Derniers articles publiés

Jean-Arnault Dérens : "La solution au Kosovo ne peut être apportée que dans un processus d'intégration européenne"

Actualité 07.12.2007

Jean-Arnault Dérens est historien et journaliste au Courrier des Balkans. Il a récemment publié "Comprendre les Balkans" aux éditions Non Lieu. Touteleurope.fr l'a interrogé à quelques jours du début de la Présidence slovène du Conseil de l'UE, la Slovénie ayant fait de l'élargissement de l'Union européenne aux Balkans une de ses priorités.

 

Quel état des lieux peut-on faire de la situation dans les Balkans au regard d'une possible intégration de ces pays à l'Union européenne ?


Le Sommet européen de Thessalonique de juin 2007 a affirmé que tous les pays des Balkans occidentaux avaient vocation à rejoindre l'Union européenne (UE). Tous ces pays constituent une sorte d'île enclavée dans la carte de l'Europe, surtout depuis l'intégration de la Roumanie et de la Bulgarie. Il s'agit d'une île de misère sociale et de mauvais développement, une région toujours marquée par les guerres des dernières décennies, ravagée par un grand de nombre de conflits non-résolus. Une région qui représente un défi pour l'UE.

Est-ce ces pays peuvent intégrer l'UE ? Il faut retourner cette question : est-ce que l'UE peut se permettre de ne pas les intégrer ? Non, car si les Balkans occidentaux ne trouvent pas une certaine stabilité sociale, économique et politique, cette région demeurera une zone de violence potentielle ou réelle, une zone qui continuera à exporter de la criminalité organisée, des immigrants clandestins ou d'autres phénomènes.

Deux de ces pays ont déjà le statut officiel de pays candidat, la Croatie et l'Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM). Ce sont a priori les pays les plus avancés dans le processus d'intégration. Ceci étant, même au sujet de la Croatie, que l'on considère comme le meilleur élève, aucune date n'est encore fixée. Les autres pays ont uniquement signé des accords de stabilisation et d'association. Le dernier pays à avoir signé cet accord est la Bosnie-Herzégovine, qui l'a paraphé le 3 décembre 2007.

 

Quelle solution l'Union européenne devrait-elle défendre au sujet du statut du Kosovo ?

 

Sur la question du Kosovo, il y a des positions parfaitement incompatibles. Belgrade est prêt à accorder au Kosovo les formes les plus avancées d'autonomie, mais ne veut pas entendre parler de proclamation formelle d'indépendance, tandis que les Albanais exigent une chose, à savoir cette proclamation formelle d'indépendance. Autrement dit, la question n'est pas le contenu réel de cette souveraineté qu'aurait le Kosovo. On est avant tout dans le registre du symbolique.

 

A partir de là, il ne peut pas y avoir de compromis trouvé entre le Kosovo et la Serbie. Les échecs successifs de toutes les négociations qui se sont déroulées ces deux dernières années l'ont prouvé. Les échéances devant lesquelles on se trouve deviennent donc extrêmement dangereuses, puisque le Kosovo représente un risque de déstabilisation majeur, au moins pour l'ensemble de la région.

 

Sur ce sujet, l'UE est très profondément divisée. La France et la Grande-Bretagne sont favorables à une indépendance du Kosovo. L'Espagne, la Grèce, la Slovaquie, Chypre et la Roumanie ne veulent pas en entendre parler. L'Allemagne, l'Italie la Slovénie ou encore l'Autriche sont plus mesurées. Une fois de plus, face à une crise majeure qui est en train de se produire à ses frontières immédiates, l'UE risque de ne pas avoir un discours clair, ce qui pourrait avoir de graves conséquences pour l'Europe elle-même.

 

Puisqu'il ne peut pas y avoir de solution négociée entre Belgrade et Pristina, les seules bonnes solutions doivent se penser dans un contexte européen. Il faut donc intégrer au plus vite ces pays. Une Serbie et un Kosovo intégrés pourraient avoir une souveraineté partagée dans certains domaines, des formes de représentations auprès de institutions européennes qui permettraient de dépasser des revendications territoriales totalement incompatibles.

 

Il s'agit d'un choix politique : veut-on apporter une solution à la question du Kosovo ? Celle-ci ne peut être apportée que dans un processus d'intégration européenne. L'UE aura-t-elle le courage politique d'imaginer une solution de ce type qui supposerait un recours à des formes institutionnelles un peu innovantes ?

 

Quelles sont vos attentes concernant la présidence slovène du Conseil de l'Union européenne ?

 

Sur la question du Kosovo, la position de la diplomatie slovène est intéressante. La Slovénie, en tant qu'ancien membre de la Fédération yougoslave, connaît très bien la région. Elle n'est pas contre une indépendance du Kosovo. Par contre, elle pense qu'aucune solution ne pourra être trouvée sur la base d'un diktat contre la Serbie.

La question du Kosovo, qui est le dossier le plus chaud, sera une priorité de la présidence slovène du Conseil, parce que la Slovénie a cette histoire partagée avec les pays des Balkans, également parce qu'elle a d'importants intérêts économiques en jeu. La diplomatie slovène est donc mieux préparée que les autres pour aborder ces questions. La présidence slovène pourrait représenter une chance importante pour tous les pays des Balkans, où les crises s'accumulent, que se soit au Kosovo ou en Bosnie-Herzégovine.

Mais la Slovénie demeure un petit pays et ne peut donc décider seule de l'ensemble de la politique extérieure de l'UE. Il faudra donc que l'ensemble des pays européens soient conscients de ces enjeux et soutiennent les propositions que pourrait formuler la Slovénie.