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A Chypre, la situation s'envenime

Actualité 22.03.2013

Le bras de fer continue entre l'UE et le gouvernement chypriote. Après le refus du plan de sauvetage, décidé à la majorité absolue par le Parlement de Nicosie mardi soir, de nombreux dirigeants européens ont pour la plupart réagi négativement à ce vote. Jeroen Dijssebloem, Herman Van Rompuy, Angela Merkel… Tous ont exprimé leur inquiétude à l'égard d'un pays qui redoute un scénario à la grecque.

La BCE entre dans l'arène

Jeudi 21 mars, ce fut au tour de la Banque centrale européenne de dénoncer cette décision. Mais la plupart des observateurs ne s'attendait pas à une réponse aussi cinglante. Dans un communiqué, le conseil des gouverneurs de l'institution, avec à sa tête l'italien Mario Draghi, a envoyé un ultimatum à l'île. Si aucun accord n'est trouvé d'ici lundi prochain (le 25 mars), la BCE menace purement et simplement de ne plus fournir de liquidités aux banques chypriotes. Le blocage monétaire pourrait entraîner un vent de panique sur l'île, les épargnants pouvant se ruer sur les distributeurs pour retirer leurs avoirs.

Le plan initialement proposé par le FMI et les 27 Etats de l'UE, impliquant une taxe de 6,75% sur les dépôts bancaires de tous les épargnants chypriotes, a été rejeté mardi par le Parlement chypriote.

A l'Assemblée nationale, des députés français se sont offusqués de cette annonce, que certains comme Jacques Myard considèrent comme "économiquement suicidaire et politiquement irresponsable". L'ancien Premier ministre François Fillon a qualifié de "grosse bêtise" la décision de la BCE, estimant qu'une institution européenne ne pouvait pas imposer "une dîme de l'extérieur".

La conférence des présidents du Parlement européen est quant à elle revenue sur le plan proposé par la troïka européenne, en critiquant "le manque de transparence et de responsabilité démocratique dans la solution proposée pour Chypre par la Commission, le FMI et la BCE".

Le gouvernement chypriote propose un plan B

Jeudi 21 mars, Nicosie a lancé un plan d'urgence pour éviter de nouvelles pressions européennes. Le porte-parole du gouvernement, Christos Stylianides, a annoncé la création d'un fonds d'investissement afin de lever plusieurs milliards d'euros nécessaires au refinancement des banques insulaires. Exit la taxe sur les dépôts chypriotes, il s'agit maintenant de demander aux épargnants chypriotes et étrangers de débourser volontairement une partie de leurs économies dans le sauvetage de l'île.

Mais ce fonds permettrait, selon les estimations, d'apporter près d'un milliard d'euros aux banques chypriotes. Il en manque encore près de cinq. A l'issue de discussions entre le gouvernement et des experts mandatés pour l'occasion, une proposition de texte de loi devrait être présentée dans la soirée au Parlement chypriote. Il faudra attendre une validation de la part de l'UE et du FMI pour que le plan d'aide de 10 milliards d'euros soit débloqué.

La Russie, dernier recours pour Chypre ?

Parallèlement, le ministre des finances chypriotes, Michalis Sarris, est en Russie depuis mercredi pour négocier le déblocage d'un plan d'aide de la part du gouvernement russe, dont certains de ces compatriotes possèdent de nombreux avoirs dans les banques chypriotes. A l'heure actuelle, aucun accord n'a été trouvé mais certains observateurs estiment que la Russie pourrait troquer quelques milliards d'euros contre des droits d'exploitation de gisements de gaz naturel situés au large de l'île de Chypre.

Vendredi 22 mars, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, était en visite à Moscou, dans le cadre d'une réunion portant sur l'énergie. Mais les débats ont bien sûr porté sur la crise chypriote. Ainsi, Dmitri Medvedev a affirmé que la Russie "ne fermait pas la porte" à un éventuel déblocage d'une aide à Chypre, mais que les partenaires européens devaient d'abord trouver un accord avec le gouvernement de Nicos Anastasiades.

Le dossier du sauvetage de l'île de Chypre étant soumis à de rapides évolutions, nous mettrons à jour régulièrement les informations relatives à celui-ci sur le site de touteleurope.eu.