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La percée historique de l'extrême droite allemande

Revue de presse 15.03.2016

Dimanche 13 mars, se sont tenues dans trois Länder allemands des élections régionales particulièrement attendues, puisque faisant office de répétition générale avant les élections fédérales de 2017. Le résultat : un vote sanction contre la CDU d'Angela Merkel, critiquée à sa droite pour sa politique d'accueil des migrants, des résultats catastrophiques pour les sociaux-démocrates et surtout une percée inquiétante du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne.

Merkel

Gueule de bois pour les partis historiques malgré la victoire

"Des centaines de milliers d'Allemands sortent des sentiers battus de la politique" titre la Süddeutsche Zeitung, preuve d'un résultat historique de l'extrême droite dimanche.

"Premier test électoral de grande ampleur six mois après l’augmentation sensible des arrivées de réfugiés en Allemagne"  [RFI], le scrutin de dimanche dans les Länder du Bade-Wurtemberg et de la Rhénanie-Palatinat à l'Ouest, et de la Saxe-Anhalt à l'Est était attendu avec impatience. En témoigne un taux de participation particulièrement élevé "d’environ dix points supérieurs aux précédents scrutins dans les régions concernées", qui légitimise encore plus un résultat particulièrement mauvais pour les deux partis au pouvoir dans la coalition gouvernementale, la CDU et le SPD. Et qui induit une percée spectaculaire de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), créée il y a seulement trois ans.

"Dans son fief historique du Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest du pays, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel n'arrive que deuxième" [France TV Info], devancée par Les Verts qui remportent 30% des suffrages. Idem en Rhénanie-Palatinat où la CDU arrive derrière le SPD. Le parti d'Angela Merkel pourra se consoler en arrivant en tête à l'Est, en Saxe-Anhalt.

Seulement, les deux partis historiques n'ont pas à se réjouir : la victoire du SPD en Rhénanie-Palatinat n'efface pas ses résultats catastrophiques dans les deux autres Länder où il perd à chaque fois une dizaine de points par rapport aux élections de 2011. "Sa chute spectaculaire dans les deux autres Länder, où il est relégué à la quatrième place, pourrait provoquer dans ce parti une véritable crise" note Le Monde. Côté CDU, on retient surtout une défaite face aux écologistes dans le bastion du Bade-Wurtemberg et une victoire amère en Saxe-Anhalt, où le parti est talonné par le grand gagnant symbolique du scrutin, l'AfD, qui obtient 24% des voix, principalement auprès des anciens électeurs CDU.

C'est le début d'un casse-tête politique dans ces régions pour former les nouveaux gouvernements régionaux : "L’AfD refusant de participer à quelque coalition que ce soit et les autres partis refusant également de discuter avec ce parti. Dans deux des trois Etats-régions, le Bade-Wurtemberg et la Saxe-Anhalt, les deux grands partis allemands, la CDU et le SPD n’obtiennent même pas assez de voix, ensemble, pour former une majorité" explique Le Monde.

Qu'attendre également des élections fédérales de 2017 suite à cette montée en puissance de l'AfD ? Pour Le Monde, le parti qui prône une "alternative" jusque dans son nom pourrait au contraire renforcer l'état actuel de la politique allemande : "Si, dans dix-huit mois, l’AfD entre au Bundestag avec 10 % des voix ou plus, il pourrait n’y avoir qu’une seule coalition possible : celle formée par l’union CDU/CSU et le SPD. Comme aujourd’hui".

Pas question de changer de cap

Ces résultats interviennent après une campagne fortement axée sur la question des réfugiés, "préoccupation principale des électeurs, à en croire un sondage relayé par la chaîne publique ZDF" et cité par France TV Info.  Les analyses divergent pourtant : "Angela Merkel subit-elle 'un échec cinglant' comme l’a écrit le quotidien populaire Bild Zeitung ou bien l’emporte-t-elle comme l’affirment d’autres observateurs ?" questionne RFI.

Ceux qui soutiennent la politique migratoire de la chancelière ne manquent pas de souligner que "dans le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat, 55% dans un cas, 60% des électeurs dans l’autre affirment dans un sondage approuver l’action dans ce domaine de la chancelière" [RFI]. D'ailleurs, à la chancellerie et au siège de la CDU, pas question de changer de cap, comme le suggèrent certains membres du parti et de l'allié bavarois, la CSU. "'Nous avons une ligne claire sur la politique concernant les réfugiés et nous la gardons', a prévenu Sigmar Gabriel, le vice-chancelier et patron des sociaux-démocrates (SPD), partenaires de la coalition gouvernementale" [France TV Info].

Et comme le souligne le Frankfurter Allgemeine Zeitung, les candidats chrétiens-démocrates ayant pris leur distance avec la ligne de la chancelière sur les migrants l'ont payé cher dimanche, comme la candidate Julia Klöckner, favorite en Rhénanie-Palatinat qui s'est finalement inclinée. Une analyse partagée par Gero Neugebauer, politologue allemand interrogé dans La Tribune de Genève : "les deux grands vainqueurs de ces élections, un écologiste dans le Bade-Wurtemberg ou une sociale-démocrate en Rhénanie-Palatinat, ont défendu ouvertement la ligne de la chancelière tandis que les perdants, dans le camp conservateur, se sont opposés à Merkel".

Pourtant, Le Figaro rappelle que la colère monte dans les rangs de la CDU : "Dès dimanche soir, une députée, Erika Steinbach, a dénoncé la politique, 'comme sous une dictature', de la chancelière. Entre la contestation électorale et le front du refus au niveau européen, Angela Merkel pourrait être tentée d'abandonner ses positions et de se résigner à une fermeture unilatérale des frontières en Europe".

Si Angela Merkel n'a pas encore d'inquiétude à avoir quant à une éventuelle défaite électorale lors des élections fédérales de 2017, nul doute que la chancelière paie cher sa politique migratoire qui déplait de plus en plus à l'aile droite de son parti et fait fuir ses électeurs les plus radicaux vers une formation d'extrême droite que le journal britannique The Daily Telegraph compare déjà au Front national français.