Toute L'Europe – Comprendre l'Europe

La liberté de la presse en Europe

Chaque année, Reporters sans frontières (RSF) publie un classement mondial sur la liberté de la presse. En Europe, les Etats membres affichent de fortes disparités. Si les pays scandinaves sont parmi les mieux classés au monde, plusieurs pays méditerranéens et à l’est connaissent des situations problématiques.

Critères et méthodologie

Chaque année depuis 2002, l’organisation non gouvernementale Reporters sans frontières (RSF) publie son classement mondial sur la liberté de la presse. Le 21e rapport annuel est sorti le 3 mai 2023, assorti d’une carte. Le score de chaque Etat reflète “le degré de liberté dont jouissent les journalistes et les médias dans 180 pays”, en fonction de différents critères. Pour évaluer chaque situation nationale, un questionnaire est adressé à des professionnels des médias, des juristes, des sociologues et vient compléter un relevé des violences commises à l’encontre des journalistes établi par une équipe de spécialistes depuis différents bureaux.

L’ONG définit ses indicateurs, notés de 0 à 100, de la façon suivante :

  • Contexte politique : mesure le degré de soutien et de respect de l’autonomie des médias face aux pressions politiques de l’Etat et des politiques ; mesure également le pluralisme et le degré d’acceptation d’une diversité d’approches du journalisme.
  • Cadre légal : mesure le degré auquel les journalistes et médias sont libres de travailler sans censure ou sanction, ni restrictions excessives de la liberté d’expression ; mesure aussi l’accès à l’information sans discrimination entre les journalistes.
  • Contexte économique : analyse les contraintes économiques, liées à l’action gouvernementale, qui peuvent peser sur la possibilité de créer un média indépendant ou qui sont susceptibles de créer du favoritisme en raison de subventions de l’Etat ou de corruption ; concerne également les contraintes des acteurs non politiques (ex : partenaires commerciaux) qui peuvent corrompre les journalistes. 
  • Contexte socioculturel : mesure les contraintes sociales ou culturelles qui peuvent se traduire par du dénigrement de journalistes basé sur des questions de genre ou d’origine ethnique, ou bien par une pression qui pèse sur les journalistes pour qu’ils ne remettent pas en question certains pouvoirs ou ne dénoncent pas certains problèmes dans leur territoire.
  • Sécurité : mesure les risques de dommages corporels (homicides, arrestations…), de détresse psychologique (intimidation, harcèlement, menaces…) ou de préjudice professionnel (perte d’emploi, saisie d’équipements…) qui mettent en danger la sécurité des journalistes. 

Un sixième indicateur “Exactions” s’ajoute aux précédents et relève les mauvais traitements commis envers des médias ou des journalistes dans l’exercice de leurs fonctions sur la période étudiée.

Le score final, lui aussi défini sur une échelle de 0 à 100, est le résultat d’une équation pondérant les différents indicateurs. 100 représente la meilleure note possible et 0 la pire.

L’Europe en tête du classement

De manière générale, il apparaît nettement sur la carte du classement de 2023 que l’Europe et l’Amérique restent les continents les plus favorables à la liberté de la presse. “L’Europe est la région du monde où les conditions d’exercice du journalisme sont les plus faciles, notamment au sein de l’Union européenne”, indique le rapport de Reporters sans frontières. Sur le Vieux Continent, le nombre de pays qui ont progressé dans le classement par rapport à 2022 est deux fois plus important que ceux dont la place est moins bonne. RSF rappelle également le contexte : une législation “inédite” est en projet dans l’UE pour “mettre en place des standards communs pour la liberté des médias” : le European Media Freedom Act. 

Parmi les 10 pays du monde où la liberté de la presse est la mieux garantie, neuf d’entre eux se trouvent géographiquement en Europe . Huit de ces pays du Vieux Continent sont membres de l’Union européenne : l’Irlande (2e, +4) le Danemark (3e), la Suède (4e), la Finlande (5e), les Pays-Bas (6e), la Lituanie (7e), l’Estonie (8e) et le Portugal (9e). Hors UE, la Norvège occupe pour la septième fois consécutive la première place du classement, avec un score global de 95,18.

De la 11e à la 20e place du classement figurent également des pays membres de l’UE. C’est le cas de la Lettonie, à la 16e place, mais aussi de la République Tchèque (14e), de la Slovaquie (17e) et du Luxembourg (20e). L’Allemagne (21e) perd cinq places en raison d’un “nombre record de violences et d’interpellations de journalistes sur son territoire”.

La France connaît quant à elles une progression par rapport à l’année précédente, passant de la 26e place du classement en 2022 à la 24e en 2023.

