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Ferran Tarradellas : "Il est très important que les officiels se déplacent sur le terrain"

Actualité 23.08.2010

Alors que la commissaire en charge de la coopération internationale, de l'aide humanitaire et de la réaction aux crises, Kristalina Georgieva, se rend aujourd'hui au Pakistan afin de rencontrer les autorités et les experts intervenant sur le terrain, Touteleurope.fr a interrogé son porte-parole, Ferran Tarradellas Espuny, sur les raisons et les objectifs de ce déplacement, mais également sur le plan d'action de la Commission européenne en faveur des victimes des inondations.

Touteleurope.fr : L’aide européenne en faveur du Pakistan a été déclenchée le 31 juillet. Comment s’est organisée la réaction européenne à la catastrophe ?

Ferran TARRADELLAS ESPUNY : La Commission européenne travaille au Pakistan depuis de nombreuses années, depuis 1994 plus exactement. A la fin du mois de juillet on a constaté que les pluies allaient devenir catastrophiques, et à ce moment-là la Commission a mobilisé 30 millions d'euros d'aide humanitaire destinés à la gestion des problèmes causés par la pluie. Il s'agit de la première tranche d'aide approuvée par la Commission et au niveau global.

Mais au fur et à mesure nous avons vu que la catastrophe prenait de plus grandes proportions et avons donc décidé de mobiliser de nouveaux fonds le 11 août, 10 millions d'euros additionnels qui ont donc porté l'aide au début du mois d'août à 40 millions d'euros.

C'est à ce moment-là que la commissaire européenne en charge de l'aide humanitaire a interrompu ses vacances et est venue à Bruxelles et a établi le contact bilatéral avec les experts de la délégation générale de l'aide humanitaire et de réaction aux crises. Il a également été demandé le déblocage de 30 millions d'euros supplémentaires, le 18 août.

La commissaire se rend au Pakistan aujourd'hui, et y restera mardi et mercredi, où elle rencontrera nos partenaires et nos experts, en plus des réunions générales avec les autorités pakistanaises.


Touteleurope.fr : Concrètement comment l'aide européenne est-elle utilisée sur le terrain ? Comment assurez-vous le suivi ?

F.T.E : Dans les crises de cette nature nous travaillons de deux façons. Certaines mesures sont prises au niveau de la protection civile : la Commission peut coordonner l'envoi de l'aide sous forme de biens et de services. Le Pakistan a par exemple fait la demande d'une équipe de purification de l'eau, de tentes pour le campement, d'équipes médicales, de matériel divers ... tout cela est acheminé par avion.

Nous avons ce que nous appelons le Centre de Suivi et d'Information (CSI) qui coordonne l'aide envoyée de l'Europe vers le Pakistan. Ainsi, un avion français est parti avec 75 tonnes de matériel : c'est un exemple de ce que l'Europe donne "en nature".

Après il y a l'aide humanitaire en tant que telle, pour laquelle l'Union européenne travaille avec des experts sur le terrain. Nous avons ainsi des experts de la Commission qui sont déjà au Pakistan, qui se sont déplacés sur les zones sinistrées et ont identifié, avec les experts des Nations Unies, les besoins, et à partir de cette identification des besoins, ils identifient les partenaires qui sont les plus appropriés pour mettre en oeuvre l'aide.

Par exemple, si un village a besoin d'assistance sanitaire, le meilleur partenaire sera peut-être Médecins sans frontières. S'il s'agit d'un besoin alimentaire, ce sera peut-être le Programme Alimentaire Mondial. S'il faut reconstruire des habitats, ou fournir des tentes, le partenaire pourra être Oxfam. Si l'aide concerne surtout les enfants, ce sera l'Unicef ou Save the children etc.

La Commission passe alors des accords économiques avec ces partenaires et ces derniers se chargent de la mise en oeuvre.


Touteleurope.fr : José Manuel Barroso a indiqué que l’Europe allait ‘faire plus’. Quelle forme prendra cette aide supplémentaire ?

F.T.E. : Nous continuons bien entendu pour le moment à mettre en oeuvre la phase humanitaire. Les inondations continuent et une grosse partie du Pakistan est encore sous l'eau. Nous allons donc accélérer l'aide humanitaire sur le terrain. Tant que cette phase n'est pas terminée, on ne peut pas passer à la phase de reconstruction.

Donc pour le moment la Commission déploie l'aide humanitaire. Mais en même temps la présidence belge du Conseil de l'UE et le département d'aide au développement de la Commission travaillent avec les Nations Unies sur la possibilité d'organiser une conférence des donateurs pour l'aide à la reconstruction du Pakistan.

