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Vaccination contre le Covid-19 en Europe : où en est-on ?

Question-Réponse 04.03.2021 Barthélémy Gaillard

Face à l'épidémie de Covid-19 qui sévit sur le territoire européen, les Vingt-Sept ont engagé des campagnes de vaccination le 27 décembre dernier. Où en sont-elles aujourd'hui, quelles difficultés connaissent les Etats membres et comment l'Union européenne les aide-t-elle à les surmonter ?

Enjeu sanitaire majeur, la vaccination contre le covid-19 soulève également d'importantes questions géopolitiques - Crédits : bojanstory / iStock

Enjeu sanitaire majeur, la vaccination contre le covid-19 soulève également d'importantes questions géopolitiques - Crédits : bojanstory / iStock

CE QUE VOUS ALLEZ APPRENDRE DANS CET ARTICLE

La Commission européenne a autorisé la mise sur le marché conditionnelle de trois vaccins, permettant aux Etats membres d'entamer leurs campagnes de vaccination dès le 27 décembre. Celles-ci ont été ralenties par les problèmes de production rencontrés par les laboratoires.

Au 1er mars, 4,5 % de la population française a reçu au moins une première injection de vaccin. Une proportion légèrement inférieure à la moyenne observée dans l'Union européenne (5 %) et à celle constatée dans les autres pays de l'UE les plus peuplés (5,7 % en Espagne, 5,1 % en Allemagne et 5 % en Italie).

La progression de la vaccination sur le territoire de l'UE est bien plus lente qu'au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, déclenchant des critiques à l'encontre de la stratégie vaccinale européenne, que la Commission tente d'ajuster face aux variants.

Avec 550 000 morts du coronavirus depuis début 2020, l'Union européenne a payé un lourd tribut à la pandémie qui touche la planète. Pour y mettre fin, elle a donc joué un rôle déterminant dans la signature de contrats de pré-achat auprès de 6 laboratoires, pour un total de 2,575 milliards de doses et autorisé jusqu'ici la mise sur le marché conditionnelle de trois vaccins élaborés par Pfizer/BioNTech, Moderna et AstraZeneca. Le 27 décembre, les Vingt-Sept ont donc pu entamer leurs campagnes de vaccination, qui connaissent jusqu'ici des fortunes diverses, et soulèvent des problématiques logistiques, économiques et politiques d'ampleur. Les stocks négociés avec les trois laboratoires s'élèvent à 1,460 milliard de doses, de quoi immuniser 730 millions d'Européens, et donc couvrir les besoins du continent à terme.

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Comment les doses sont-elles réparties entre les Etats membres ?

Chaque Etat membre a ainsi droit à une part du stock constitué par la Commission européenne proportionnelle à sa population. Pour la France, elle devrait se situer autour de 15 %, soit 413 millions de doses au total environ. La plupart des traitements vaccinaux à l'étude se réalisant en deux injections, cela permettrait à l'Etat français de pouvoir assurer la vaccination d'au moins 206 millions de personnes. Néanmoins, les pays de l'UE ne sont pas tenus d'acheter la totalité du stock pré-réservé par la Commission européenne. Ils sont libres de fixer la quantité de vaccins dont ils ont besoin, qu'ils peuvent donc acheter au prix défini dans le contrat d'achat anticipé signé entre l'exécutif européen et les laboratoires.

De la même façon, si un Etat venait à ne pas vouloir acheter l'ensemble du stock qui lui était réservé, il serait alors possible pour un autre pays d'acheter les doses restantes. C'est la raison pour laquelle l'Allemagne s'est notamment déclarée volontaire pour acheter les doses de vaccin BioNTech/Pfizer que d'autres Etats membres, qui les trouvaient trop chers et peu pratiques d'un point de vue logistique, avait délaissées.

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Comment les campagnes de vaccination des Etats membres avancent-elles ?

En France, la première campagne de vaccination à destination des personnes âgées vivant en EHPAD a débuté le 27 décembre. Elle se décomposait à l'origine en trois phases : la première, à destination des personnes âgées vivant en EHPAD, la seconde, ciblant les personnes de plus de 75 ans et les personnels soignants de plus 50 ans, puis la population générale. Face au rythme supérieur de vaccination de ses voisins européens, elle a fait l'objet de critiques aujourd'hui tempérées. Selon la comptabilité établie par Politico, 4,68 millions de doses ont été inoculées en France au 1er mars, contre 4,45 millions en Italie et 6,41 millions en Allemagne.

