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Pas de position commune sur les réfugiés en Europe : vers la réinstauration des frontières nationales ?

Revue de presse 15.09.2015

L'incapacité des ministres européens de l'Intérieur à s'accorder sur une politique commune concernant l'accueil et la relocalisation des réfugiés fait la Une de l'ensemble de la presse française. Dans l'attente d'un accord ambitieux et contraignant, seules l'intervention militaire en Méditerranée et la création de hotspots en Italie et en Grèce ont été décidées.

Extraordinary JHA Council FR-DE joint press statement

Déclaration commune de Thomas DE MAIZIERE et de Bernard CAZENEUVE.

Le conseil des ministres de l'Intérieur d'hier n'aura pas fourni les nombreuses réponses escomptées. La Tribune rapporte ainsi que "plusieurs Etats, dont la République tchèque et la Hongrie, ont refusé de s'engager sur le principe d'une relocalisation de 120 000 réfugiés. L'accueil de 40 000 migrants sur deux ans convenu fin juillet a toutefois été validé."

Plusieurs causes expliquent le manque d'avancée lors de cette réunion. Le Monde pointe du doigt "la décision, prise par l’Allemagne dimanche, (rapidement imitée par la République tchèque, la Slovaquie et l’Autriche, sans doute bientôt par les Pays-Bas et la Belgique) de rétablir des contrôles à ses frontières."

La Croix mentionne en complément les "réticences de l'Europe centrale" à l'instauration de quotas, une "position qui tient à la politique ainsi qu’à l’identité de ces pays."

Deux éléments majeurs ressortent néanmoins de ce conseil. Premier point d'accord, "l'Europe va recourir à la force contre les passeurs en Méditerranée". En effet, "pour lutter contre le trafic de migrants depuis la Libye, l'UE a approuvé lundi le recours à la force, y compris la saisie des bateaux des trafiquants" [l'Express / AFP]. La Croix précise que ces mesures "qui [doivent] être effective[s] à partir de début octobre, [autorisent] les navires de guerre européens à arraisonner, fouiller, saisir et dérouter les embarcations."

Le second terrain d'entente se trouve dans la mise en place de hotspots en Italie et en Grèce, sous la pression du couple franco-allemand. Le Figaro rapporte ce matin les propos de François Hollande : "la France et l'Allemagne vont être 'extrêmement pressantes' pour la mise en place de centres de contrôle aux frontières de l'Union européenne pour que 'l'Europe puisse faire respecter ses frontières'."

Car plus que des réfugiés, il a avant tout été question de frontières hier. Une journée également marquée par "la fermeture de la dernière portion encore ouverte de la clôture anti-migrants hongroise à la frontière de la Serbie" [Le Monde]. Au total, la Hongrie déploie 4 000 militaires à sa frontière et prévoit de sanctionner les réfugiés traversant la clôture de trois ans de prison [Le Point / AFP].

Cependant cette frontière n'est pas uniquement celle de la Hongrie, elle est également celle distinguant l'Union européenne des Balkans. A cet égard, les Décodeurs du Monde s'interrogent sur la possible mort des accords de Schengen. Tandis que Le Figaro va jusqu'à affirmer que "les migrants font voler en éclat l'espace Schengen." Pendant ce temps, l'Express propose une vision de ce à quoi ressemblerait une Europe sans cet espace.

Pour Nicolas Beytout, rédacteur en chef et éditorialiste à l'Opinion, "rétablir durablement les frontières intérieures serait une folie, aussi techniquement hasardeuse que financièrement coûteuse."

C'est précisément ce que l'Allemagne cherche à éviter, en atteignant le plus rapidement possible une position commune en Europe. Le Point rapporte que "le ministre de l'Intérieur allemand, Thomas de Maizière, a évoqué mardi matin la possibilité de réduire les fonds structurels versés par l'Union européenne aux pays qui rejettent l'idée de quotas de répartition des réfugiés." L'Express précise que, par ces propos, "le ministre de l'Intérieur allemand s'est adressé directement à la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne et la République tchèque, quatre pays pointés nommément du doigt lundi soir par Bernard Cazeneuve, refusant l'idée d'une 'Europe à la carte'."

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