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Les Vingt-Sept divisés sur la réforme du marché de l'énergie européen

Les ministres de l’Energie des Etats membres de l’Union européenne se sont réunis à Luxembourg mardi 26 octobre pour évoquer des solutions communes à apporter face à la hausse des prix de l’énergie. Mais la question d’une refonte du marché de l’énergie a été source de divisions, qu’ils ne sont pas parvenus à surmonter.

La commissaire européenne à l’énergie, Kadri Simson, et le ministre slovène des infrastructures, Jernej Vrtovec ont fait état de l'absence de position commune des européens
La commissaire européenne à l’énergie Kadri Simson, et le ministre slovène des infrastructures Jernej Vrtovec ont fait état de l’absence de position commune des Européens - Crédits : Union européenne

Une réunion exceptionnelle pour rien”, juge L’Opinion à l’issue de la rencontre des ministres de l’Energie européens, mardi 26 octobre. Ces derniers ont débattu de solutions à l’échelle européenne pour contrer la flambée des prix de l’énergie sur le Vieux Continent, incluant notamment une éventuelle réforme en profondeur du marché énergétique de l’Union européenne. Finalement, les échanges n’ont débouché sur aucune mesure nouvelle et un simple renvoi des discussions au sommet européen et au Conseil énergie de décembre”, résument Les Echos.

Statu quo contre réforme

Le conseil des ministres européens de l’Energie […] a, une nouvelle fois, mis en lumière [les] divisions entre trois camps”, fait savoir Le Monde.

L’un d’eux est constitué de pays majoritairement au nord de l’UE “qui voient dans l’envolée actuelle des prix de l’énergie un phénomène purement conjoncturel” et qui “défendent, dès lors, le statu quo”, indique le quotidien du soir. Dès la veille de la réunion, “neuf Etats membres, dont l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, l’Irlande et le Danemark, [avaient] exclu dans une déclaration commune ‘toute réforme ad hoc’ du marché de l’électricité” [Les Echos]. Cités par le quotidien, ces pays estiment que “comme la flambée des prix s’explique par des facteurs mondiaux, nous devons être extrêmement prudents avant d’interférer dans la structure des marchés énergétiques intérieurs. Cela ne peut pas être une solution pour amortir la hausse actuelle”.

A l’inverse, d’autres Etats européens plaident pour une réforme structurelle du marché de l’énergie. “La France, l’Espagne, la Grèce, la Roumanie et la République tchèque préconisent une refonte du marché du gaz passant par une meilleure coordination des approvisionnements” [Le Monde]. La secrétaire d’Etat espagnole à l’Energie, Sara Aagesen Muñoz, a ainsi “exhorté ses collègues à être ‘beaucoup plus ambitieux’ et à apporter une ‘réponse européenne’, par opposition aux mesures nationales proposées par Bruxelles et approuvées par une majorité d’États membres”, rapporte Euronews.

Cette réforme pourrait passer par exemple par un découplage des prix du gaz et de l’électricité, qui sont aujourd’hui liés. C’est notamment ce que réclame la France, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire ayant déjà qualifié les règles actuelles d’ ”obsolètes” [Les Echos]. “Paris tient à empêcher que les prix ‘à coût très bas’ de l’électricité nucléaire ne restent alignés sur les cours du gaz et plaide lui aussi pour une refonte plus globale”, précise le quotidien.

Enfin, “à l’approche de la COP26, à Glasgow en Ecosse, la question des prix énergétiques a aussi alimenté les critiques des pays d’Europe centrale et l’Est, Pologne en tête, à l’égard du Pacte vert”, relatent Les Echos. Le Monde ajoute que “pour ces pays, encore très dépendants du charbon, la transition écologique aura un coût qui viendra renchérir le prix de l’énergie”. “La transition écologique n’est pas une partie du problème mais une partie de la solution”, leur a répondu le ministre slovène des Infrastructures Jernej Vrtovec, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE [Les Echos].

Pas de position commune

Il ne faut pas prendre de mesures précipitées”, a estimé la commissaire européenne à l’Energie Kadri Simson, citent Les Echos, qui écrivent que l’exécutif européen se montre “très sceptique sur une refonte du marché”. A moyen terme, la Commission considère que “de nouveaux investissements dans les renouvelables, le renforcement des capacités de stockage et le verdissement de l’économie, en particulier la rénovation des bâtiments, contribueront à réduire la dépendance aux énergies fossiles et la vulnérabilité face à la volatilité de leurs prix”, complète le journal.

S’exprimant aux côtés de Mme Simson, le ministre slovène a appelé les Etats membres “à se concentrer sur la meilleure utilisation possible de la boîte à outils de la Commission”, note Euronews.

Cette “boîte à outils”, présentée le 13 octobre dernier comme une solution à court terme, comporte “plusieurs moyens de faire baisser les prix de l’énergie ou d’amortir le choc, comme des réductions fiscales, des chèques énergie et des aides ciblées aux plus pauvres”, décrit L’Echo.

Outre l’absence de consensus sur la manière de lutter contre la hausse des prix, cette réunion a également mis en lumière plusieurs débats qui fragmentent actuellement l’UE sur l’énergie. “À ce débat sur les prix du gaz se couple la question de la place du nucléaire dans le mix énergétique futur de l’UE”, souligne ainsi L’Echo. “Selon Paris, l’atome pourrait accroître l’indépendance énergétique de l’UE et promouvoir, par sa neutralité carbone, la lutte contre les changements climatiques”, remarque le quotidien économique belge. Pour appuyer ses arguments, “la France demande que [le nucléaire] soit inscrit comme source d’énergie décarbonée et donc éligible pour les financements verts […] mais rencontre [notamment] l’hostilité de l’Autriche et du Luxembourg”, analyse RFI.

Enfin, “au-delà de ces thématiques, la crise de l’énergie a relancé un autre débat, plus géopolitique, entre les Vingt-Sept sur la relation entre l’Europe et la Russie, qui est le premier fournisseur de gaz du Vieux Continent”, indique Le Monde. Une situation dans laquelle Vladimir Poutine “encourage très fortement” les Etats européens à se tourner vers Moscou pour leur approvisionnement, “faisant miroiter des prix cassés aux gouvernements qui concluraient des contrats à long terme avec Gazprom”. “Et conditionne de nouvelles livraisons de gaz aux Européens à l’entrée en fonctionnement du gazoduc Nord Stream 2 reliant la Russie à l’Allemagne”, ajoute Le Monde. De quoi renforcer les craintes de la Pologne, “traditionnellement méfiante à l’égard de [Moscou]”. Par la voix de son Premier ministre Mateusz Morawiecki, celle-ci avait appelé la “Commission à lancer une enquête pour manipulation de marché et abus de position dominante sur les pratiques de Gazprom”, lors du dernier Conseil européen le 21 octobre, rappelle le journal.

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