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S.E.M Paul Kavanagh : "La Présidence irlandaise va miser sur des mesures capables d'avoir des effets immédiat"

Vidéo 01.06.2012

Appelés à voter jeudi 31 mai par voie de référendum, les Irlandais ont approuvé massivement le Pacte budgétaire européen. Depuis plusieurs semaines, le pays du trèfle est sous les feux des projecteurs. Lors de précédents référendums, l'Irlande s'était prononcée contre deux textes européens : en 2001, sur le traité de Nice, et en 2008 sur celui de Lisbonne. Dans un entretien à Toute l'Europe, S.E.M. Paul Kavanagh, Ambassadeur d'Irlande, nous donne ses impressions sur ce résultat tout juste sorti des urnes.

Toute l'Europe : Le 31 mai, les Irlandais ont voté "oui" au référendum sur le Pacte budgétaire européen. Etes-vous satisfait du résultat ?

S.E.M. Paul Kavanagh : Selon les derniers chiffres qui viennent tout juste d’être communiqués, les Irlandais ont approuvé à 60,3 % le traité de stabilité. Il s’agit d’un signal très fort, qui souligne le sérieux du peuple irlandais qui souhaite remporter le défi économique auquel il est confronté.

C’est également une preuve de l’engagement très fort des Irlandais, de leur prise de conscience quant à la nécessité de la stabilité économique dont l’Irlande a besoin pour convaincre nos partenaires européens et nos investisseurs internationaux.

Les Irlandais s’accrochent. Ils font leur devoir pour renforcer la monnaie européenne et jouer leur rôle dans la reprise de l’économie européenne.

Ce sera peut-être un encouragement pour les autres Etats membres.


Toute l'Europe : Comment expliquez-vous le faible taux de participation ?

S.E.M. Paul Kavanagh : Le taux d'abstention de 50,6 %, n’est pas très différent des taux enregistrés lors des précédents référendums qui ont eu lieu en 2001 et 2008.

Les Irlandais ont voté "oui" hier parce qu’ils sont réalistes. Depuis quatre ans, les citoyens irlandais subissent une véritable cure d’austérité liée au réajustement budgétaire sur la période 2008-2015.

Les trois-quarts de ces réajustements ont déjà été mis en œuvre. Depuis 2008, nous avons extrait environ 15% du PIB de l’économie, cela s’est traduit par de nombreuses réductions des dépenses.  Les syndicats dans le service public irlandais ont accepté certaines réductions. Ceci montre le sérieux des Irlandais qui depuis quatre ans redoublent d’efforts et peu à peu retrouvent le chemin de la croissance.

Néanmoins pour que cette croissance décolle, il faut une croissance généralisée dans la zone euro et une reprise de la consommation à l’échelle nationale.

Après ce long chemin, les Irlandais restent réalistes, courageux, et sont engagés pour soutenir tous les efforts afin d'obtenir une croissance plus forte et plus répandue à l’échelle de l’Union.


Toute l'Europe : A la veille du référendum, le député européen Paul Murphy, déclarait qu’un "oui" entrainerait "un risque d’une énorme récession puisque cela signifierait 5,7 milliards de coupes budgétaires supplémentaires, donc dans les services publics vitaux". De telles coupes budgétaires sont-elles prévues ?

S.E.M. Paul Kavanagh : La période d’ajustement budgétaire est prévue de 2008 à 2015. Il faut noter que le déficit public de l’Irlande qui s’élevait à 32% du PIB en 2010 est tombé à 9,7 en 2011, puis à 8,6 en 2012.

Ces ajustements nous ont permis de renouer avec la croissance et l’’Irlande est devenue plus compétitive sur les marchés. D’ici 2015, il y aura de nouveaux réajustements mais nous sommes sur la voie de l’équilibre budgétaire.

Pour y parvenir nous devons relancer la croissance et c’est pour cette raison que sur ce point nous comprenons et soutenons les initiatives du nouveau Président de la République française.


Toute l'Europe : Au lendemain de l'élection de François Hollande, le premier ministre irlandais Enda Kenny s'est réjoui de ce résultat, en soulignant que le nouveau Président était "sensible" aux préoccupations des Irlandais. Pensez-vous que la fin de l'ère Merkozy pourrait rétablir un équilibre entre les relations avec les autres Etats membres ?

C’est vrai que l’UE et la zone euro ont toujours fonctionné sur un tandem franco-allemand. Mais l’unité Paris-Berlin n’est pas suffisante et nous sommes très sensibles aux déclarations du nouveau Président de la République qui, malgré l’importance de l’engagement outre-Rhin, a souligné la nécessité de rassembler tous les partenaires de l'Union.

S.E.M. Paul Kavanagh a consacré l’ensemble de sa carrière au service de son pays et auprès des Nations Unies où il a occupé des postes sensibles. Il a été nommé Ambassadeur en France et auprès de la Principauté de Monaco en septembre 2009.

En Irlande, les contribuables irlandais paient pour les erreurs du passé dans leur pays mais également dans les autres pays. Sur la base des efforts fournis par l’Irlande, nous aimerions que le fardeau de la dette soit davantage allégé et que le dispositif soit modernisé.


Toute l'Europe : Le nouveau Président français a annoncé vouloir renégocier le pacte budgétaire. Etait-il donc si important de ratifier un traité qui sera peut-être renégocié ?

La semaine dernière, les arguments du Président français ont été très bien reçus à Bruxelles par les chefs d'Etats et de gouvernement européens. Ces derniers se sont engagés à poursuivre une consultation tout au long du mois de juin au sujet de la croissance.

Au sujet de la forme du résultat final que prendra cette négociation, il faut regarder tout d'abord le fond, pour le reste, cela devrait se résoudre assez facilement.