Toute L'Europe – Comprendre l'Europe

La reine Elizabeth II et sa relation à l’Europe

La monarque Elizabeth II règne sur le Royaume-Uni depuis 70 ans. Accédant au trône en février 1952, elle a été témoin de toute l’histoire de la construction européenne depuis ses débuts en 1951. Retour sur le rapport à l’Europe de la Reine et de la monarchie britannique.

Crédits : kylieellway / iStock / Montage Toute l’Europe

Les relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni ont souvent été tumultueuses, voire conflictuelles, au point de conduire jusqu’à la rupture et la sortie des Britanniques de l’UE, en 2020. Mais même avant le Brexit et ce divorce consommé, le lien entre Londres et le reste de l’Europe n’a jamais été évident, et ce depuis l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne (CEE) en 1973…

Malgré ces épisodes de distanciation entre Européens et Britanniques, la longévité du règne d’Elizabeth II passionne les citoyens de l’Union, comme on l’a vu avec la couverture médiatique de son jubilé de platine en juin 2022. Son nombre extraordinaire d’années passées sur le trône britannique fait d’elle l’une des rares personnes à avoir côtoyé des personnalités emblématiques et variées de l’histoire européenne : de Winston Churchill et Charles de Gaulle, en passant par Valéry Giscard D’Estaing ou Margaret Thatcher, jusqu’à Angela Merkel et Boris Johnson…

Soumise à un devoir de neutralité, la reine ne s’exprime pas sur le plan politique. Dès lors, même sur la construction européenne, il est difficile de connaître son avis.

Une reine britannique particulièrement francophile

Le lien qu’a entretenu la reine Elizabeth II avec l’Europe au cours de ses 70 ans au pouvoir est d’abord passé par son attachement à la France. Elle aura effectué pas moins de cinq visites officielles chez son voisin d’outre-Manche : en 1957, en 1972, en 1992, en 2004 et enfin en 2014. Toujours, la reine du Royaume-Uni a tenu à célébrer à ces occasions l’amitié franco-britannique qui s’est historiquement manifestée depuis l’Entente cordiale et particulièrement au cours des deux guerres mondiales.

En avril 1957, au palais de l’Elysée à Paris, Elizabeth II prononce un discours devant le président René Coty. Une allocution adressée dans un français parfait, lors de laquelle elle souligne que l’Europe a toujours été le foyer de “l’idéal de la liberté” et que la France en a été la gardienne. “L’entente de nos deux peuples est le gage le plus sûr de cette liberté et c’est dans cet esprit que nos deux pays s’engagent à aller de l’avant”, ajoute-t-elle dans son discours. Cette visite de la reine britannique se fait quelques jours après la signature des traités de Rome instituant la Communauté économique européenne, le 25 mars 1957.

Et quinze ans plus tard, en mai 1972, la reine Elizabeth II se rend de nouveau à Paris dans un contexte politique marqué du sceau européen, puisque le Royaume-Uni s’apprête à rejoindre l’aventure européenne (son entrée dans la CEE sera effective le 1er janvier 1973). Cette fois-ci, c’est devant le président Georges Pompidou qu’elle s’exprime, une nouvelle fois dans un excellent français. “Une bonne part du destin de l’Europe a coulé à travers Londres et Paris, comme y coule la Tamise et la Seine. Je ne doute pas que ces deux grandes cités différentes par bien des aspects mais qui sont attachées aux mêmes valeurs et partagent les mêmes espérances, continueront toujours à exercer leur influence sur l’orientation et les caractères du progrès européen”, confie-t-elle.

Sa troisième visite d’Etat, effectuée en juin 1992, peut être reliée à une autre date extrêmement importante de l’histoire de l’intégration européenne : celle de la signature du traité de Maastricht instituant l’Union européenne. Devant le président français de l’époque, François Mitterrand, la reine britannique prononce un credo européen : “la Grande-Bretagne a sa place au cœur de l’Europe et l’avenir de l’Europe se confond avec le sien. C’est seulement en étant étroitement liée à la France qu’elle pourra tirer le meilleur parti des ouvertures et des chances que lui offre l’Europe”.

Lors de sa cinquième visite officielle en France, en juin 2014, elle est reçue cette fois par François Hollande. Signe de sa longévité, elle aura connu tous les présidents de la Ve République française jusqu’à aujourd’hui. A l’occasion de cette dernière visite d’Etat à Paris, elle tient à mettre en avant (toujours en langue française) : “le plaisir [qu’elle a eu] à découvrir ce beau pays […] et à cultiver à [s]on tour une grande affection pour le peuple français”.

