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Dacian Ciolos : "La PAC concerne tous les citoyens, pas seulement les agriculteurs"

Actualité 19.11.2010

Jeudi 18 novembre, le commissaire européen à l'agriculture et au développement rural, Dacian CioloÅŸ, a présenté les premières orientations de la future Politique agricole commune. Un sujet clé qui, parce qu'il concerne l'ensemble des citoyens européens dans leur quotidien, suscite de vifs débats entre les Etats membres. Répartition des subventions entre agriculteurs, qualité de l'alimentation, volatilité des prix... le commissaire a répondu aux questions des internautes.

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Bernard M. : La future politique agricole commune : réforme ou révolution ?

Dacian Cioloş : La PAC est en réforme perpétuelle depuis plusieurs décennies. L'objectif n'est pas de révolutionner la PAC mais de la faire évoluer, en donnant un minimum de stabilité et de continuité aux agriculteurs, sinon ils ne s'y retrouvent plus.

Ceux-ci continueront donc à recevoir des subventions de l'Union européenne, mais sur des critères plus pertinents, appliqués à tous les Etats membres de manière plus équitable et en fonction d'objectifs clairement définis.
L'Union européenne continuera à intervenir sur le marché agricole, mais uniquement en cas de crise pour stabiliser les prix et protéger le revenu des agriculteurs, afin qu'ils puissent être compétitifs sur un marché de plus en plus ouvert.

Enfin, les agriculteurs seront encouragés à mieux intégrer la problématique du changement climatique, à mieux utiliser les résultats de l'innovation et de la recherche appliquée, et la qualité de la vie en espace rural fera l'objet de toutes les attentions.


Terres Conseils : Faut-il continuer à subventionner les agriculteurs, en faussant la concurrence ?

Dacian Cioloş : Tout d'abord je souhaite rappeler que plus de 90% de la production agricole européenne est consommée sur le marché intérieur, dont une partie importante au niveau local.

L'agriculture joue en effet un rôle économique de production agricole, mais aussi un rôle de gestion des ressources naturelles et du territoire. Avec ces 3 objectifs pour la PAC, l'intervention publique me semble très clairement justifiée pour maintenir l'agriculture sur l'ensemble des territoires européens.

Concentrer l'agriculture seulement dans certaines régions favorables provoquerait une pression beaucoup plus importante sur les ressources naturelles de ces régions, donc une augmentation à terme des risques de pollution, mais aussi la désertification rurale et des problèmes d'environnement d'autre nature.

Alors que la demande alimentaire mondiale augmente, l'UE doit continuer à assurer l'approvisionnement de son marché. Ce n'est donc pas le moment de renoncer aux capacités de production de l'UE.


Alain S./Francesca G. : Comment permettre aux agriculteurs de "vivre de leur travail" ?

Dacian Cioloş : Il me semble tout à fait normal que les agriculteurs veuillent vivre d'abord de leur travail. Ceux-ci doivent aussi reconnaitre que leur travail est rémunéré partiellement par le marché, mais qu'une autre partie, importante pour la société, ne l'est pas.

Toutes ces pratiques qui assurent une meilleure gestion des ressources naturelles, de la biodiversité, une qualité et une sécurité spécifique de leurs produits, ne se retrouvent pas dans le prix des produits vendus. On ne peut pas non plus faire payer ces exigences au seul consommateur puisque ce sont des biens publics dont bénéficie l'ensemble de la société.

Il me semble donc normal que la société dans son ensemble, c'est-à-dire les contribuables, contribuent financièrement au revenu des agriculteurs du fait des services qu'ils rendent. La future PAC doit alors mieux mettre en évidence ce fait et rémunérer les agriculteurs en conséquence.


Nadège C., Notre Europe : Comment convaincre les Etats de maintenir un budget conséquent pour la PAC ?

Dacian Cioloş : Il faudra non seulement convaincre les ministres de l'économie et des finances, mais également le Parlement européen.

L'objectif est de pouvoir mettre sur la table des propositions sur la future PAC en ligne avec les attentes des citoyens européens. Dans la mesure où ces attentes sont consistantes et importantes, un engagement européen est nécessaire pour mettre des moyens à leur disposition.