Tout en bas du classement européen, se trouvent la Bulgarie (71e), la Hongrie (72e), Malte (84e) et surtout la Grèce (107e), pour lesquels la situation des journalistes et des médias est jugée “problématique” en 2023 par RSF. Au même titre, la Pologne, la Roumanie ou encore Chypre sont aussi catégorisés de “problématiques” concernant la liberté de la presse. Malgré tout, l’organisation non gouvernementale saluait l’année précédente le fait que “les institutions européennes ont commencé à mettre en œuvre des mesures de protection des journalistes et de la liberté de la presse, et lancé une procédure contre la Hongrie pour infraction au droit européen”. “Malgré ces points d’alerte, l’écart entre les pays au sein de l’UE se réduit sensiblement”, considère cependant RSF. 

Des évolutions inquiétantes

Ces bons résultats, relativement à ceux des autres continents, ne doivent pas occulter les évolutions inquiétantes de la situation des journalistes en Europe depuis plusieurs années, indique Reporters sans frontières. Le rapport relève en effet que certains Etats “ont limité le travail journalistique sous prétexte de ‘sécurité nationale’ “, en particulier en Grèce, victime du scandale des écoutes de journalistes par les services secrets. “L’atteinte la plus grave à la liberté de la presse dans l’UE en 2022″, justifiant la dernière place du pays dans l’UE en 2023. 

L’ONG déplore également l’impact de la guerre en Ukraine sur la liberté de la presse. En Russie, le conflit a servi de prétexte au “nettoyage” du paysage médiatique : censure, interdictions de réseaux sociaux occidentaux, propagande et exode forcé des médias indépendants sont notamment listés par RSF. 

Enfin, Reporters sans frontières constate que la guerre en Ukraine affecte aussi l’ouest de l’Europe, “qui peine parfois à trouver l’équilibre entre sécurité et liberté” pour son paysage médiatique. L’ONG rappelle ainsi que malgré sa quatrième position, la Suède a adopté une nouvelle législation fragilisant la confidentialité des sources journalistiques, ou encore les autorités de régulation lettones qui ont “révoqué arbitrairement la licence d’une chaîne indépendante russe”.

Par ailleurs, à l’occasion de la présentation du Digital Services Act par la Commission européenne en décembre 2020, l’ONG publiait une liste de dix recommandations pour répondre aux défis qui pèsent sur la liberté de la presse et l’indépendance des médias dans les pays de l’Union. Si l’Europe est le continent où la liberté de la presse est la mieux garantie, RSF rappelle que celle-ci peut souvent être fragile.

Désinformation

L’édition 2023 du classement de la liberté de la presse a également révélé que dans “les deux tiers des pays évalués par le classement, la majorité des répondants au questionnaire signalent une implication des acteurs politiques de leur pays dans les campagnes de désinformation massive ou de propagande, de manière régulière ou systématique”.

Une désinformation renforcée par “le développement spectaculaire de l’Intelligence artificielle (IA) générative [qui] bouleverse l’univers déjà fragilisé des médias”. En outre, “les capacités de manipulation inédites sont utilisées pour fragiliser celles et ceux qui incarnent le journalisme de qualité, en même temps qu’elles affaiblissent le journalisme lui-même”.

Votre avis compte : avez-vous trouvé ce que vous cherchiez dans cet article ?

Pour approfondir

Participez au débat et laissez un commentaire

Commentaires sur La liberté de la presse en Europe

Lire la charte de modération

Commenter l’article

Votre commentaire est vide

Votre nom est invalide

4 commentaires

  • Avatar privé
    Chambon

    Bonjour
    J’aimerais plus de lutte voire plus de lois pénales à l’encontre des fakes News car elles sont une des causes de la baisse de la démocratie et de l’augmentation du complotisme voire des atteintes à la santé publique
    Merci

  • Avatar privé
    Eliopatchikov

    La liberté de la presse est une chose (indispensable), la qualité de la presse en est une autre ! “Faire le buzz”, “faire de l’audience”, “faire des ventes”, justifient souvent la mise en avant des polémistes beuglants dans le secteur privé et même public au détriment d’une information étaillée qui “éclaire”… CQFD

    • Avatar privé
      Chambon

      C’est pourquoi j’ai proposé de lutter contre les fakes News

      • Avatar privé
        LEROY

        les médias subventionnés sont déficitaires du fait de leurs soumissions à l’état macron et donc très peu lus,les naîfs y trouvent leur compte pour ne pas avoir à faire de discernement ‚risque d’erreur ‚c’est pourtant le prix à payer pour ne pas rester genre covid idiot C’est grave parce que leur génome est atteint pour la vie voir Groussof prix nobel 2003 l’arn devient de l’ADN +il est “non purifiable” avec 150 toxiques +virus inconnus ; voilà le risque des bénis oui oui !