de l’Union un acteur performant dans ce domaine.

Le Brexit, l’épreuve attendue

Outre le Pacte vert, le début de mandat d’Ursula von der Leyen est également marqué par un événement majeur de l’histoire européenne : le Brexit, soit le départ du Royaume-Uni de l’Union. Un dossier hérité de la précédente Commission Juncker, dont l’issue est trouvée in extremis le 24 décembre 2020. Après de longs mois de négociations, les représentants de la Commission (Michel Barnier) et du gouvernement britannique (David Frost) trouvent un compromis autour d’un accord de coopération et de commerce. Un moment marquant dans ce feuilleton long de quatre années, qui n’est pas encore totalement achevé puisque la question des contrôles douaniers à la frontière entre les deux Irlande reste à régler.

La crise du Covid-19, l’épreuve inattendue

Quelques mois seulement après son entrée en fonction, l’agenda politique d’Ursula von der Leyen est également profondément bousculé par la pandémie de coronavirus qui survient en Europe au début de l’année 2020 et la crise économique qui s’ensuit. Confrontée à la plus forte récession de l’histoire européenne depuis la Seconde Guerre mondiale, la présidente de la Commission européenne voit néanmoins dans cette difficulté sans précédent l’occasion de remettre l’Union européenne au centre du jeu politique. En début de crise, on lui reproche de se retrancher dans ses quartiers du 13ème étage du Berlaymont, siège de la Commission à Bruxelles et certains journaux l’accusent même d’être une “présidente virtuelle” . En mars 2020, devant le Parlement européen, elle présente ses excuses à l’Italie au nom de l’UE pour ne pas avoir su aider en temps et en heure le pays, première victime du Covid-19 et déclare : L’Europe est devenue le cœur battant de la solidarité dans le monde” .

Cette solidarité se concrétise sur le plan budgétaire avec une réponse d’une ampleur inédite pour les canons de l’Union : un plan de relance européen de 750 milliards d’euros financé par l’emprunt est mis en place au prix de tractations ardues avec les Etats membres les plus frileux. 37% des fonds de ce plan de relance devront par ailleurs être alloués à des projets rentrant dans les objectifs climatiques du Pacte vert, précise Ursula von der Leyen le 17 septembre 2020.

Sur le plan sanitaire, la Commission européenne prend également des initiatives novatrices. Elle élabore notamment une stratégie vaccinale européenne, dévoilée à l’été 2020, qui donne mandat à l’exécutif européen pour acheter les doses de vaccin nécessaires pour l’ensemble des Etats membres. L’initiative est néanmoins marquée par les retards de livraisons des laboratoires ainsi que par plusieurs polémiques quant à l’opacité des négociations et du contenu des contrats signés. Ursula von der Leyen est accusée de naïveté dans son attitude face aux laboratoires et critiquée pour avoir commis une erreur politique notable en février 2021.

AstraZeneca, l’un des laboratoires producteurs de vaccins autorisés sur le marché européen, annonçait alors des retards dans ses livraisons de doses aux Etats membres tout en maintenant le rythme de son approvisionnement au Royaume-Uni. Face à cette inégalité de traitement, Ursula von der Leyen a un temps menacé d’invoquer l’article 16 du protocole nord-irlandais adossé à l’accord de sortie du Royaume-Uni. Cette clause autorise en effet l’Union européenne à rétablir les contrôles à la frontière entre les deux Irlande, et permet donc de limiter les exportations vers le Royaume-Uni. Une manœuvre décriée, qui a forcé la présidente à rétropédaler rapidement. Sur la scène allemande comme dans la bulle européenne, Ursula von der Leyen s’est donc distinguée. Par ses prises de position novatrices, mais aussi à travers les critiques qu’elle a essuyées. Elle doit désormais composer avec une lourde charge, celle d’une Europe revenue au centre du jeu dans le contexte de la crise du Covid-19. Une charge, mais aussi une opportunité politique.

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