Evolution du nombre de doses de vaccin administrées par Etat membre depuis le 27/12/20. Source : Our World in Data

Après des débuts poussifs, la France a rectifié le tir en bousculant son calendrier : le 4 janvier, elle a notamment ouvert la vaccination aux personnels soignants de plus de 50 ans, initialement prévue début février. Les citoyens de plus de 75 ans ne résidant pas en EHPAD peuvent aussi s'inscrire sur le site Santé.fr depuis le 14 janvier. La vaccination a également été ouverte aux personnes dites "vulnérables" - quel que soit leur âge - depuis le 18 janvier. Le gouvernement a donc élargi la cible de sa stratégie vaccinale et adapté son organisation en fonction, en ouvrant près de 1 300 centres de vaccination à compter de la même date. Le président français Emmanuel Macron a par ailleurs ajouté que "tous les Français qui le souhaitent" pourraient se faire vacciner "d'ici la fin de l'été".

Un élargissement qui s'accompagne d'une hausse des besoins en doses et de soucis d'approvisionnement, notamment alimentés par les problèmes de production rencontrés par les laboratoires (voir plus bas). Au cours du mois de janvier, trois régions françaises ont ainsi dû provisoirement reporter les premières injections faute de stocks, avant de reprendre leur rythme de croisière : l'Île-de-France, les Hauts-de-France et la Bourgogne-Franche-Comté. Seules les personnes ayant déjà reçu la première injection pouvaient à ce moment continuer à bénéficier de la campagne. L'autorisation accordée le 2 février au vaccin d'AstraZeneca par la Haute Autorité de santé (HAS) pour une utilisation en France ainsi que les nouvelles commandes passées au niveau européen ont permis de changer la donne. Au 1er mars, la France se trouve dans la moyenne de l'UE avec 4,5 % de sa population ayant reçu une première dose au 27 février, contre 5 % au niveau du continent. Les autres pays européens les plus peuplés affichent des statistiques du même ordre : 5 % en Italie, 5,1 % en Allemagne et 5,7 % en Espagne. Les lenteurs de la campagne vaccinale s'observent donc désormais au niveau européen et non plus national, comme en atteste le graphique ci-dessous, indiquant le pourcentage de population ayant déjà reçu au moins une première dose.

Evolution du pourcentage de population ayant déjà reçu au moins une première dose de vaccin depuis le 27/12/20 en Europe. Source : Our World in Data

Vaccins contre le Covid-19 : comment l'UE et les laboratoires négocient-ils ?

Comment fonctionnent les vaccins à ARN messager ?

Qu'il s'agisse du vaccin de PfizerBioNTech ou de Moderna, les deux reposent sur la même technologie vaccinale dite de l'ARN messager. Le docteur Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l'hôpital Bichat de Paris, en résumait le fonctionnement lors d'une conférence organisée le 26 janvier par la Représentation en France de la Commission européenne : "Avec les vaccins à ARN messager, on isole puis on inocule la partie du matériel génétique du virus qui va produire la protéine Spike chez les patients traités. La protéine Spike, c'est ce qui permet au corps de se défendre et qui empêche le virus de se propager dans les cellules humaines".

Quels problèmes les Vingt-Sept rencontrent-ils ?

  • La crainte d'une pénurie à court terme

Pour expliquer ces lenteurs, certains observateurs pointent du doigt les lacunes européennes en la matière. Mi-janvier, le gouvernement allemand a notamment déclaré que les stocks qui lui étaient alloués demeuraient insuffisants pour tenir le rythme de vaccination initialement prévu. Ce qui peut sembler paradoxal car le premier vaccin commercialisé sur le continent a été conçu en partie par un laboratoire allemand (BioNTech). Ainsi, le journal Die Welt déplorait à ce moment que "le fruit de la recherche allemande soit largement disponible aux États-Unis mais demeure une denrée rare en Allemagne". Même constat côté français, avec le laboratoire nantais Valneva qui, faute de commande de la part de l'Etat français, a signé un contrat prioritaire avec le Royaume-Uni.