Pour cela nous allons travailler avec des institutions financières internationales, comme par exemple la Banque mondiale, mais aussi avec les Nations Unies et d'autres partenaires dans ce domaine.


Touteleurope.fr : Comment s’articule l’aide européenne avec celle fournie par les Nations Unies ?

F.T.E. : La coordination au niveau le plus élevé est toujours assurée par les Nations Unies. Au Pakistan l'Union européenne et les Etats membres ne sont pas les seuls à intervenir, il y a également des pays du monde entier. C'est pourquoi la coordination générale est toujours assurée par les Nations Unies.

Sur le terrain il y a une coordination entre le travail des experts européens et celui des Nations Unies afin qu'il n'y ait pas de double emploi ou un manque de coordination. Nous avons l'habitude de travailler ainsi, nous le faisons en Haïti ou au Sahel. C'est toujours les Nations Unies qui prennent la coordination générale des opérations.


Touteleurope.fr : La Commissaire Georgieva se rend aujourd'hui au Pakistan. Pourquoi est-il important que des représentants de l’Union européenne se rendent sur place ?

F.T.E : C'est très important car cela témoigne de l'importance que l'on accorde à la catastrophe. Lorsque l'on envoie du personnel de plus haut niveau sur le terrain, cela montre que la Commission européenne, et l'Europe, sont engagées.

C'est un message que l'on envoie à la population pakistanaise : nous montrons ainsi la solidarité européenne envers les victimes de la catastrophe. Et c'est le premier objectif du déplacement de Madame la Commissaire. Elle veut se rendre sur le terrain pour transmettre au peuple pakistanais, qui fait face à des difficultés très sérieuses, le message de solidarité européenne. Et c'est pour cela qu'elle souhaite rencontrer non seulement les autorités mais également les victimes pakistanaises.

Le deuxième objectif du déplacement de Kristalina Georgieva est d'avoir une vision plus exacte des besoins sur le terrain et des difficultés, et comment l'argent des citoyens européens est dépensé pour aider les gens qui en ont besoin.

Enfin, Madame Georgieva est le chef du département d'aide humanitaire de la Commission. Il est important pour le moral des agents qui travaillent sur le terrain, dans des conditions très difficiles parfois, voire dangereuses, de savoir qu'ils ont le soutien de ce chef par cette visite sur le terrain.


Touteleurope.fr : Comment se répartissent les rôles entre Madame Georgieva et Madame Ashton ?

F.T.E. : L'action extérieure est la responsabilité de Madame Ashton, et nous travaillons avec elle au niveau des politiques extérieures. Evidemment l'aide humanitaire, comme elle est indépendante et neutre, on ne la considère pas comme faisant partie de l'action extérieure.

Mais nous travaillons de façon très étroite avec Madame Ashton car parfois dans la mise en oeuvre d'actions humanitaires nous avons besoin de moyens militaires, et Madame Ashton est aussi responsable de la politique de sécurité européenne.

Quand une opération a lieu dans un pays tiers, comme le Pakistan, il y a un élément diplomatique dont Madame Ashton est aussi responsable. Ainsi pour les relations avec le gouvernement pakistanais nous travaillons en étroite coopération avec les services de Madame Ashton, mais elle suit la politique extérieure et nous, nous faisons de l'aide humanitaire.

En plus il y a l'aide au développement, qui fait partie de l'action extérieure, qui est sous la responsabilité du commissaire letton, Monsieur Andris Piebalgs, et c'est lui qui aura un rôle plus important dans la phase de reconstruction.


Touteleurope.fr : Pouvez-vous nous présenter l'action générale de l'Office humanitaire de l'Union européenne, ECHO, en dehors des interventions d'urgence comme celle au Pakistan ?

F.T.E. : ECHO est présent dans de nombreux endroits du monde. Là où il y a une catastrophe naturelle ou un besoin humanitaire, ECHO est toujours présent en principe.

Nous étions très présents en Haïti après le tremblement de terre, mais il y a également ce que nous appelons les "crises oubliées", pour lesquelles l'aide humanitaire est toujours nécessaire même si il n'y a pas de caméras ou de journalistes qui en parlent.

Ainsi nous avons eu une action très importante au Sahel, où il y a eu une crise alimentaire très importante cet été, ou dans des zones de conflit comme par exemple le Soudan et la région du Darfour. La commissaire a d'ailleurs visité le Soudan récemment. Nous sommes également très présents en Colombie, au Sri Lanka, en Birmanie, en Thaïlande ... dans tous les pays où nous constatons des besoins humanitaires.



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L'aide humanitaire - Touteleurope.fr