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[Revue de presse] Incendies en Amazonie : les Européens s'inquiètent de la politique brésilienne

Revue de presse 23.08.2019

Les incendies se multiplient dans la forêt amazonienne, depuis le mois de juillet. Favorisés par la politique d'exploitation minière et agricole du gouvernement brésilien d'extrême droite, ils sont aujourd'hui à la source d'une "crise diplomatique" qui pourrait gêner la ratification de l'accord de libre-échange UE-Mercosur.

Le ton est monté entre Emmanuel Macron et son homologue brésilien, Jair Bolsonaro

Le ton est monté entre Emmanuel Macron et son homologue brésilien, Jair Bolsonaro - Crédits : Mauro Mottaro / Union européenne | Kremlin

Des incendies dévastateurs ravagent la forêt amazonienne depuis près de deux mois. En l'espace de seulement 48 heures, 2500 nouveaux départs de feux auraient été observés dans la "plus vaste forêt tropicale de la planète", selon l'Institut national de recherche spatiale (INPE), rapporte Le Parisien. "75 336 feux de forêt ont été enregistrés dans le pays de janvier jusqu'au 21 août, soit 84 % de plus que sur la même période de l'an dernier", poursuit le quotidien.

"La presse brésilienne commence à rapporter des problèmes respiratoires dans certaines villes", note Le Monde, alors que la fumée qui se dégage est visible jusqu'à 650 km dans l'espace [Sky News].

"La déforestation, qui avance rapidement", surtout depuis l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro au Brésil, "est la principale cause des départs de feu", souligne Le Point. "Le déboisement s’est accéléré parce que les gens se sentent autorisés à y aller", explique le géographe spécialiste du Brésil Hervé Théry [La Croix]. Le feu est utilisé "pour nettoyer des zones déjà déforestées, pour ouvrir des pistes ou pour préparer des terres à la culture", détaille Le Monde.

"Notre maison brûle"

Face à cette situation, "l'inquiétude" n'a pas manqué de gagner la scène internationale, observe Euronews. Débouchant sur une véritable "crise diplomatique", selon Le Point. "L'ONU et le président français ont [ainsi] interpellé vivement le président brésilien Jair Bolsonaro tandis que se multiplient les appels à sauver le 'poumon de la planète'", remarque l'hebdomadaire.

"Notre maison brûle. Littéralement", a déclaré M. Macron sur Twitter, avant d'appeler les membres du G7 à "parler de cette urgence" lors du sommet organisé à Biarritz ce week-end, du 24 au 26 août [Le Parisien]. De même, António Guterres, le secrétaire général de l'ONU, a exprimé sa profonde préoccupation sur le réseau social [Le Monde].  

L'indignation est aussi forte au sein de la société civile  à travers le monde : "dans une tribune, 118 ONG se sont élevées contre 'l’irresponsabilité' présidentielle" [Le Monde] et "des manifestations [sont] prévues pour l'Amazonie vendredi, à Sao Paulo et Rio". Le mouvement Fridays for Future, "de la jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie [européenne] de la lutte contre le réchauffement climatique, a [aussi] appelé à manifester devant les ambassades et consulats du Brésil à travers le monde", relate Le Point.

"Mentalité colonialiste"

Mais le président du Brésil, climato-sceptique d'extrême droite, favorable à l'exploitation minière et agricole de l'Amazonie, n'a pas apprécié ces remarques, explique Euronews. "Dans deux tweets successifs, M. Bolsonaro a accusé M. Macron d''instrumentaliser une question intérieure au Brésil et aux autres pays amazoniens' avec 'un ton sensationnaliste qui ne contribue en rien à régler le problème'", rapporte la RTBF. "La suggestion du président français de discuter des affaires amazoniennes au G7, sans la participation de la région, évoque une mentalité colonialiste dépassée au 21e siècle", a-t-il déclaré.

"La France est légitime en s'exprimant sur l'Amazonie car c'est un pays amazonien", répond l'Elysée à BFMTV. "La Guyane [française] a une frontière avec le Brésil et une partie de l’Amazonie est sur son territoire."

Le président brésilien a également pointé une supposée "responsabilité des ONG" dans les incendies, tout en dénonçant les "fausses informations" véhiculées sur les réseaux sociaux. Notamment des photos qui ont "brouillé le message et créé la polémique, montrant par exemple des feux en Amazonie remontant à 1989", explique Le Monde.

"Jair Bolsonaro joue la carte d’un 'nationalisme anti environnemental' déjà bien implanté dans le pays", explique le géographe Hervé Théry à La Croix. "L’idée d’un 'complot des pays européens pour empêcher le développement de l’Amazonie afin de se la réserver pour plus tard circule beaucoup dans les milieux militaires'".

L'accord UE-Mercosur dans la balance

En arrière-plan, le futur accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) pourrait pâtir de ce refroidissement incontestable des relations entre les dirigeants de l'UE et le Brésil. Plus tôt ce mois-ci, la Norvège et l'Allemagne avaient ainsi déjà stoppé leurs financements à des projets anti-déforestation au Brésil, inquiètes de l'utilisation des fonds sous la présidence de M. Bolsonaro, rappelle Sky News.

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a d'ores et déjà prévenu que son pays "tenterait de bloquer un accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur si le Brésil ne s'engageait pas à protéger la forêt amazonienne" [Sky News].

Une position qui ne semble toutefois pas être partagée par les Vingt-Huit. La Française Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, a ainsi fait valoir que l'accord, en cours de ratification par les différents parlements européens, pourrait au contraire permettre l'installation d'un "rapport de force avec le gouvernement brésilien". "Le Mercosur prévoit une clause de respect des engagements de l’accord de Paris", a-t-elle affirmé à l'antenne d'Europe 1.

Du côté britannique, la politique brésilienne n'empêcherait pas non plus la négociation d'un éventuel accord commercial après le Brexit : "alors que le Royaume-Uni s'apprête à quitter l'UE le 31 octobre, les marchés à croissance rapide tels que le Brésil offriront des opportunités considérables aux entreprises et aux ménages britanniques", a déclaré le gouvernement dans un communiqué, publié le 20 août. Le pays a ainsi lancé un programme de "facilitation du commerce" à hauteur de 20 millions de livres (22 millions d'euros), alors que ministre du Commerce Conor Burns s'est rendu en visite au Brésil du 19 au 21 août, rapporte le quotidien britannique Metro.

 

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