Autre problème, Pfizer/BioNTech a également engagé depuis la mi-janvier des travaux dans son usine belge pour augmenter sa capacité de production, ce qui entraîne un retard dans ses livraisons. Moderna a aussi annoncé des retards dans sa production, provoquant un ralentissement des livraisons faites aux Etats membres.

En déclarant le 22 janvier qu'il ne pourrait pas honorer en temps et en heure les livraisons auxquelles il s'était engagé (-75 % au niveau européen pour le premier trimestre de mise sur le marché), le laboratoire AstraZeneca a attisé les craintes des Etats membres quant à une potentielle pénurie. Et relancé la controverse sur l'attitude des laboratoires puisqu'il a maintenu dans le même temps le rythme de ses livraisons à destination du Royaume-Uni. Outre le fait qu'AstraZeneca soit en partie britannique, le laboratoire a tout intérêt à satisfaire Londres en priorité, étant donné qu'il a négocié un prix à l'unité plus élevé pour ses doses auprès des Britanniques qu'auprès des Européens.

Une inégalité de traitement qui a poussé la commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakides à monter au créneau quelques jours avant que l'Agence européenne des médicaments autorise la mise sur le marché du vaccin d'AstraZeneca le 29 janvier. La Chypriote a ainsi déclaré : "L'UE a préfinancé le développement du vaccin et sa production, et veut désormais un retour (sur son investissement). L'UE veut savoir combien de doses ont été produites par AstraZeneca jusqu'à présent, où exactement, si elles ont été livrées et à qui". Pour mettre la pression sur le laboratoire et le pousser à respecter ses promesses, la Commission européenne a dévoilé le contenu du contrat qu'elle a signé.

Jugeant le nouveau calendrier proposé par AstraZeneca "inacceptable", la Commission européenne a également adopté le 29 janvier un mécanisme forçant les entreprises produisant des vaccins contre le Covid-19 dans l'UE à signaler toute exportation de leur produit vers des pays tiers. Un moyen de se prémunir d'une fuite de stocks à destination de puissances concurrentes.

En raison des pressions émises par Bruxelles, AstraZeneca a finalement accepté de revoir ses livraisons à la hausse. Le laboratoire s'est en effet engagé à livrer 40 millions de doses aux Vingt-Sept au cours du premier trimestre 2021. Soit neuf millions de plus que prévu lorsque les retards ont été annoncés, mais bien moins que les livraisons initialement négociées.

Les suites politiques du bras de fer avec AstraZeneca

Pour mettre la pression sur le laboratoire suédo-britannique et limiter ses livraisons de doses à destination du Royaume-Uni, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a menacé d'activer l'article 16 du Protocole sur l'Irlande et l'Irlande du Nord. Ce texte, issu de l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE conclu en octobre 2019, lui permet de rétablir la frontière physique et les contrôles douaniers entre les deux Irlande, suspendus par une clause de l'accord commercial signé en décembre 2020 dans le cadre du Brexit. 

La manœuvre n'a pas manqué de susciter de vives réactions de l'autre côté de la Manche, où des acteurs généralement très opposés tels que l'archevêque de Canterbury, le Sinn Féin, le Parti unioniste démocrate (DUP) et la Première ministre nord-irlandaise Arlene Foster (DUP) et Boris Johnson ont unanimement condamné la position de Bruxelles. La Commission européenne a fini par rétropédaler et n'a pas activé l'article 16, tandis que sa présidente a pris la parole dans les médias pour apaiser les tensions. Un rebondissement qui illustre à quel point l'actuelle course à la vaccination dans laquelle l'Union s'est engagée peut entrer en résonance avec d'autres dossiers politiques tels que celui du Brexit.

Ces atermoiements ont poussé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à reconnaître le 10 février avoir été "trop optimiste" quant à la capacité productive des laboratoires lors d'une session plénière du Parlement européen. Pour redresser la barre et éviter une pénurie, la Commission européenne avait déjà signé le 8 janvier un deuxième contrat avec Pfizer/BioNTech pour 300 millions de doses supplémentaires. Une manne additionnelle qui permet d'augmenter les livraisons à destination des Etats membres depuis le 15 février. Le 17 février, l'exécutif européen a par la suite commandé 300 millions de doses supplémentaires à Moderna, toujours dans le but d'éviter les ruptures de stock. L'exécutif européen devrait en outre autoriser la mise sur le marché d'un quatrième vaccin — celui de Johnson et Johnson — début mars. Ce dernier a l'avantage de ne nécessiter qu'une seule injection pour être opérationnel et de pouvoir être conservé entre 2 et 8°C, soit la température d'un réfrigérateur.