Je veux également rappeler que ce budget est important au niveau européen, parce que les budgets nationaux pour l'agriculture sont, eux, très faibles. La PAC est ainsi un instrument communautaire fort, à un moment où nous avons clairement besoin de plus d'Europe pour pouvoir répondre aux défis des Etats membres. Notre intelligence doit donc jouer en faveur de l'approfondissement de cet instrument, et non de son affaiblissement.


Franka D. : Les nouveaux Etats membres vont-ils recevoir autant de subventions agricoles que les anciens ?

Dacian Cioloş : Il est vrai que l'écart entre les nouveaux et les anciens Etats membres est le plus visible, mais il existe aussi des écarts parmi les nouveaux Etats membres, et même parmi les anciens…

Continuer à séparer les nouveaux et les anciens Etats membres ne me semble pas une bonne approche, il faut plutôt traiter l'UE comme un ensemble de 27 Etats, tout en respectant la diversité qui existe entre eux. Le soutien aux agriculteurs doit prendre en compte cette diversité pour avoir plus d'équité, c'est-à-dire appliquer les mêmes principes de la même manière à tous les Etats, à toutes les catégories d'exploitations, et prendre ensuite en compte toutes les différences naturelles.

Bien sûr, une période de transition est nécessaire pour les nouveaux Etats membres, afin que ces changements n'affectent pas de manière fondamentale l'équilibre de certains secteurs agricoles.


F. Lenoir : Pourquoi la PAC n'a-t-elle pas réussi à créer une agriculture performante en Europe de l'Est ?

Dacian Cioloş : La réforme dans les pays d'Europe de l'Est a commencé tout de suite après la chute du Mur de Berlin. Ce processus de restructuration des systèmes de production, de réorganisation des marchés, a été et reste long, comme peuvent l'être de manière générale la restructuration de systèmes économiques et en particulier agricoles.

Cette réforme a parfois été douloureuse, j'espère qu'elle le sera moins dans l'avenir. Ce qui est clair, c'est que la PAC doit pouvoir proposer à ces régions et Etats membres des instruments pour pouvoir continuer à soutenir le processus de restructuration, de modernisation afin d'augmenter la compétitivité, mais aussi pour que ces structures agricoles trouvent des marchés pertinents et adaptés à leurs potentiels et capacités de production.


Robijns T., BirdLife International : Quelle place pour la biodiversité dans la future PAC ?

Dacian Cioloş : Je pense que la future PAC va mieux promouvoir la biodiversité que par le passé par des mesures incitatives, dans le cas du 1er pilier comme du 2e. Il ne faut pas mettre uniquement des obligations sur le dos des agriculteurs.

Dans le 1er pilier, on aura une approche plus globale, horizontale, générale, européenne, pour encourager les agriculteurs à aller vers des pratiques qui prennent en compte la biodiversité et la qualité des sols, de l'eau. Le 2e pilier favorisera les mesures agrienvironnementales qui pourront être couplées sur mesure par les Etats membres en fonction des spécificités de certaines régions, de certains systèmes de production et catégories d'exploitation.

Et dans ce contexte plus large, l'agriculture biologique trouvera sans doute sa place à côté d'autres systèmes de production attentifs à la qualité des produits mais aussi des pratiques agricoles.

 

Luis Manuel S. : Pourquoi doit-on maintenir une PAC à deux piliers, et non regrouper l’ensemble des mécanismes dans un unique pilier ?

Dacian Cioloş : Je pense que la question du nombre de piliers n'est pas essentielle pour la PAC. Les piliers sont finalement des instruments comme les autres.

L'important, c'est l'approche. On aura ainsi une approche avec un soutien direct à l'agriculture général et annuel au niveau européen, pour atteindre des objectifs généraux européens. Mais, compte tenu de la diversité des Etats de l'UE, il nous faut aussi plus de flexibilité aux Etats membres, une approche pluriannuelle basée sur la programmation qui permet de prendre en compte l'évolution et la variation des situations des demandes au niveau local d'une année sur l'autre.


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La PAC : le dossier spécial - Touteleurope.eu