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[Revue de presse] Budget : Bruxelles va ouvrir une procédure à l'encontre de l'Italie

Revue de presse 22.11.2018

Le bras de fer entre le gouvernement italien et l'exécutif européen se poursuit autour du budget pour 2019 de la péninsule. Bruxelles attendait de Rome qu'elle revoit sa copie mais les justifications apportées au budget expansionniste n'ont pas suffi à éteindre la querelle. Sans aller jusqu'aux sanctions financières, la Commission européenne va placer l'Italie sous le coup d'une "procédure pour déficit excessif".

Pierre Moscovici et Valdis Dombrovskis, octobre 2018

Pierre Moscovici et Valdis Dombrovskis, octobre 2018 - Crédits : Elyxandro Cegarra / Commission européenne

Depuis septembre, le feuilleton des tensions entre Rome et Bruxelles autour du budget italien pour 2019 ne cesse d'alimenter la presse européenne. La semaine dernière, le gouvernement italien a annoncé qu'il refusait de modifier sa programmation budgétaire pour 2019, déjà durement critiquée par l'Eurogroupe et retoquée une première fois par la Commission européenne. L'Italie a tout de même présenté plusieurs engagements censés rassurer Bruxelles – notamment des privatisations de patrimoine immobilier.

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Une procédure pourrait bien être lancée contre l'Italie

Et pourtant, "Bruxelles décide d'aller au clash avec l'Italie", écrivent Les Echos ce matin. "Trois semaines après le premier rejet du budget présenté par la coalition populiste", et en l'absence de changement majeur de trajectoire de la part du gouvernement italien, la Commission européenne "ouvre la voie à une 'procédure pour déficit excessif au titre de la dette' contre le pays". Pour le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici, il s'agit d'une "conséquence logique de la décision des autorités italiennes".

Le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis justifie aussi cette décision à l'encontre de l'Italie : "avec ce que le gouvernement italien a mis sur la table, nous voyons un risque que le pays s'enfonce aveuglément dans l'instabilité", estime le commissaire letton cité par Euronews. Pour autant, si "sur le papier, la procédure peut déboucher sur des sanctions financières contre l'Italie" il n'en est pas encore question, poursuit le média européen. Cette procédure n'a "jamais [été] appliquée jusque-là".

Intimidations et sarcasmes

Pour justifier sa position, "la Commission a publié mercredi un rapport détaillé dans lequel elle estime que le budget de Rome ne lui permettra pas de réduire cette énorme dette, qui s'élève à 130% du PIB", note Europe 1. Le rapport juge notamment que l'Italie "prévoit d'opérer une marche arrière importante sur les réformes structurelles propices à la croissance". Or, comme l'indique BFMTV, "Rome doit faire baisser [la dette italienne] au minimum à 124% du PIB en 2019".

Côté italien, le vice-Premier ministre Matteo Salvini (La Ligue, extrême-droite) a ironisé sur la situation : "la lettre de l'UE est arrivée ? J'attends aussi celle du Père Noël", relate France 24. "Nous répondrons à l'UE poliment", a-t-il ajouté, réclamant ensuite "du respect pour le peuple italien" dans un tweet.

"Selon les spécialistes, Bruxelles doit se montrer ferme, mais souple à la fois", explique RFI. Il ne faudrait pas "risquer de trop agiter les marchés", car "les inquiétudes sur l'Italie pourraient alors se propager au reste de la zone euro". Le ministre italien de l’Économie Giovanni Tria s'est lui-même déclaré "inquiet" à propos "de l’augmentation du 'spread' – l’écart entre les taux italien et allemand", un indicateur utilisé pour observer la confiance des marchés dans les finances italiennes, précise le média.

Bataille de chiffres

Selon les chiffres indiqués par Le Monde, "le gouvernement italien prévoit un déficit public à 2,4 % du PIB en 2019, puis 2,1 % en 2020". Mais ces prévisions sont "jugées irréalistes par la Commission", qui table de son côté sur un "déficit qui atteindra 2,9 % du PIB en 2019, puis 3,1 % en 2020". Et au-delà des prévisions sur le déficit, "des désaccords existent également sur le taux de croissance 2019, le gouvernement italien tablant sur 1,5 %, tandis que l’Institut italien des statistiques (Istat) prévoit 1,3 % et la Commission 1,2 %", note le quotidien.

"L'Istat a aussi revu à la baisse les prévisions de croissance pour 2018 de 1,5 % à 1,1 % du PIB. L'OCDE prévoit pour 2020 et 2021 une croissance de 0,9 %, loin du 1,5 % prévu par le gouvernement", ajoute Le Point. Ces débats sur des dixièmes de points de croissance peuvent sembler picrocholins, mais sont en fait importants car le niveau de la croissance affecte la viabilité du budget italien.

Quelles sanctions sont possibles ?

Aucune sanction n'a pour le moment été prise, mais "dans les faits, cette procédure, décidée par le Conseil [où siègent les États membres], peut mener à une 'amende de 0,2%' du PIB de l'État incriminé", explique Le Figaro, "accompagnée d'une suspension du versement des fonds européens au pays en question". Il s'agirait d'un "chemin inconnu" pour Bruxelles, continue le quotidien. En effet, "jusqu'ici, les États avaient toujours adapté leur proposition de budget et s'étaient pliés aux recommandations de l'Union".

Dans le cas de l'Italie, 0,2% du PIB correspondrait à une sanction financière de "quelque 3,4 milliards d'euros, qui pourraient en théorie être prononcée l'été prochain", précise l'Obs. Mais finalement, "aux yeux des analystes, de telles sanctions restent assez hypothétiques" et ce même alors que "seules de fortes tensions sur les marchés financiers pourraient amener le gouvernement italien à revoir son budget", souligne l'hebdomadaire.

Quoi qu'il en soit, de telles mesures s'avèrent compliquées à engager car à quelques mois des élections, elles pourraient se révéler politiquement très coûteuses face à un gouvernement populiste et eurosceptique.

Enfin, en admettant que les sanctions soient effectivement décidées, et "si le pays refuse de payer, une procédure d'exclusion de la zone euro puis de l'Union européenne est même envisageable", s'avance la RTBF (Belgique). Mais là encore, "une telle hypothèse impliquerait une décision à l'unanimité en Conseil européen [réunion des chefs d'État et de gouvernement] ainsi qu'un vote au Parlement européen : un scénario très improbable".