Entretemps, l'Union européenne est également peu à peu revenue sur sa position quant à l'efficacité et l'intérêt du vaccin russe. Sceptique jusqu'ici, Ursula von der Leyen a en effet affirmé mardi 2 février devant des parlementaires européens que ceux-ci "pourraient obtenir une autorisation de mise sur le marché conditionnelle comme les autres" s'ils montraient "de la transparence". Kirill Dmitriev, directeur du Fonds d’investissement direct russe, principal mécène du vaccin produit par son pays, a de son côté fait savoir que l'UE ne pourrait en bénéficier qu'après la vaccination de la majeure partie des Russes, pas avant mai au plus tôt. Ces négociations tendues avec les laboratoires, ces retards pris par les campagnes de vaccination et cet intérêt éprouvé pour le vaccin russe rappellent en tout cas que la question de l'accès prioritaire des Européens aux stocks produits par les laboratoires reste ainsi d'actualité. 

  • Le contrôle de la production des laboratoires et de l'approvisionnement

En parallèle et malgré les problèmes d'approvisionnement, la Commission européenne tente donc de coordonner la distribution des doses et les campagnes de vaccination dans l'ensemble des Etats membres. Elle a ainsi garanti l'égal accès aux doses de vaccins aux Vingt-Sept, un engagement qui montre ses limites, à en croire le ministre de la Santé français Olivier Véran. Alors que Paris avait annoncé qu'il disposerait d'un million de doses du vaccin au 31 décembre, ce dernier a en effet affirmé le 5 janvier que la Commission européenne avait décidé "de plafonner les livraisons par pays à 520 000 doses par semaine, afin de faciliter la logistique et d’assurer un traitement équitable entre tous les pays", rapporte France Info. Les premières livraisons de doses du vaccin de Moderna, à hauteur de 500 000 par semaine en ce qui concerne la France, devaient permettre de dissiper les craintes quant à une potentielle pénurie. Il n'en a rien été.

Conséquence de ce manque de doses, l'Allemagne, pays traditionnellement partisan d'une approche coordonnée au niveau européen, a signé des contrats bilatéraux avec Pfizer/BioNTech, Moderna et Curevac, fait savoir Le Monde. Si Berlin a rappelé que ces contrats avaient été signés après les négociations au niveau européen, la commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakides a critiqué cette démarche, affirmant que "conclure des accords parallèles ne fera que saper une approche européenne qui a porté ses fruits". Au Parlement européen, l'initiative a suscité les mêmes réactions. Le 8 février, l'eurodéputé Pascal Canfin (LREM) a ainsi appelé à "ne pas céder au nationalisme vaccinal", une solution "contreproductive" selon lui : "Il est inutile de passer des contrats bilatéraux puisque les doses produites par les laboratoires doivent en priorité être livrées dans le cadre des accords passés au niveau européen". Autrement dit, les doses négociées dans le cadre d'accords nationaux ne seront livrées qu'une fois les contrats européens honorés.

L'un des autres problèmes auquel est confrontée la Commission européenne est d'ordre légal. Elle a en effet signé des contrats imposant des objectifs de livraison trimestriels aux laboratoires. Mais rien qui les contraigne à maintenir le même rythme d'approvisionnement d'une semaine ou d'un mois sur l'autre. C'est la raison pour laquelle l'exécutif européen cherche donc désormais à connaître le détail des formulaires de commande nationaux remplis par chaque Etat, non mentionné dans les contrats passés. La directrice générale de la Santé et de la Sécurité de la Commission européenne Sandra Gallina a déclaré vouloir recueillir ces informations auprès des gouvernements. Cela permettrait de pouvoir déterminer si oui ou non les laboratoires ne sont pas assez performants, ou si les problèmes rencontrés dans les campagnes de vaccination relèvent plutôt de la compétence des gouvernements. Cependant, seuls la France, le Danemark et la Suède ont pour l'instant transmis l'intégralité de ces informations.

