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Qu'est-ce que Nord Stream 2, le nouveau gazoduc entre la Russie et l'Allemagne ?

Après plus de trois ans de travaux, le gazoduc Nord Stream 2 a été mis en pré-service en octobre 2021. Une nouvelle étape avant le début des livraisons de gaz russe vers l’ouest du continent. Entre sanctions américaines et divisions européennes, pourquoi ce projet est-il si controversé ?

Installation d'un pipeline dans les eaux suédoises en 2019
Installation d’un pipeline dans les eaux suédoises en 2019 - Crédits : © Nord Stream 2 / Axel Schmidt

Quel est le projet ?

Nord Stream 2 représente 1 230 kilomètres de tuyaux sous la mer Baltique. Ceux-ci relient le village de Bolchoï Kouziomkino, dans la région de Saint-Pétersbourg en Russie, à Lumbin, une ville côtière au nord de l’Allemagne. L’objectif du projet est de compléter les services de son grand frère, le gazoduc Nord Stream 1, déjà en service depuis 2012 et qui suit plus ou moins le même tracé.

Le nouveau pipeline double ainsi les capacités de transport de gaz depuis la Russie via la Baltique, ce qui permettrait d’atteindre pour ce réseau un approvisionnement de 110 milliards de mètres cube par an vers l’Allemagne. A titre de comparaison, l’UE a importé plus de 440 milliards de mètres cube de gaz naturel en 2019 (contre 385 milliards en 2010), dont 166 milliards provenaient de l’ensemble des gazoducs russes.

Exploité par le mastodonte énergétique russe Gazprom, Nord Stream 2 est le fruit d’un partenariat avec cinq entreprises européennes dont une française : OMV, Engie, Wintershall Dea, Uniper et Shell. Basée en Suisse et détenue par Gazprom, la société Nord Stream 2 AG a été créée pour mener à bien le projet, de sa planification à son exploitation en passant par la construction. Plus de 9 milliards d’euros auront été nécessaires pour mettre au point Nord Stream 2.

Quand entrera-t-il en service ?

La compagnie Gazprom a annoncé le 10 septembre 2021 que le gazoduc était achevé. Début octobre, la première ligne a commencé à être remplie de gaz. La société Nord Stream 2 AG doit cependant être certifiée comme “opérateur indépendant” par le régulateur allemand afin de livrer à l’ouest, un processus qui ne devrait pas pleinement aboutir avant le printemps 2022. Avant cela, elle pourrait toutefois être autorisée à utiliser le gazoduc à 50 % de ses capacités.

Pourquoi est-il controversé ?

Plusieurs des détracteurs de Nord Stream 2 ont pointé du doigt le risque d’accroître la dépendance énergétique européenne vis-à-vis du Kremlin. La Russie représentait en effet déjà plus de 40 % des importations de gaz naturel de l’UE en 2019. Dans le contexte d’une hausse des prix de l’énergie à l’automne 2021, Moscou est d’ailleurs accusé de ne pas livrer assez de gaz sur le Vieux Continent, profitant de la situation pour obtenir une mise en service rapide de Nord Stream 2.

Le gazoduc sous-marin, qui lève un certain nombre de droits de passage, est aussi un moyen pour Gazprom de réduire ses coûts de transport de l’énergie vers l’ouest. En contournant l’Ukraine par la Baltique, il la prive ainsi de ressources financières importantes (estimées à 1,5 milliard d’euros par an) liées au transit du gaz russe sur son territoire.

La mise en service de ce nouveau gazoduc pose enfin des questions relatives à la transition énergétique sur le Vieux Continent. Alors que l’UE a un objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050, la mise en place d’une telle infrastructure gazière, censée être utilisée plusieurs décennies, pourrait accroître la dépendance au gaz dans le mix énergétique européen. Emetteur de gaz à effet de serre, cet hydrocarbure est pourtant un élément stratégique de la politique énergétique de l’Allemagne. Si le pays a fortement développé la production d’énergies renouvelables, il repose en grande partie sur le charbon et, dans une moindre mesure, sur le gaz pour produire son électricité.

Quel est l’intérêt de l’Allemagne dans ce projet ?

Au-delà de sa propre consommation d’énergie, atteindre les 110 milliards de mètres cube d’importations par an devrait renforcer le rôle géopolitique de l’Allemagne dans le domaine de l’énergie. Le pays deviendrait ainsi un hub, à son tour capable d’exporter vers ses voisins le surplus de gaz lui-même importé de Russie. Selon Berlin, Nord Stream 2 sécurise par ailleurs l’approvisionnement européen en énergie, car le gazoduc permettrait de s’affranchir des risques politiques et techniques dans les pays de transit, Ukraine et Pologne en tête.

La chancelière Angela Merkel a toujours défendu la mise en service de Nord Stream 2. Ministre des Finances sous le dernier gouvernement, le probable futur chancelier Olaf Scholz (SPD) a également soutenu le projet. L’ancien dirigeant social-démocrate Gerhard Schröder est par ailleurs le chef du comité des actionnaires du consortium pour la construction et l’exploitation du gazoduc.

Qui sont les opposants au projet ?

