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Vers un seul et même chargeur pour nos smartphones et tablettes partout en Europe ?

En septembre 2021, la Commission européenne a proposé d’harmoniser les chargeurs pour toute une série d’appareils électroniques. Si la mesure fait grincer des dents certains fabricants, elle pourrait permettre aux consommateurs de réaliser des économies et de réduire les déchets générés par ces objets.

Avec la proposition de la Commission, l'ensemble des appareils électroniques devraient utiliser un port et un cable USB-C (à gauche)
Avec la proposition de la Commission, l’ensemble des appareils électroniques devraient utiliser un port et un câble USB-C (à gauche) - Crédits : batuhan toker / iStock

Un chargeur pour son smartphone, un autre pour sa console de jeux vidéo portable, et encore un pour l’appareil photo. Le tout emmêlé au fond d’un tiroir. Cette situation pourrait bientôt être un mauvais souvenir alors que le Parlement européen se penche sur la question mercredi 20 avril.

En septembre 2021, la Commission européenne a en effet présenté une proposition de directive visant à doter les appareils électroniques de chargeurs universels et interopérables. Ce projet imposerait aux fabricants l’utilisation pour leurs appareils d’un port USB-C. Un même chargeur permettrait dès lors aux Européens de recharger tous leurs appareils. La mesure concernerait l’ensemble des smartphones, tablettes, appareils photo numériques, casques audio, consoles de jeux vidéo ou enceintes connectées.

Le texte prévoit également d’harmoniser la technologie de recharge rapide. Autrement dit, un constructeur ne pourra plus brider la rapidité du chargement si son matériel est utilisé avec un autre appareil. En plus d’une meilleure information pour les consommateurs, la proposition envisage aussi de dissocier la vente d’un chargeur de celle d’un appareil électronique. Les consommateurs pourront ainsi choisir de ne pas acheter un nouveau chargeur.

Le projet entre particulièrement en résonance avec le plan d’action européen pour une économie circulaire présenté le 30 mars par la Commission européenne. Son objectif : que la plupart des produits vendus sur le marché unique soient recyclables, réparables ou répondent à d’autres critères d’écoconception.

Moins de déchets… et de frustration

Pour l’exécutif européen, la mesure répond à deux objectifs : engendrer moins de déchets et en finir avec les désagréments causés au consommateur.

Selon l’étude d’impact menée par les services de la Commission européenne, 420 millions d’objets électroniques portables sont vendus chaque année dans l’UE. La grande majorité d’entre eux accompagnée d‘un nouveau chargeur, rendant parfois inutile le précédent. Ces chargeurs “en double” généreraient ainsi 11 000 tonnes de déchets par an. La mesure proposée permettrait de réduire ces déchets d’environ 1 000 tonnes.

La directive pourrait également faire économiser aux consommateurs près de 250 millions d’euros par an, selon la Commission européenne. “Cela fait suffisamment longtemps que les consommateurs européens sont agacés par l’accumulation de chargeurs incompatibles dans leurs tiroirs” avait déclaré Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission en charge du Numérique et de la Concurrence, à l’occasion de la présentation du texte.

Une idée qui ne date pas d’hier

La problématique du chargeur universel est un véritable serpent de mer à Bruxelles. Le dossier est en effet sur la table depuis 2009, date des premières propositions avancées par la Commission européenne. Depuis, le nombre de chargeurs a fortement diminué. Si bien que d’une trentaine à l’époque, on en compte désormais plus que trois : le port USB-C, utilisé par la majorité des smartphones sous Android, le port USB-B, son ancêtre amené à disparaitre à plus ou moins long terme, et enfin le port “Lightning” utilisé par Apple pour ses iPhones ou iPads.

Conflits en série avec Apple 

La marque à la pomme est la principale récalcitrante à l’adoption du chargeur universel. Depuis 2009, elle a systématiquement dénoncé ce projet, expliquant qu’il nuirait à l’innovation dans le domaine. “Le temps qu’il a fallu pour aller de l’avant avec ce projet montre le pouvoir d’Apple, qui jusqu’ici est parvenu à retarder le processus, pendant que d’autres constructeurs ont accepté d’utiliser le port USB-B, et maintenant USB-C”, expliquait l’eurodéputée verte Saskia Bricmont au New York Times en septembre dernier.

Ce dossier est loin d’être l’unique source de tensions entre la Commission européenne et le géant californien. Ce dernier ne voit pas forcément d’un très bon œil les deux projets visant à réguler le numérique actuellement en discussion au niveau européen : le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA). Apple et ses homologues de la tech ont ainsi fait bondir leurs dépenses en lobbying pour atteindre 97 millions d’euros, selon un rapport de Corporate Europe Observatory et LobbyControl en août 2021.

A cela s’ajoute la condamnation infligée en 2016 par la Commission européenne imposant à Apple de rembourser l’Irlande à hauteur de 13 milliards d’euros d’impôts impayés. 

Si la Commission européenne avait dans un premier temps opté pour une approche coopérative avec les fabricants, elle souhaite désormais leur imposer l’utilisation d’un seul et même chargeur.

Le Conseil s’est d’ores et déjà prononcé sur le texte au mois de janvier, c’est désormais au tour du Parlement européen. La commission du marché intérieur de l’institution doit ainsi adopter sa version du texte mercredi 20 avril, avant un vote en plénière dans quelques mois. Les deux institutions tenteront ensuite de trouver un terrain d’entente.

Une fois adoptée, les Etats membres auront 24 mois pour transposer la directive dans leur législation nationale. Alors seulement, il sera peut-être temps de faire du tri dans son tiroir.

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