Autre point sur lequel la Commission européenne engage un rapport de force avec les laboratoires : la question du nombre de doses contenues dans chaque flacon livré. Initialement, Pfizer/BioNTech avait estimé que chacun des flacons contenait en effet cinq doses, tandis qu'après usage, l'Agence européenne des médicaments, elle, a affirmé qu'ils en contenaient six. Prenant en compte cette nouvelle donnée, et sachant que le consortium s'est engagé à livrer un nombre de doses précis, celui-ci a donc annoncé qu'il produirait 20 % de flacons en moins que prévu, ces derniers permettant de traiter plus de personnes. A la suite de cette controverse, le Conseil européen a affirmé le 21 janvier qu'il veillerait à ce que les laboratoires "remplissent leurs obligations contractuelles". Depuis, un nouveau type de seringue conçu par une entreprise chinoise a été commercialisé, rapporte Capital. Il permet de réaliser sept injections avec un seul flacon.

  • L'avancée coordonnée des campagnes de vaccination en Europe

En valeur relative, la proportion des personnes vaccinées au sein des populations des Etats membres varie pour l'instant de 1 à 6. En témoigne la carte actualisée par le Centre européen de contrôle des maladies permettant de suivre l'évolution des campagnes de vaccination Etat membre par Etat membre. Des disparités que la Commission européenne veut aplanir, pour parvenir à l'objectif d'une immunité collective au niveau du continent. En effet, les importants flux de population qui traversent l'espace européen rendent les Vingt-Sept particulièrement interdépendants. En d'autres termes, parvenir à l'immunité collective en France sans l'atteindre en Espagne n'aurait que peu d'utilité. C'est la raison pour laquelle l'exécutif européen a fixé des objectifs vaccinaux au niveau de l'Union : immuniser 80 % des Européens de plus de 80 ans et des personnels soignants d'ici la fin du mois de mars, ce qui représente 64 millions de doses, puis traiter 70 % des Européens adultes "d'ici l'été".

  • L'apparition de variants du coronavirus

Outre leurs problématiques économiques et politiques, les campagnes de vaccination européennes sont également confrontées à un enjeu scientifique. L'apparition de variants du coronavirus au Royaume-Uni, en Bavière, au Brésil, en Californie et en Afrique du Sud laisse planer la crainte que les premiers vaccins actuellement inoculés sur le continent soient inopérants contre cette nouvelle menace. Néanmoins, Pfizer/BioNTech et Moderna ont tous deux affirmé que leurs vaccins seraient efficaces contre les variants britannique et sud-africain. Le vaccin d'AstraZeneca semble pour sa part moins efficace face au variant sud-africain.

Enfin, une autre incertitude demeure au sujet de l'efficacité du vaccin du laboratoire suédo-britannique sur les personnes de plus de 65 ans. En effet, seuls 8 % des participants aux essais cliniques pratiqués par le laboratoire avaient plus de 65 ans, alors qu'ils représentent respectivement 20 et 25 % du panel de personnes sur lesquelles les vaccins Moderna et Pfizer/BioNTech ont été testés. Ces doutes semblent néanmoins se dissiper suite à la publication des chiffres de la stratégie vaccinale écossaise. Après avoir déconseillé son usage pour les plus de 65 ans, les commissions de vaccination allemande et française l'ont donc finalement recommandé début mars.

La propagation rapide des variants sur le continent pousse les laboratoires à élaborer de nouvelles versions de leurs vaccins pour garantir une meilleure immunité. Echaudée par les critiques sur la lenteur de son processus de validation des premiers vaccins, la présidente de l'exécutif Ursula von der Leyen a annoncé le 17 février le lancement de l'incubateur Héra. 225 millions d'euros seront mobilisés pour renforcer la recherche et le séquençage des cas de Covid-19 en Europe dans le but de mieux connaître les variants et de contribuer à développer des vaccins efficaces. Outre cet investissement financier et scientifique, l'Union européenne s'est engagée à adapter ses normes et procédures pour examiner plus rapidement les demandes d'autorisation de mise sur le marché conditionnelle (AMMC) "sans pour autant réduire les critères de sécurité", a précisé le 14 février Stella Kyriakides. L'idée, pour les laboratoires ayant déjà obtenu une première AMMC, consisterait à leur demander de fournir simplement les données additionnelles nécessaires sans exiger l'ensemble du dossier.

