Derniers articles publiés

Italie: un plan financier qui ramène à la réalité

Actualité 26.05.2010

 

Rejoignant la vague européenne des plans d’austérité, c'est maintenant au tour de l'Italie de se serrer la ceinture. Le plan approuvé par le Conseil des ministres, mardi 25 mai, est un véritable choc pour un peuple qui pendant deux ans a été encouragé à croire à la reprise économique. Mais depuis quelques heures un seul mot circule dans les couloirs des institutions italiennes : sacrifice.

 

L'illusion optimiste

Les encouragements du chef de gouvernement Silvio Berlusconi, qui ces deux dernières années a martelé des slogans invitant les Italiens à être optimistes, n'ont pas fonctionné. Comme l’a déclaré Pier Luigi Bersani, secrétaire du Parti démocrate, « Finie l’illusion »,  l'Italie doit maintenant prendre conscience de la gravité de la crise. 

 

Mardi 25 mai, le Conseil des ministres italien a approuvé un plan financier visant à économiser 24 milliards d’euros, élaboré par le Ministre des Finances Giulio Tremonti.



En quelques mois la Grèce, berceau de la civilisation, a tristement risqué – et risque toujours – de devenir le "tombeau"de l’Europe. Mais la classe dirigeante italienne a jusqu’aujourd’hui fait mine de ne pas entendre la sonnette d’alarme. Avec assurance, elle a fait croire à son électorat que l’économie italienne était à l’abri de toute contagion. Et pendant plusieurs mois, les Italiens l’ont cru.

 

 

 

Ils ont continué à ignorer que le "I" de l’acronyme peu flatteur de PIGS (cochons) -  utilisé pendant la crise financière de 2007-2010 pour désigner les économies indisciplinées de certains pays de l’Europe – ne pointait pas du doigt uniquement l’Irlande, mais également une Italie ayant une dette publique de 983,4 milliards d'euros, soit la plus élevée parmi les Etats de la zone euro.

 

Dans ces conditions, un traitement à base d’optimisme ne pouvait que temporairement apaiser le grand malade. Parier uniquement sur la rationalité des marchés ne pouvait pas être suffisant ...

 

Mardi 25 mai Le Conseil des ministres italiens approuve dans l’après midi un plan financier de 24 milliards d’euros, élaboré par le Ministre des Finances Giulio Tremonti.

 

Il s'agit de mesures correspondant à 1,6% du PIB, ayant pour but de ramener la dette au dessous de 3%, d’ici 2012, tel que prévu par le Pacte de stabilité, dont les critères n’ont pu être respectés ces derniers temps … en Italie comme dans le reste de l’Eurozone.

 

 

Ainsi M. Tremonti a pris sur lui le fardeau de ce plan financier, tout en mettant l'accent sur la nature exceptionnelle de la manœuvre et sur la nécessité de la gérer de manière conjointe et partagée

 


Les points saillants du plan financier …

La réduction des coûts de l'administration publique, de la politique, des retraites et des pensions d'invalidité, et le renforcement de la lutte contre l'évasion fiscale, sont les ingrédients principaux du plan d’austérité italien. Le plan financier de Giulio Tremonti prévoit notamment :

 

 

  • un gel des salaires des fonctionnaires publiques jusqu'à 2013 ;
  • une réduction de 50% des contrats à durée déterminée ou "à projet" dans l’administration publique;
  • l’augmentation des critères pour être titulaire d’une pension d’invalidité et donc la diminution de l’enveloppe financière actuellement dédiée; Le redditometro est un instrument financier qui permet à l'Agenzia delle entrate - l'organisme qui gère les questions liées à la fiscalité en Italie - de déterminer le revenu moyen du contribuable, sur la base de ses biens mobiliers et immobiliers.
  • une réduction de 10% des salaires des dirigeants politiques qui gagnent plus de 80 000 euros par an;
  • une réduction de salaires des magistrats de 10%;
  • la réduction de 10 milliards d’euros versés aux régions pour les trois ans à venir;
  • la réduction de 550 millions d’euros du budget consacré à la santé;
  • l’intensification des contrôles pour tout revenu inférieur à 20% du "redditometro" afin de contrer l’évasion fiscale;
  • la traçabilité de tout paiement en espèces supérieur à 3 000 euros.

 

 

Seule lueur d’espoir pour les habitants du Bel Paese : il paraît que le gouvernement de Rome n’a aucune intention d’augmenter la pression fiscale.

 

… qui fâchent les politiques et les acteurs sociaux

A droite comme à gauche, les dirigeants italiens sont d’accord pour affirmer la sévérité des mesures adoptées.

 

L'urgence d'un plan économique austère est une mesure encouragée par les plus importantes institutions économiques internationales. A commencer par le Fonds monétaire international qui demande à l'Italie de réduire sa dette publique, tout  en augmentant le taux de croissance sur le long terme. 

 

Cependant  cela n’empêche pas la montée en puissance de réactions vigoureuses contre le nouveau budget – qui pour être opérationnel devra être discuté la semaine prochaine au Parlement.

 

Des réactions plus ou moins fermes ont été exprimées dans les rangs de l’opposition.

 

Les représentants de l’Italia dei Valori parlent de fortes inégalités et d’acharnement sur les fonctionnaires publics  et les régions, qui par ailleurs avaient déjà subi des réductions budgétaires importantes, immédiatement après la constitution du gouvernement de Silvio Belusconi.

 

Nichi Vendola, leader de Sinistra e Libertà, a attaqué le plan financier de Tremonti en le qualifiant de « carnage social»

 

Guglielmo Epifani, secrétaire de  la confédération général du travail (CGL) accuse le gouvernement de n’avoir rien prévu en termes d’investissement et de n'avoir mis le batôn dans les roues qu'aux travailleurs. 

 

La question qui se pose maintenant concerne les réactions de l’opinion publique. La décision du Conseil débouchera-t-elle sur l’explosion de mouvements sociaux, comme en Grèce? Cela semble prévisible, mais comme l’a dit le Président de la République Giorgio Napolitano, "les protestations font partie de la démocratie".

 

Aux Italiens ne resteraient donc qu'accepter les décisions de Palazzo Chigi (siège du gouvernement italien) ? Bon gré, mal gré c'est la crise qui oblige…il paraît…

 

 

En savoir plus

Crise économique dans la zone euro 2010 - Touteleurope.fr