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[Revue de presse] Vaccins contre le Covid-19 : l'unité européenne mise à mal

A l’instar de l’Autriche et du Danemark, plusieurs Etats membres décident de contourner la stratégie vaccinale commune de l’Union européenne. Des lignes de fracture européenne semblent ainsi ressurgir face à l’épreuve du Covid-19 et de la vaccination.

Plusieurs Etats critiquent la lenteur de l'approche européenne en matière de vaccination
Plusieurs Etats critiquent la lenteur de l’approche européenne en matière de vaccination - Crédits : scaliger / iStock 

C’est une nouvelle petite fissure dans l’unité européenne face à la crise sanitaire” , entament Les Echos. Mardi 2 mars, le chancelier autrichien Sebastian Kurz a annoncé “ne plus vouloir dépendre de l’Union européenne pour la production de vaccins et que, avec la Première ministre danoise, il allait engager des discussions avec Israël” , résume Courrier international. Un projet de coopération pour produire des vaccins de deuxième génération “sera lancé officiellement dès jeudi” , indiquent Les Echos.

Les deux pays ne sont pas les premiers à rompre les rangs. D’autres Etats de l’UE avaient déjà décidé “de s’émanciper de tout ou partie du cadre européen pour jouer des cartes plus personnelles face aux retards et délais de livraisons des commandes des 27″ , poursuit le quotidien économique. “Ces derniers jours, le Danemark, l’Autriche, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque ont rejoint la Hongrie pour rompre avec la stratégie de vaccination de l’UE en dépassant les frontières de l’Europe pour des doses” , énumère Politico. “Confrontés à une accélération inquiétante de l’épidémie de Covid-19, les pays du groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) ont décidé de faire cavalier seul et de ne plus s’en tenir au mécanisme européen d’achats de vaccins” , explique ainsi Libération. Lundi soir, écrit le journal, “la Slovaquie [est devenue] le deuxième pays de l’Union européenne, après la Hongrie, à faire appel au vaccin russe, sans qu’il n’ait été approuvé par l’Agence européenne des médicaments (EMA)” , avec la réception de 200 000 doses.

Si cela vous rappelle quelque chose, c’est normal : la crise des réfugiés, en 2015, avait dessiné la même ligne de fracture” , explique l’éditorialiste Sylvie Kauffmann dans les colonnes du Monde, en faisant référence aux pays du groupe de Visegrád, qui s’étaient vivement opposés à la stratégie européenne d’accueil des réfugiés. “Six ans après, cette fragilité dans la cohésion de l’UE ressurgit sur un sujet totalement différent” , considère-t-elle. Autre ligne de fracture, “celle des ‘frugaux’ ” , avec l’annonce de l’Autriche et du Danemark du projet de coopération avec Israël. Pour la journaliste, avec ces décisions, “l’unité façonnée par la formidable initiative, prise en juin 2020, de mutualiser les commandes de vaccins à l’échelle de l’UE pour éviter des inégalités dévastatrices est en train de se fissurer” .

Une Europe trop lente pour plusieurs dirigeants européens

Mais alors “que s’est-il passé ?” , s’interroge Sylvie Kauffmann, pour qui “l’Europe et le vaccin étaient pourtant faits l’un pour l’autre” . Ces derniers représentaient “une façon de sortir par le haut de cette épreuve qui avait si durement frappé le continent en 2020″ , avec une “mutualisation des commandes de doses aux laboratoires [qui] s’annonçait aussi vertueuse que le plan de relance économique mis sur pied par l’UE en juillet” . Mais “l’exécution n’a pas été à la hauteur” , estime-t-elle [Le Monde].

D’après le chancelier autrichien Sebastian Kurz, “l’accès aux vaccins par l’intermédiaire de l’UE, comme cela a été fait jusqu’à présent, est ‘en principe correct’ ” , rapporte Euractiv. Mais le dirigeant conservateur déplore la lenteur de l’Agence européenne des médicaments (EMA) dans l’approbation des vaccins ainsi que les “goulets d’étranglement dans l’approvisionnement effectué par les sociétés pharmaceutiques”, cite le média. Pour Sylvie Kauffmann, “là où le Premier ministre britannique Boris Johnson jouait son va-tout, misant sur le vaccin pour sauver son désastre sanitaire et panser les blessures du Brexit, les Européens ont redoublé de prudence, soucieux de ne pas brusquer des opinions méfiantes […]. Allergique à la culture du risque, l’Europe est restée dans sa zone de confort : le principe de précaution et la bureaucratie” [Le Monde].

D’autres gouvernements sont peu amènes vis-à-vis de la stratégie européenne. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán avait déjà annoncé “ne pas vouloir attendre” , pour justifier sa décision “d’acheter des vaccins russes et chinois” , tandis que le ministre allemand des Finances Olaf Scholz aurait qualifié le programme de vaccination de l’UE de “bordel total” , selon des propos rapportés par Politico. “Aujourd’hui, les dirigeants européens sont plus nombreux à le dire : Au diable la solidarité ! Nous avons juste besoin de vaccins” , poursuit le média.

Questions géopolitiques

Malgré la communication sanitaire qui les entoure” , ces changements de stratégie restent néanmoins “très politiques” , observe Martin Michelot, chercheur associé au think tank Europeum à Prague pour Libération. “Les pays suivent leur orientation géopolitique habituelle” , avance le chercheur. “La Pologne, par exemple, ne veut pas se tourner vers la Russie vu leur relation compliquée et préfère regarder du côté chinois. La Slovaquie est traditionnellement assez favorable à la Russie” . “Mais de là à dire que c’est le groupe de Visegrád […] qui rompt l’unité européenne, il y a un pas” , nuance-t-il auprès du journal.

L’Allemagne cherche des accords de gré à gré avec les laboratoires depuis longtemps, et de nombreux pays sont dans une logique de chacun pour soi. La République tchèque et la Slovaquie se sont simplement engouffrées dans une brèche” , tempère le chercheur. Une brèche dont profitent aussi la Russie et la Chine qui, “à grand renfort de propagande” , se sont lancées “dans une impressionnante campagne d’exportation de leurs vaccins, alors que le taux de vaccination de leur propre population stagne à 3 %” [L’Echo]. “Cette géopolitique du vaccin leur permet de gagner de l’influence dans un monde tétanisé par la pandémie. […] La Chine, soucieuse d’asseoir sa présence dans les pays les plus pauvres, a annoncé qu’elle livrerait 53 pays gratuitement, à l’heure où l’UE n’a toujours pas déployé sa stratégie de soutien au reste du monde” , pointe le quotidien belge.

Une situation qu’illustre également l’éditorialiste du Monde à travers l’exemple de l’Ukraine, qui s’était tournée vers la Pologne pour obtenir des doses de vaccin. Cette dernière avait dans un premier temps “généreusement offert 1,2 million de son contingent de doses, livrables en avril” , avant de retirer son offre, face “au ralentissement des livraisons de vaccins dans l’UE et aux révisions à la baisse des engagements des laboratoires pharmaceutiques” . “Incapable de répondre aux espoirs de solidarité de populations qui se sentent profondément européennes même si elles ne font pas partie du club des Vingt-Sept, l’Europe a manqué une belle occasion de promouvoir son modèle dans son voisinage” , juge-t-elle.

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