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Où en sont les autres grandes puissances ?

La pandémie de Covid-19 qui frappe la planète a paralysé l'économie mondiale, mais pas la communauté scientifique, lancée dans une course effrénée au vaccin depuis de longs mois. Le 26 février, l'OMS estimait que 258 vaccins potentiels étaient actuellement à l'étude dans le monde, dont 76 étaient testés sur l'homme et 16 dans la dernière phase des essais cliniques avant demande d'homologation. Ces recherches aiguisent les appétits des grandes puissances mondiales, qui se livrent à une compétition pour réserver un maximum de doses à leur population.

Aux Etats-Unis, Donald Trump a tenté de racheter un laboratoire allemand dès mars 2020 avant de s'assurer la priorité sur les livraisons d'un potentiel vaccin auprès de la branche américaine de Sanofi. Les Etats-Unis ont depuis dépensé 10 milliards de dollars dans six projets et ont entamé leur campagne de vaccination le 14 décembre, en même temps que le Canada. Le 2 mars, 15,5 % des Américains avaient reçu au moins une dose de vaccin. Autre pays qui se distingue dans la course à la vaccination : Israël. Le pays affiche en effet le plus fort taux d'inoculation du vaccin au monde. A la même date, 55,6 % des Israéliens avaient reçu au moins une dose de vaccin. Un chiffre qui permet de constater le retard européen par rapport aux pays les plus avancés au monde en la matière.

Evolution de la part de la population des puissances mondiales ayant reçu au moins une dose de vaccin depuis le 8 décembre 2020 - Source : Our World in Data

De leur côté, la Chine et la Russie recourent plus volontiers à la recherche publique. La première a ainsi commercialisé deux vaccins. Après avoir autorisé l'usage d'un vaccin expérimental dans les rangs de son armée, elle a entamé une campagne de vaccination en juillet dernier et ainsi inoculé 52,52 millions de doses au 28 février.

La Russie avait quant à elle inoculé 5,25 millions de doses de son vaccin Spoutnik V au 2 mars. Fruit de la collaboration entre le laboratoire Gamaleïa et le ministère russe de la Défense, il affiche un taux d'efficacité de plus de 91 % d'après une étude indépendante publiée dans la revue The Lancet. Depuis le mois de février, la Russie s'est également lancée dans la production à grande échelle d'EpivacCorona, un deuxième vaccin cofinancé par l'Etat.

Le vaccin Spoutnik V a séduit la Hongrie, un Etat membre en opposition frontale avec l'Union européenne sur certains sujets (état de droit, migrations...), et qui tenait à s'affranchir de la stratégie européenne de vaccination pour marquer son indépendance vis-à-vis de Bruxelles. Après avoir reçu les premiers échantillons de Spoutnik V fin novembre, des problèmes d'approvisionnement ont poussé Budapest à recourir au vaccin BioNTech/Pfizer. Sans se conformer complètement à la stratégie de coordination européenne pour autant, puisque le gouvernement hongrois a tenu à lancer sa campagne de vaccination le 26 décembre, soit la veille de la date sur laquelle s'étaient accordés les autres Etats membres.

Depuis, l'autorité hongroise de réglementation des médicaments a accordé son feu vert au vaccin Spoutnik V ainsi qu'au vaccin chinois Sinopharm, alors qu'aucun des deux n'a été validé par l'EMA pour le moment. Le pays pourrait cependant bien sortir de son isolement en ce qui concerne le vaccin russe. En effet,  étant donné la pénurie qui menace les campagnes de vaccination européennes, les capitales du Vieux Continent se montrent désormais ouvertes quant à une possible utilisation de Spoutnik V.

Autre pays à la communication et à la stratégie qui détonent, l'Iran. Le guide suprême de la République islamique Ali Khamenei a interdit le 8 janvier l'importation des vaccins occidentaux sur le sol iranien, provoquant la colère de la population et du personnel soignant.

Ces stratégies sanitaires illustrent bien la dimension éminemment politique que revêt la course au vaccin, les choix de chaque Etat recoupant les lignes de fracture géopolitiques aux niveaux européen et mondial.