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Florence Autret : "Barack Obama va mettre l'Europe face à ses responsabilités"

Actualité 05.11.2008

Le Président du Conseil de l'UE, le Président de la Commission européenne, ou encore celui du Parlement européen ... nombreux sont ceux qui en Europe ont salué l'élection de Barack Obama comme Président des Etats-Unis. Après huit ans d'une administration américaine qui a beaucoup déçu, beaucoup voit s'ouvrir une ère nouvelle. Mais ce changement de gouvernement va-t-il vraiment avoir un impact sur les relations entre les Etats-Unis et l'Union européenne ?

Quelques heures après l'annonce des résultats de l'élection la plus attendue de l'année, Florence Autret, journaliste indépendante, qui vit et travaille à Bruxelles,  notamment auprès des publications financières de L’AGEFI et du quotidien Le Télégramme, nous explique que si, en effet, l'arrivée de Barack Obama signale un changement de style du côté américain, elle risque surtout de mettre l'Union européenne face à ses responsabilités.

L'élection d'Obama : un changement relatif dans les relations transatlantiques.

L'Amérique à Bruxelles

Paru en 2007, quatre ans après son premier ouvrage "Les Manipulateurs, le pouvoir des lobbys", "L'Amérique à Bruxelles" enquête sur l'influence qu'exerce aujourd'hui les Etats-Unis auprès de l'Union européenne, essentiellement sur le plan financier. Florence Autret vient de sortir son troisième ouvrage, "Sarkozy à Bruxelles".


Interrogée sur le changement que va apporter l'élection de Barack Obama dans les relations entre l'UE et les Etats-Unis, Florence Autret est formelle : oui, changement il y aura, mais il sera surtout dû au fait que cette élection fait sortir l'Europe de la relation très difficile qu'elle entretenait avec l'administration Bush ces huit dernières années.

La journaliste note cependant que Barack Obama bénéficie d'une grande popularité en Europe et que cela va certainement faciliter les rapports entre les deux acteurs sur la scène internationale.

Cependant, elle précise que ce changement dans les relations ne sera pas radical, puisque les Etats-Unis vont, et cela aurait été la même chose si John McCain avait été élu, "regarder vers l'intérieur", c'est-à-dire que les priorités de Barack Obama seront de l'ordre de la politique intérieure, et donc moins de l'ordre des relations internationales.


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La gestion de la crise financière : premier dossier d'importance dans la coopération UE/ Etats-Unis

Même s'il est désormais acquis que Barack Obama ne sera pas au sommet du G20 qui doit avoir lieu le 15 novembre sur la crise financière, la gestion de ce dossier est le premier grand défi que vont devoir relever ensemble les Etats-Unis et l'Union européenne.

En effet, comme Florence Autret le précise, la crise financière a mis en évidence le lien qui existe entre l'économie américaine et l'économie européenne. Les deux partenaires sont désormais "dans le même bateau".

Cependant, leurs systèmes de régulation sont très différents, bien que des négociations soient en cours depuis de nombreuses années pour faire converger les réglementations financières des deux côtés de l'Atlantique.

Florence Autret considère ainsi que les difficultés qui existent sur cette question risquent d'être plus importantes, puisqu'il s'agit de deux visions totalement différentes de l'économie qui vont s'affronter.

Elle note également qu'au-delà de la crise financière, d'autres sujets vont amener les deux partenaires à travailler ensemble, comme la politique monétaire, la crise géorgienne ou encore le maintient des troupes en Irak.


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Le consensus européen autour de Barack Obama va-t-il permettre à l'Union européenne de parler d'une seule voix sur la scène internationale ?

Pour Florence Autret, cette élection va être une "source de difficulté supplémentaire" pour les Etats membres car "il est plus facile de s'unir contre quelqu'un", en l'occurence George W. Bush, "que de se mettre d'accord pour faire des propositions concrètes et être proactifs".

Elle craint donc que l'ouverture de Barack Obama sur l'Europe soit le révélateur des divisions qui existent au sein de l'Union européenne.

En effet, elle rappelle que si Barack Obama va être plus protectionniste que ne l'était George W. Bush sur le plan commercial, ce qui pourrait être une source de conflit avec l'UE, il sera plus multilatéraliste.

Florence Autret estime donc que sur ce point le nouveau président américain "va mettre l'Europe face à ses responsabilités".


En cela, l'élection de Barack Obama pourrait bien consituter "le plus grand défi de l'Union européenne (...) en 58 ans d'intégration".

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