Marché intérieur

Marché intérieur de l'Union européenne : quelles dynamiques ?

Marché intérieur de l'Union européenne : quelles dynamiques ?

Avec ses 510 millions de consommateurs, le marché intérieur de l'Union européenne peut être considéré comme le plus grand marché au monde. Il est ce vaste espace dans lequel circulent hommes, marchandises, services et capitaux. Que représentent les échanges commerciaux ? Quel est le moteur de ce marché ? Comment évolue-t-il ? Toute l'Europe et des élèves de SciencesPo font le point sur la question.

Articulée autour de l'Union douanière (1968), de l'Acte unique européen (1986) et du traité de Maastricht (1992), le marché unique – autre nom du marché intérieur – concrétise une vision libérale du marché, où la suppression des barrières à l'échange alimente la croissance et la création d'emplois.

L'effet de proximité qui influence le commerce entre plusieurs partenaires économiques est ici renforcé par les institutions européennes. Ainsi, en comparaison de ses principaux partenaires commerciaux – la Chine, les Etats-Unis, et bientôt la Grande-Bretagne – le marché intérieur de l'UE est particulièrement dynamique et intense.

Zone euro : quels échanges commerciaux ?

L'instauration du marché intérieur a amené une réelle intensification des échanges intra-européens. "Les échanges commerciaux au sein de la zone euro ont fortement augmenté depuis 1998", estime ainsi la BCE, pour atteindre près de 3070 milliards d'euros en 2015. Dans chaque pays membre, le commerce intra-européen a une place plus importante que le commerce avec les pays hors de l'UE.

La hausse des échanges sur le marché unique n'est pourtant pas uniforme dans tous les secteurs d'activité.

Au sein de la zone euro, les commerces de combustibles minéraux et de produits chimiques ont ainsi connu une forte expansion – notamment due à la hausse des prix de ces biens. La résistance des produits agricoles aux variations économiques conjoncturelles a permis de renforcer leur part dans les échanges intra-zone euro.

A l'inverse, les produits manufacturés et les machines connaissent une baisse inédite de leur poids dans le commerce des pays membres. Cette baisse peut s'expliquer en grande partie par des facteurs conjoncturels, notamment le ralentissement de l'investissement et de la demande en Europe depuis la crise de 2008 – qui réduit nécessairement le volume du commerce des machines et biens manufacturés.

Le graphique suivant montre, pour la seule zone euro, l'évolution de chaque secteur entre 2006 et 2012 :

Graphique 1 : Evolution des composantes du commerce au sein de la zone euro

Y a-t-il un moteur du commerce intra-européen ?

La dynamique commerciale de l'UE-28 est incontestablement menée par l'Allemagne : elle est le premier Etat membre du commerce européen, totalisant 22,6% (Eurostat) des exportations à destination d'autres Etats membres en 2015 (contre seulement 12% pour la France). L'Allemagne est le partenaire commercial privilégié des Etats membres notamment grâce sa place géographique centrale ou encore à sa capacité d'exportation.

Même en temps de crise, l'Allemagne semble faire fi du contexte international et continue d'exporter massivement à ses partenaires européens. En 2014 par exemple, malgré l'embargo contre la Russie et la faible croissance européenne, l'Allemagne a affiché un excédent commercial record de 217 milliards d'euros.

Cette croissance des exportations allemandes est particulièrement menée par sa production industrielle, secteur ou le pays domine le marché mondial – les produits manufacturés haut de gamme permettent à l'Allemagne de disposer d'une très forte compétitivité hors-prix.

De plus, alors que ses pays voisins sont dans un processus de désendettement des agents privés – qui freine fortement la croissance – le pays conserve une forte demande pour des biens européens. C'est cette demande qui tire vers le haut le commerce des pays voisins.

L'Allemagne, de par son exportation massive à destination de l'UE-28 mais également ses importations de biens européens, est un acteur crucial du commerce intra-européen.

Vers un rééquilibrage commercial ?

Malgré la forte croissance généralisée des échanges intra-européens, les différentiels de balance commerciale se creusent. Certains pays – Allemagne, Pays-Bas – génèrent d'importants excédents commerciaux. Alors que d'autres voient leurs comptes extérieurs se dégrader. La France, l'Italie, l'Espagne ou encore la Grèce et le Portugal ont ainsi souffert d'un déficit commercial croissant, causé par la faiblesse de leur industrialisation et la prédominance de leurs importations de biens de l'UE-28 – qui se substituent aux biens nationaux. La forte croissance du commerce intra-européen ne peut ainsi cacher l'hétérogénéité des balances commerciales entre les pays membres, qui trouve sa source dans les différentiels de croissance, de taux de  chômage, et de salaires.

On peut cependant s'interroger sur un possible rééquilibrage des pays membres de l'UE, porté par la place de plus en plus prépondérante d'économies anciennement déficitaires dans le commerce intra-zone. Les exportations espagnoles présentent ainsi des résultats encourageants – tout comme le rééquilibrage des comptes extérieurs de nombreux pays européens.

Mais ce redémarrage est lent. Plombées par les politiques d'austérité post-crise de la dette européenne, les opportunités économiques sont peu nombreuses et la transformation des gains de compétitivité-prix en moteur de production exportable stagne. Ainsi, les baisses de salaire réel constatées dans certains pays membres après la crise – qui permettent des prix plus bas et donc un gain de compétitivité-prix par rapport aux partenaires commerciaux – ont peu d'effet sur la croissance des exportations. Les entreprises préfèrent consolider leurs marges plutôt que produire plus dans un contexte de demande globale hésitante.

Malgré le dynamisme apparent du marché européen, le commerce intra-européen est ainsi fortement hétérogène. La demande allemande agit comme un véritable relais de la croissance européenne, portée par ses exportations industrielles, mais la stagnation des économies voisines empêche un réel équilibre commercial entre les Etats membres et fait peser la menace de l'instabilité économique sur l'Union européenne.

 

Article dirigé par Toute l'Europe et réalisé avec des élèves de Sciences Po dans le cadre d’un projet collectif