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Victoire de Viktor Orbán en Hongrie : le malaise européen

Revue de presse 10.04.2018

La victoire du parti conservateur Fidesz en Hongrie aux élections législatives entraîne la reconduction du très controversé Premier ministre Viktor Orbán à la tête du pays. Au-delà des félicitations d'usage, plusieurs de ses alliés l'ont appelé à garantir l'État de droit dans le pays.

Viktor Orbán

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán - Crédits : Parti populaire européen / CC BY 2.0

C'est un "réveil douloureux pour l'Union européenne", titrait lundi 9 avril le quotidien Les Echos. Ceci au lendemain de la victoire du parti national conservateur de Viktor Orbán, le Fidesz, aux élections législatives hongroises. Avec 48,5 % des suffrages, le Fidesz et son "petit parti allié [obtiennent] la majorité des deux tiers au Parlement nécessaire pour modifier la Constitution", note ainsi Le Monde. Viktor Orbán, Premier ministre du pays depuis 2010, va également être reconduit dans ses fonctions pour quatre années supplémentaires.

Pour Les Echos, cette victoire est le signe que "la contestation s'enracine à l'Est". Comme le rappelle en effet Le Point, Viktor Orbán "multiplie les diatribes contre 'l'invasion migratoire' et l'ingérence supposée de 'Bruxelles', dont il refuse la politique d'accueil des réfugiés". Ceci n'a pas empêché dirigeants de l'UE et alliés politiques à Bruxelles de saluer sa victoire, même si la plupart lui ont rappelé "le nécessaire respect des valeurs européennes".

La Hongrie dans le collimateur de l'UE

Les divergences sont en effet nombreuses entre l'UE et le chef du gouvernement hongrois. En 2015, la crise des réfugiés a vu "des centaines de milliers de demandeurs d’asile traverser la Hongrie sur le chemin de l’Allemagne". "La tentative de l’UE d’imposer des quotas de réfugiés par pays" est alors vivement rejetée par M. Orbán, et sert "de détonateur pour exploiter la peur de l’immigration, du multiethnisme et de l’islam au sein de son électorat" [Le Monde]. Paul Taggart, professeur en science politique à l’université du Sussex interrogé par Euronews, estime que cette crise lui "'a permis d'alimenter l'euroscepticisme et l'immigration dans un cocktail commun en mélangeant la politique anti-establishment' que les populistes menaient sur la scène nationale".

Aux divergences sur l'immigration s'ajoutent les critiques européennes concernant deux législations : la première impose un contrôle gouvernemental sur les ONG bénéficiant de fonds étrangers et la seconde sur les universités ne disposant pas de campus dans leur pays d'origine. Le journal luxembourgeois Le Quotidien  explique que "selon ses détracteurs, [elles viseraient] le financier américain George Soros", philanthrope d'origine hongroise finançant largement des ONG de promotion des droits de l'homme, ainsi que l’université d’Europe centrale (CEU) de Budapest. A ce sujet, "la Commission européenne a saisi au mois de décembre la Cour de justice de l’UE", estimant que "cette législation n’est pas en conformité avec le droit de l’Union" [Le Quotidien].

Félicitations nuancées

A l'échelle européenne, les félicitations ont ainsi été en partie teintées d'avertissements. Le Point écrit que "Donald Tusk, le président du Conseil européen, l'instance des Etats membres, lui a adressé lundi soir un bref message de félicitation" l'appelant à "jouer un rôle constructif au cours de ce nouveau mandat pour maintenir l'unité dans l'Union". La chancelière allemande Angela Merkel a également "félicité par lettre le vainqueur des élections (…) comme il est d'usage après des élections en Europe", a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert, cité par Challenges. De con côté, "le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a également annoncé l'envoi d'un message lundi soir". Usant d'un langage diplomatique, le porte-parole de la Commission européenne Margaritis Schinas a néanmoins rappelé que "défendre la démocratie et les valeurs de l'Union européenne [était] 'un devoir commun à tous les Etats membres'" [Les Echos].

Les félicitations sont également venues de l'Allemand Manfred Weber, chef de file du Parti populaire européen (PPE). Un parti dont est membre "le Fidesz de M. Orbán [et qui] rassemble les formations de centre droit des pays de l’UE, au premier rang desquelles la CDU-CSU d’Angela Merkel et Les Républicains français", rappelle Le Monde.

Le Point rapporte ainsi que dans un entretien à l'AFP, M. Weber a expliqué qu'il s'agissait d'un "succès démocratique pour [Viktor Orbán] et pour son parti", mais que le PPE attendait "de M. Orbán qu'il respecte les 'valeurs fondamentales de l'UE'". Selon Manfred Weber, le Fidesz les aurait jusque-là "toujours respectées", avertissant néanmoins que le parti "'serait exclu' du PPE (…) si cela devait s'arrêter". Des félicitations vivement critiquées par le groupe des Verts au Parlement européen, pour qui "Monsieur Weber et ses collègues devraient avoir honte de placer l'amitié partisane au-dessus des droits fondamentaux et de la démocratie" [Le Figaro].

"Protégé de la droite européenne"

Pour La Croix, Viktor Orbán est ainsi un "protégé de la droite européenne". Au Parlement européen, celle-ci n'a en effet pas intérêt à se séparer de la "droite hongroise qui lui apporte 12 membres sur un total de 219" [Les Echos]. Un proche du PPE également cité par le quotidien ajoute qu'il "est encore moins tenté de le faire aujourd'hui que Viktor Orbán 'va faire carton plein aux prochaines élections européennes'". Une analyse partagée par Christian Lequesne, professeur à Sciences Po interrogé par La Croix, qui observe que le groupe européen "préfère garder ses brebis galeuses plutôt que de grossir le rang des eurosceptiques".

Néanmoins, Daniel Mikecz, membre du groupe de réflexion libéral Republikon basé en Hongrie, rappelle dans les colonnes du Point que le "Fidesz accorde de l'importance à son appartenance au PPE et à ses bonnes relations avec les conservateurs allemands". Ainsi, il estime que ceux-ci "pourraient avoir une influence modératrice" sur le parti de Viktor Orbán, d'autant plus que celui-ci jouerait "un double jeu, ses eurodéputés se comport[a]nt différemment des députés (nationaux) à la maison".

Dans un éditorial, Le Monde considère néanmoins qu'il est "grand temps que le PPE condamne expressément le discours xénophobe et la dérive autoritaire de son partenaire hongrois". Car contrairement à la Pologne, qui subit des attaques virulentes de l'UE, Bruxelles a "jusqu'ici (…) ménagé Budapest", malgré sa remise en cause des "valeurs fondatrices de l'UE". Un comportement qui serait non seulement expliqué par la taille des deux pays (38 millions d'habitants en Pologne contre 9,8 millions en Hongrie), mais "surtout" par l'appartenance du Fidesz au PPE. 

Erreurs de l'UE

Plus largement, Les Echos jugent que l'Union européenne aurait également une part de responsabilité, récoltant "les conséquences d'erreurs collectives dans sa relation avec les anciens pays soviétiques". La première serait d'avoir cru à "une inéluctable convergence avec l'Ouest", indique l'ancien gouverneur de la Banque centrale hongroise, Bod Peter Akos. Certains reprochent aussi à l'UE d'avoir été "intransigeante sur les règles financières européennes vis-à-vis des 'nouveaux' membres" et d'avoir "sous-estimé la virulence du rejet des migrants dans des pays où une longue histoire de domination a souvent rendu la question ethnique épidermique".