Malgré la fin des travaux au terme de l’été 2021, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait savoirque l’Ukraine allait se battre contre ce projet politique russe jusqu’à son achèvement et après celui-ci et même après le commencement des livraisons de gaz”. La position ukrainienne est ferme depuis la conception de Nord Stream 2, d’autant plus que Kiev et Moscou se livrent une guerre depuis 2014 dans le Donbass, à l’ouest du pays, où la Russie soutient les séparatistes.

Les Etats-Unis ont pour leur part pris des sanctions contre les entreprises impliquées dans les travaux lorsque Donald Trump était au pouvoir. Avec Nord Stream 2, la Russie acquiert en effet un avantage compétitif dans la concurrence avec le gaz naturel liquéfié (GNL) américain. Une loi sanctionnant différentes compagnies a interrompu les travaux en décembre 2019, alors qu’ils avaient commencé en avril 2018. 

L’administration de Joe Biden a toutefois surpris en annonçant en mai 2021 que les Etats-Unis renonçaient à de nouvelles sanctions, facilitant la poursuite du chantier. Berlin et Washington ont ensuite trouvé un accord fin juillet. En échange d’une levée partielle des sanctions américaines réclamée par l’Allemagne, le gouvernement allemand s’est engagé à créer un fonds pour soutenir la transition énergétique en Ukraine et surtout faire en sorte que le gaz continue de passer par le territoire ukrainien après 2024, échéance fixée actuellement dans un accord de transit.

Du côté des Etats membres de l’UE, la Pologne, les pays baltes – méfiants envers leur voisin russe – ou encore la Slovaquie et la République tchèque se sont opposés à Nord Stream 2 à de nombreuses reprises. L’ancien Premier ministre slovaque Igor Matovič avait par exemple déclaré au Monde en février 2021 que cette “idée […] était mauvaise depuis le départ, surtout du fait qu’il contourne notre partenaire ukrainien”.

Même en Allemagne, les responsables politiques sont divisés sur cette question. Les Verts, probables membres de la future coalition gouvernementale, s’y sont farouchement opposés : l’ex-candidate écologiste à la chancellerie Annalena Baerbock avait accusé l’ancienne coalition des conservateurs et sociaux-démocrates d’avoir “rendu un bien mauvais service à l’Allemagne” en soutenant “un projet qui ne profite qu’à [Vladimir] Poutine”. La pression sur le gouvernement d’Angela Merkel avait été particulièrement forte à la fin de l’été 2020, au moment où le Kremlin était accusé d’avoir empoisonné l’opposant russe Alexeï Navalny.

La France a pour sa part exprimé des réserves sur ce projet, considérant un temps que l’arrêt des travaux pouvait être un outil afin de sanctionner la Russie lors de l’affaire Navalny.

Qu’en disent les institutions européennes ?

Toujours dans le cadre de cette affaire, le Parlement européen avait adopté une résolution exigeant l’abandon de la construction de Nord Stream 2 le 18 septembre 2020. Une réclamation réitérée en janvier 2021.

Devant les divisions des Etats membres sur la question, la Commission européenne s’est quant à elle montrée prudente sur ce dossier. En réponse à la question écrite d’un eurodéputé, l’exécutif européen avait fait savoir en 2018 que “Nord Stream 2 ne contribuait pas aux objectifs de la politique énergétique de l’UE tels que la sécurité énergétique ou la diversification des approvisionnements et, pour cette raison, ne soutenait pas sa construction”. Il avait néanmoins rappelé qu’il n’avait pas les compétences pour l’interdire. Le diplomate en chef de l’UE Josep Borrel a depuis souligné que Nord Stream 2 devait se faire dans le respect des normes de l’UE.

En 2019, le Parlement et le Conseil avaient en effet adopté une directive imposant les règles du marché européen aux gazoducs issus d’un pays situé hors de l’UE. Cela supposait notamment la séparation des activités de production, de distribution et de gestion des réseaux ainsi qu’une transparence sur les prix pratiqués. La Commission porte particulièrement son attention sur la concurrence qui s’applique au sein du marché : le gazoduc devrait pouvoir être utilisé par d’autres entreprises que Gazprom. Des exigences considérées comme inacceptables par les deux sociétés gérant Nord Stream 1 et 2. Après une plainte devant la CJUE, elles ont été déboutées en mai 2020. Le tribunal allemand de Düsseldorf a ensuite confirmé en août 2021 que Nord Stream 2 devait se conformer aux règles du marché européen en matière de concurrence, les travaux ayant été terminés après la date limite du 23 mai 2019 fixée dans la révision de la directive sur le marché intérieur de gaz naturel.

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1 commentaire

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    Chambon

    Comment l’UE va pouvoir rester indépendante de la Russie ? Que va faire l’UE si la Russie fait le chantage de fermer le robinet de gaz si l’UE donne des sanctions contre elle pour cause de participation militaire directe ou indirecte en Ukraine ou pour cause d’exactions de la part des mercenaires russes en Afrique, etc ?
    Qui a payé ce projet : que les Russes ou avec la participation des européens ?
    Svp merci de votre réponse.