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[Vidéo] Pesticides : une utilisation compatible avec le développement durable est-elle possible ?

Vidéo 19.02.2019 Jules Lastennet

Alors que les insectes pourraient avoir disparu de la surface de la Terre d'ici un siècle, mettant en danger les écosystèmes et l'ensemble de la chaîne alimentaire, comment réguler la consommation européenne de pesticides ? Toute l'Europe fait le point avec Eric Andrieu, eurodéputé socialiste.

Réuni en session plénière du 11 au 14 février à Strasbourg, le Parlement européen a de nouveau abordé la question devenue récurrente de la régulation des pesticides.

En janvier, les eurodéputés avaient conclu les travaux de leur commission spéciale constituée à la suite de l'affaire du glyphosate et du scandale des Monsanto Papers, en demandant l'amélioration du système d'évaluation et d'homologation des pesticides. En cause : le manque de transparence des procédures actuelles et la forte dépendance des autorités publiques vis-à-vis des études fournies par les industriels.

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Le rapport de la députée socialiste suédoise Jytte Guteland, approuvé le 12 février à une large majorité de 546 voix favorables (39 contre et 76 abstentions), vient un peu plus renforcer la pression des parlementaires européens sur les Etats membres pour agir. Le texte fait en effet le bilan de la directive européenne de 2009 devant permettre une consommation de pesticides compatibles avec le développement durable. Or comme la Commission européenne l'a elle-même noté, cette directive n'a jusqu'à présent été que très faiblement appliquée par les pays de l'UE. Contrairement à ce qui était prévu, la consommation de pesticides n'a pas diminué, des techniques agricoles alternatives n'ont pas émergé et les plans d'action nationaux n'ont généralement pas été assortis d'objectifs chiffrés.

Hypocrisie

"Il faut que les Etats membres prennent leurs responsabilités". Pour Eric Andrieu, eurodéputé socialiste et président de la commission spéciale sur les pesticides, le comportement des Etats membres relève de "l'hypocrisie". Car s'ils sont "allants sur la loi", ils ne le sont pas "pour l'appliquer", soutient-il. "Le rapport montre bien que les Etats ne sont pas à la hauteur de l'enjeu".

"Perte de biodiversité", "réduction importante des populations d'insectes", "risque pour la santé humaine", "risque pour la santé animale"… Les mots du rapport du Parlement européen sont sans appel. "La dépendance actuelle à l'égard des pesticides, considérés comme le principal moyen de lutter contre les ennemis des cultures, n'est manifestement pas compatible avec une agriculture durable", peut-on également lire.

Un diagnostic auquel adhère Eric Andrieu. De fait, pesticides et développement durable paraissent "antinomiques", particulièrement s'il s'agit de "pesticides de synthèses". Au fond, explique-t-il, il ne faudrait intervenir par la chimie que "lorsque tous les procédés naturels ont été utilisés". Le but n'étant pas de "déstabiliser l'agriculture", mais de "l'aménager au regard des exigences". "Dès lors qu'on utilise [les pesticides] avec parcimonie et à bon escient, on doit pouvoir trouver des équilibres".

Extinction des insectes d'ici 100 ans

L'étude publiée en janvier par la revue scientifique Biological Conservation ne dit pas autre chose. Les auteurs, qui ont appuyé leurs conclusions principalement sur des analyses réalisées en Europe et aux Etats-Unis, constatent ainsi un "effondrement catastrophique des écosystèmes naturels" en raison de l'agriculture intensive et de l'utilisation massive de pesticides. Selon eux, le nombre d'insectes diminue de 2,5% par an : si ce rythme se poursuit, cela signifiera leur éradication totale d'ici un siècle. "Si cette source de nourriture disparaît", alors qu'elle est à la base de la chaîne alimentaire, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons "mourront de faim", mettant in fine en péril "la survie de l'humanité", estiment-ils sans ambages.

"La disparition des insectes est un indicateur majeur", conclut Eric Andrieu. Il est par conséquent nécessaire de "conditionner les aides de la politique agricole commune" pour mettre en œuvre une agriculture "qui intervient le moins possible sur le milieu ambiant, qui produit des aliments de qualité et qui génère de l'activité et de l'emploi sur nos territoires".

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