Des discours favorables à l’Europe

Outre ses interventions résolument francophiles, parfois liées au contexte de la construction européenne, la souveraine Elizabeth II a également eu - malgré son devoir de neutralité - son lot de discours élogieux vis-à-vis de la construction communautaire.

Toute de bleu vêtue, aux couleurs de l’Europe, la reine britannique honore la richesse du continent et témoigne de son sentiment européen en mai 1992 en se rendant au Parlement de Strasbourg. Dans son discours, elle affirme qu’il faut “renforcer la capacité des Européens d’agir sur une base européenne, lorsque la nature même d’un problème exige une réponse européenne. Et c’est véritablement cet équilibre nécessaire qui est ressorti [du traité] de Maastricht”. Elizabeth II reconnaît également l’utilité de la construction européenne : “il vaut mieux discuter, avoir des controverses dans un débat sain, auquel ce parlement doit servir de forum, qu’une uniformité extrêmement lassante. Je vous sais un grand gré de votre contribution à la démocratie européenne”.

La reine Elizabeth II, de bleu vêtue, s’adressant au Parlement européen le 12 mai 1992 - Crédits : Parlement européen

En outre, dans cette première allocution faite devant une institution européenne, la reine ne manque pas de citer Winston Churchill et Jean Monnet, puis de féliciter les efforts “uniques dans l’histoire du monde” accomplis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale afin de rassembler “la famille européenne”. Aussi, elle soutient à l’époque l’élargissement de l’Union en énonçant : “d’autres pays frappent à la porte, il faut être confiants et ouvrir cette porte […]. La Communauté [européenne] constitue un exemple de ce qui peut être réalisé. Elle renforce l’évolution politique et économique dans l’ensemble de l’Europe, par une aide directe et un essor du commerce. Je suis sûre qu’elle doit faire plus encore. J’ai confiance qu’elle le fera”. En somme, un discours explicitement pro-européen.

Vingt-trois ans plus tard, en juin 2015 (dans la perspective d’un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE), c’est à Berlin et devant la chancelière allemande Angela Merkel que la reine Elizabeth II tient des propos sur l’unité de l’Europe : “au cours de nos vies, nous avons vu le pire mais aussi le meilleur sur notre continent. Nous savons que la division en Europe est dangereuse et que nous devons nous en garder, aussi bien dans l’ouest que dans l’est de notre continent”. Une mise en garde à peine voilée contre les risques qu’encourrait son pays s’il quittait l’Union.

Les temps difficiles du Brexit

Seulement un an après ces paroles prononcées en Allemagne, le fameux référendum du 23 juin 2016 est organisé outre-Manche et celui-ci débouche sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. La reine était-elle pour ou contre le Brexit ? C’est la grande question que tout le monde s’est posée au moment des débats, d’autant qu’elle n’a jamais exprimé son avis sur le sujet en raison de son devoir de neutralité.

Pour autant, les spéculations allaient bon train. En mars 2016, le tabloïd britannique The Sun, qui avait lui-même appelé ses lecteurs à voter pour une sortie de l’Union européenne, affirmait avoir récolté des sources qui montraient que la reine était en faveur du Brexit. Des révélations qui ont été rapidement démenties par Buckingham Palace, rappelant que la couronne s’astreint à une neutralité totale sur les sujets à dimension politique.

D’autres spéculations de la part de la presse sont intervenues en juin 2017. A l’époque, Elizabeth II ouvre une session du Parlement britannique - où il était question de présenter le plan du gouvernement sur le Brexit - en portant un chapeau étoilé aux couleurs du drapeau de l’Union européenne : bleu et jaune. D’aucuns ont pensé que c’était un message politique de la part de la reine, mais rien ne le confirme…

Impossible donc de véritablement connaître la position royale vis-à-vis de l’appartenance de Londres à l’Union européenne. Néanmoins, une chose est sûre, son petit-fils le prince William semble dévoiler plus facilement sa vision sur le sujet : “il est important que nous gardions notre capacité à nous unir à d’autres nations pour agir ensemble […]. La coopération entre différents pays est le socle de notre sécurité et de notre prospérité”, avait-il confié lors d’une conférence des diplomates britanniques en 2016.

Quoi qu’il en soit, la reine Elizabeth II - au pouvoir depuis 70 ans - aura vécu de près ou de loin toutes les étapes de la construction européenne, et ce, dès ses origines au début des années 1950.

Votre avis compte : avez-vous trouvé ce que vous cherchiez dans cet article ?

À la une sur Touteleurope.eu

Flèche

Participez au débat et laissez un commentaire

Commentaires sur La reine Elizabeth II et sa relation à l'Europe

Lire la charte de modération

Commenter l’article

Votre commentaire est vide

Votre nom est invalide