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Conseil européen : face au défi humanitaire et migratoire, la solution des "hotspots" ?

Revue de presse 28.06.2018

La question migratoire devrait occuper une grande partie des discussions des dirigeants européens, réunis à Bruxelles, les 28 et 29 juin, pour un Conseil européen. La proposition de création de centres dédiés aux migrants, en Europe et dans les pays tiers, est notamment à l'ordre du jour.

Unes de La Croix et Libération

Unes de La Croix et Libération, le 28 juin 2018.

"Europe, on ferme" titre ce jeudi 28 juin Libération. En Une, un homme escaladant une barrière entourée de barbelés. La Croix a plutôt choisi l'image de migrants serrés sur un bateau pneumatique, avec au premier plan le drapeau européen et le titre "Cohésion, l'Europe à l'épreuve". Quant au journal Le Monde, il met en avant l'image de réfugiés bloqués pendant plusieurs jours en Méditerranée à bord du navire humanitaire Lifeline.

Si la politique migratoire européenne fait les gros titres, c'est que se tient les 28 et 29 juin un Conseil européen, réunissant les 28 chefs d'États et de gouvernement de l'UE. "Les discussions iront du commerce à la sécurité en passant, vendredi, par le Brexit et l'Union économique et monétaire", indiquent Les Echos. Mais c'est surtout l'épineux  dossier des migrations qui sera au cœur des discussions et qui pourrait bien, d'après Euractiv, "occulter les autres enjeux du Conseil européen".

Fermeture des frontières

La Croix estime que "les 28 devraient s’accorder sans difficulté sur les renforts aux frontières extérieures de l’UE, et la coopération avec les pays tiers pour endiguer en amont les flux d’arrivées dans l’UE". Il s'agit en effet de "l'un des seuls consensus européens, avec notamment l'accord migratoire UE-Turquie ou le soutien aux gardes-côtes libyens", note l'édition africaine de la chaîne de radio Voice of America.

Ainsi, poursuit Voice of America, les Européens semblent prêts à poursuivre dans la voie de la coopération avec les pays tiers, ainsi que de renforcer les prérogatives de "l'Agence européenne des gardes-frontières [Frontex], dont la Commission propose de faire une 'véritable police des frontières' de l'UE forte de 10 000 agents (contre 1 300 en 2018)".

"Plateformes de débarquement"

Autre sujet en discussion : la création de "plateformes de débarquement hors de l'UE". Dans sa lettre d'invitation adressée aux dirigeants européens, le président du Conseil européen Donald Tusk "leur a demandé de valider la mise en place" de ces plateformes, rapporte Challenges. "Il s'agirait de lieux où le HCR [Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés] et les offices de protection des réfugiés pourraient entendre des migrants, évaluer s'ils relèvent ou non du droit d'asile et dans l'affirmative, les faire accueillir en Europe", explique Pascal Brice, directeur de l'Ofpra [Office français de protection des réfugiés et apatrides], dans une interview accordée aux Echos.

Néanmoins, "les contours du projet restent encore très flous" note L'Express. Le Figaro abonde en ce sens : "Où donc ? La Tunisie, le Maroc, l'Albanie ? Quand ? Comment ? Avec quel drapeau ? Sous quel régime de droit et avec quelles issues ? Mystère". Un responsable européen, interrogé par L'Express justifie : "pour l'instant, l'idée est juste de nous donner le feu vert pour y réfléchir".

RFI prévient également que cette "externalisation de l’asile contrevient potentiellement au droit international". Pour François Gemenne, spécialiste des flux migratoires et chercheur à Sciences Po Paris  interrogé par la chaîne de radio : "si les gens n'ont même pas la possibilité de déposer une demande d'asile dans les pays de l'Union européenne, à l'évidence ils contreviennent [au] principe de non-refoulement", prévu à l'article 33 de la Convention de Genève. Le chercheur estime également que "les pays européens fuient en quelque sorte leur responsabilité" en confiant leur politique migratoire "à des pays tiers et singulièrement à des pays situés sur la rive sud de la Méditerranée et parfois à des régimes peu recommandables".

"Hotspots"

Une alternative, "pas formellement à l'agenda du sommet" mais "récemment proposée par la France et l'Espagne", serait de créer des "'centres fermés' dans l'UE dans lesquels les migrants attendraient l'examen de leur cas", rapporte Voice of America.

"Il s'agirait d'installer des centres d'accueil fermés sur les lieux d'arrivée des migrants en Europe de manière à instruire sur place et sans attendre les demandes d'asile", explique Pascal Brice dans les colonnes des Echos. "Ces demandes seraient examinées par les différents offices européens, et à terme nous l'espérons, par une agence européenne de l'asile indépendante", poursuit le directeur de l'Ofpra. Les personnes relevant du droit d'asile seraient ensuite accueillies, et ceux qui ne peuvent y prétendre "seraient reconduites, promettent les responsables, même si le taux de retour est pour l’heure extrêmement faible faute d’accord avec les pays de provenance" [La Croix].

Avec cette proposition, Emmanuel Macron veut s'inspirer des hotspots "mis en place en 2016 en Grèce et en Italie pour juguler l'arrivée massive de migrants sur le continent". Il s'agissait alors de centres "gérés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés", explique le Huffington Post.

Réserves

Ouest-France note toutefois "deux réserves majeures". D'abord "les migrants continueront de traverser la Méditerranée au péril de leur vie". Ensuite, "les pays d’entrée dans l’UE (Italie, Grèce et Espagne) seront toujours en première ligne". D'après Voice of America, Rome a d'ailleurs "toujours refusé cette idée", estimant "qu'il faudrait lui manifester plus de soutien dans la prise en charge des migrants plutôt que d'essayer d'éviter qu'ils ne quittent l'Italie".

Les ONG dénoncent également le principe de centres fermés. Le Huffington Post rapporte ainsi que l'association La Cimade estime que "retenir des gens parce qu'ils demandent l'asile est absolument contraire à la Convention de Genève" et "va jusqu'à parler de prison pour décrire ces centres". Une accusation qui n'a pas manqué de faire réagir l'Elysée : "cela évite que les demandeurs s'évaporent dans la nature", s'est notamment défendu l'exécutif.

Pour le président du Parlement européen, Antonio Tajani, ce sommet sera donc "décisif". Dans une tribune publiée par le journal britannique The Guardian, il craint ainsi que "l'absence d'accord sur la manière de gérer la crise migratoire ne porte un coup fatal au projet européen".