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France - Italie : le train de la discorde ?

Actualité 18.04.2011

La tension monte de part et d'autre des Alpes. Hier, dimanche 17 avril, les autorités françaises ont en effet décidé de bloquer l'entrée sur le territoire d'un train transportant des immigrés tunisiens. Un événement qui ne devrait pas améliorer le dialogue entre la France et son voisin transalpin, qui considère cette décision contraire au droit européen. Alors que les relations entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi sont loin d'être au beau fixe, la question politique de la gestion des immigrés vient s'ajouter à d'autres conflits récents entre ces pays, d'ordre industriels et internationaux jusqu'à présent. 

Immigration : on refait les frontières ?

Si l'Union européenne a salué d'une seule voix les révolutions récentes en Egypte et en Tunisie qui ont mis ces deux pays sur la voie de la démocratie, elle est plus que jamais divisée sur l'une des conséquences directes de ces mouvements : l'immigration de milliers de ressortissants du Sud de la Méditerranée vers l'Europe.

Première touchée par ces flux de migrants, l'Italie a tiré la sonnette d'alarme face à la situation sur l'île de Lampedusa, en appelant à la solidarité européenne. Si l'Union européenne fournit une aide financière conséquente à l'Etat membre pour assurer la gestion de ces arrivants, le gouvernement de Silvio Berlusconi demande plus directement que ses voisins européens ouvrent leurs portes à ces nouveaux migrants.

Ainsi, l'Italie a décidé la semaine dernière d'accorder des permis de séjour temporaire aux plus de 20 000 migrants tunisiens arrivés dans le pays depuis janvier. Ce visa leur permet désormais de circuler à l'intérieur de l'Espace Schengen. Une décision qui a provoqué de vives réactions en Europe. Le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, a ainsi rappelé qu'elle "a été contestée par beaucoup de pays de l'Union européenne", et que si la France a "accepté cette disposition, (...) il y a des conditions", dont celle pour les migrants de "disposer de ressources financières suffisantes".

Ainsi, lorsqu'un train en provenance de Vintimille (Italie) a pris la route de Menton en France, les autorités françaises ont décidé de bloquer son entrée sur le territoire. Une décision qui a provoqué l'ire de l'Italie, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, ayant chargé l'ambassadeur d'Italie à Paris d'exprimer "la ferme contrariété" de Rome et de demander aux autorités françaises des explications sur "des mesures illégitimes qui violent clairement les principes européens".

Une colère diplomatique en comparaison de celle de la Ligue du Nord, dont plusieurs membres sont au gouvernement en Italie, qui a demandé le boycott des produits français. De son côté Paris nie toute violation du droit européen.

Bulgari, Parmalat, la Libye : la France et l'Italie plus que jamais en désaccord ?

L'affaire du train de Vintimille vient s'ajouter aux nombreux dossiers sources d'accrochage entre la France et l'Italie.

Tout a commencé sur le plan industriel avec l'achat du joailler italien Bulgari par le géant français du luxe LVMH, considéré comme un outrage au "made in Italia". Puis c'est la prise de pouvoir de Lactalis sur Parmalat qui a créé des vagues, poussant le gouvernement italien a annoncé l'adoption d'une législation, copiée sur celle en vigueur en France, destinée à protéger les entreprises stratégiques italiennes. Enfin, l'activisme de Vincent Bolloré au sein de l'assureur Generali irrite le gotha de la finance transalpine.

Mais la mésentente ne s'arrête pas là. Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi ont récemment exposé leurs désaccords sur le dossier libyen. En effet, si l'Italie a mis ses bases militaires et quelques avions au service de la coalition, les forces aériennes transalpines ne participent toujours pas aux bombardements sur la Libye. Une attitude qui a valu au Cavaliere de ne pas être invité par le président français au sommet du 28 mars dernier sur la Libye.

Les deux dirigeants devraient se rencontrer pour le sommet bilatéral annuel le 26 avril prochain. Ils ont donc plus d'une semaine pour aplanir leurs différends.