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Nord Stream 2 : l'accord entre Washington et Berlin fait grincer des dents en Europe

Alors qu’ils bloquaient jusqu’ici le projet, les Etats-Unis ont finalement donné leur accord à l’Allemagne pour l’achèvement du gazoduc Nord Stream 2 mercredi 21 juillet. Le pipeline, qui pose des questions sécuritaires pour l’Ukraine et géopolitiques pour l’Europe, est toutefois loin de faire l’unanimité au sein des Etats membres et des institutions de l’Union européenne.

Le gazoduc Nord Stream 2 devrait doubler les capacités d'approvisionnement du Nord Stream 1, en acheminant du gaz sous la mer baltique, entre la Russie et l'Allemagne - Crédits : ewg3D / iStock
Le gazoduc Nord Stream 2 devrait doubler les capacités d’approvisionnement du Nord Stream 1, en acheminant du gaz sous la mer baltique, entre la Russie et l’Allemagne - Crédits : ewg3D / iStock

C’est un accord aux “airs de victoire diplomatique pour la chancelière allemande” qui a été conclu mercredi 21 juillet entre Washington et Berlin, commente Le Monde. La construction du gazoduc Nord Stream 2, “ce tube de 1 200 kilomètres qui acheminera directement le gaz russe vers l’Allemagne en passant sous la mer Baltique” [La Croix], devrait enfin être achevée, après plusieurs années de contentieux. Depuis que Berlin avait dévoilé ses intentions, la Maison-Blanche menaçait en effet les entreprises impliquées de lourdes sanctions, bloquant de facto le projet.

Le “surprenant revirement de Washington” n’est pas désintéressé, explique RFI : le président américain Joe Biden, qui avait pourtant “toujours qualifié Nord Stream 2 de ‘mauvais deal’ ” [Le Monde], préfère “s’assurer la coopération [de l’Allemagne] dans d’autres dossiers, notamment face à la Chine”, détaille RFI. Berlin s’en satisfait bien : le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, s’est déclaré “soulagé d’avoir trouvé un accord constructif”, tandis que le ministre de l’Economie, Peter Altmaier, s’est dit “heureux que la coopération transatlantique soit de nouveau au beau fixe”, rapporte Le Monde. Angela Merkel elle-même a salué une “bonne avancée” [RFI].

Sécurité ukrainienne

Si la Maison-Blanche s’opposait jusqu’alors à la construction du gazoduc, c’est notamment qu’elle estimait que l’infrastructure “affaiblirait économiquement et stratégiquement l’Ukraine”, pays par lequel transite aujourd’hui 40 % du gaz russe à destination de l’Europe, analyse la radio internationale. Pour éviter qu’il n’affaiblisse Kiev, l’accord conclu entre Berlin et Washington comprend une clause “visant à empêcher la Russie de se servir de l’énergie pour nuire à l’Ukraine” et prévoit de prolonger le contrat d’exploitation du réseau gazier ukrainien au-delà de son échéance actuelle, en 2024 [Le Monde]. L’Allemagne s’engage par ailleurs “à créer un ‘fonds vert’ pour ‘soutenir la transition énergétique’ de l’Ukraine”, ajoute le quotidien du soir.

Pour Kiev mais également pour Moscou, le compromis peine à satisfaire. Au Kremlin, si l’on applaudit “ ‘un engagement conséquent du partenaire allemand’ en vue de ‘l’achèvement d’un grand projet économique’ ” [Le Monde], on se défend de tout chantage énergétique à l’égard de l’Ukraine : “La Russie a toujours été et reste un garant responsable de la sécurité énergétique du continent européen”, a déclaré le porte-parole du gouvernement russe Dmitry Peskov, cité par Reuters.

A Kiev, l’achèvement du Nord Stream 2 est perçu comme une menace pour la sécurité du pays, en dépit des garanties allemandes : “quand la Russie aura cessé d’utiliser l’Ukraine comme pays de transit pour son gaz, elle n’aura plus peur de lancer des offensives qui pourraient endommager les pipelines”, craint Ekaterina Odarchenko, présidente de l’Institut pour la démocratie et le développement, interrogée par El País. Le ministre des Affaires étrangères ukrainien Dmytro Kouleba critique ainsi un compromis qui “augmente les menaces politiques, militaires et énergétiques qui pèsent sur l’Ukraine et l’Europe centrale” [Le Monde]. Sans compter le potentiel manque à gagner financier : le transit du gaz russe par l’Ukraine “rapport[e] au pays plus d’un milliard d’euros par an” que Kiev craint de perdre, note La Croix. Le président ukrainien, Volodymyr Zelenski, “envisage d’aborder la question avec Biden lors de leur réunion à venir à Washington”, indique El País.

De l’eau dans le gaz en Europe

Au Congrès américain aussi, “les républicains les plus vertement opposés au projet”, ainsi que certains démocrates, “ont déjà fait part de leur indignation” [Le Monde]. Il n’y a finalement qu’en Allemagne que les réactions des milieux politiques et économiques “sont globalement positives”, relate RFI. A l’exception des écologistes, première force d’opposition dans les sondages : “Ce pipeline est mauvais, pour des raisons de politique climatique, mais surtout pour des raisons géostratégiques”, a déclaré la candidate verte à la chancellerie, Annalena Baerbock, à la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Ailleurs en Europe, la reprise de Nord Stream 2 fait aussi grincer des dents. Le projet avait été “mis en œuvre contre la volonté du Parlement européen, contre les appels des amis les plus proches – la France, les pays scandinaves, les États baltes et, surtout, la Pologne”, rappelle le journaliste Frank Hofmann dans une tribune publiée par la Deutsche Welle. Et pour cause : “le gazoduc bouleverse le réseau d’acheminement traditionnel du gaz” et place Berlin “au centre du réseau gazier européen”, analyse Thierry Bros, professeur en géopolitique de l’énergie à Sciences Po [La Croix] : “l’Allemagne deviendrait l’une des premières portes d’entrée du gaz russe en Europe […], récoltant à la fois les bénéfices économiques et l’influence géopolitique”.

La mise en fonction du gazoduc est donc loin d’être acquise. Politico liste ainsi plusieurs obstacles : les derniers “désaccords” politiques entre l’Allemagne et les Etats-Unis, le besoin de “persuader certains pays européens sceptiques”, ou encore de “convaincre la Russie de libéraliser son secteur de l’énergie”. Et Berlin ne pourra pas compter sur l’appui de la Commission européenne dans sa tâche : l’exécutif européen, “officiellement opposé au projet Nord Stream 2, mais qui ne peut pas l’arrêter à moins d’une violation claire du droit européen”, estime que le gazoduc n’est “pas un projet d’intérêt commun européen”, fait savoir Politico. “Il y aura des discussions supplémentaires entre les Etats membres au sujet de l’accord Etats-Unis/Allemagne”, a insisté la porte-parole de la Commission Dana Spinant.

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