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Complots et combines de l'UE contre la Grèce ?

Revue de presse 03.06.2015

Les rebondissements s'accélèrent en Grèce. Les créanciers du pays se sont accordés sur un projet d’accord avec Athènes. Reste à savoir si le gouvernement grec va accepter ce qui ressemble beaucoup à un ultimatum. La presse française ne parle plus que de la Grèce et de son bras de fer intensifié avec ses créanciers, avec un point de vue globalement critique envers le camp européen.

Complots et combines européennes contre la Grèce ?

Euronews rapporte que lundi soir, la chancelière allemande Angela Merkel a improvisé un "mini-sommet" à Berlin auquel étaient conviés le chef d’Etat français François Hollande, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi et la présidente du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde.

Le but de cette rencontre était de "trouver une solution commune pour les créanciers face à Athènes". Tous ces acteurs ont en effet eu des difficultés à harmoniser leurs exigences vis-à-vis de la Grèce.

Au même moment, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé avoir présenté à ses créanciers un plan de réformes qu’il considère "complet" et "réaliste" [L’Express].

La réaction européenne ne s’est pas fait attendre : le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a jugé ces propositions "insuffisantes" et ce, malgré ce que Le Monde estime être des "concessions substantielles par rapport au programme de campagne de Syriza" (le parti au pouvoir en Grèce).

Cela fait plusieurs mois que la Grèce et ses créanciers cherchent à trouver un accord pour débloquer les 7,2 milliards d’euros promis par l’UE au gouvernement grec. Mais les négociations patinent et les deux parties "continuent de se renvoyer la responsabilité du blocage dans les négociations" [Euronews]. Or, la situation devient de plus en plus pressante : les caisses grecques sont désormais vides alors même que le pays doit rembourser 300 millions d’euros au FMI ce vendredi. Et pour empirer la situation, M. Dijsselbloem a déclaré "que le déblocage de cette somme était de toute façon impossible cette semaine".

La Grèce s’approche inexorablement du défaut de paiement. Il faut "aller vite" et d’ailleurs, "tout s’accélère" [Les Echos].

Le Monde nous informe qu’hier soir, les créanciers de la Grèce (Commission européenne, BCE et FMI) se sont finalement entendus sur un projet d’accord qu’ils vont soumettre aujourd’hui au gouvernement grec. Alexis Tsipras devrait vraisemblablement rencontrer Jean-Claude Juncker ce soir.

Les Grecs sont conscients de l’importance de trouver un consensus avec leurs créanciers : le peuple hellène est opposé à une sortie de la zone euro et le ministre grec de l’Economie Georges Stathakis a d’ailleurs déclaré que "la conclusion d’un accord est la seule voie, il n’y a pas d’autres possibilités" [Libération]. Or, le gouvernement grec ne peut accepter un accord qui va à l’encontre de sa ligne politique et de ses promesses électorales.

Même si les représentants européens s’en défendent, certains interprètent cette situation comme un "ultimatum". Les projets de réformes proposées à la Grèce par les créanciers ressemblent bien, selon Les Echos, à une "ultime proposition". Le journal titre que le FMI, la BCE et la Commission européenne se sont ligués "pour mettre Athènes au pied du mur". Romaric Godin de La Tribune suit cette position et y voit une "dernière tentative de faire céder Alexis Tsipras". Pour autant, le journaliste estime qu’il n’est absolument pas certain que le Premier ministre grec accepte ce projet d’accord.

L’Humanité a publié une série d’articles sur le sujet et critique très vivement le camp des créanciers.

Tout d’abord, dans un éditorial, Patrick Appel-Muller fustige le mini-sommet de lundi soir à Berlin. Cette réunion est pour lui la preuve des manigances menées dans le dos de la Grèce qui violent "tous les principes de la démocratie européenne" alors même que la Grèce "ne cesse de chercher les conditions d’un accord qui permette de sortir de l’impasse en protégeant les intérêts de son peuple". Il ajoute que les Européens cherchent à anéantir toute velléité de progrès social et "veulent décourager les colères et les espoirs des autres peuples".

Selon Sébastien Crépel, rédacteur pour le journal, l’Union européenne joue dans ce bras de fer "la survie [du] libéralisme européen". Incapable de reconnaître l’échec de la politique économique menée en Grèce par la troïka, elle persiste dans sa politique d’austérité et refuse toute alternative économique, notamment celle proposée par Syriza.

Dominique Seux, des Echos est lui aussi d’accord avec ce constat : "l'austérité et la troïka [sont] responsables de la situation économique et sociale d'Athènes". Il ajoute que les "peuples européens se sont lassés depuis longtemps de cet interminable feuilleton" et y voit un "immense gâchis" sur le plan de la construction et de l’approfondissement de l’UE, qui n’a de fait que très peu avancé.

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