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[Revue de presse] Allemagne : après sa démission contrainte, le chef du renseignement intérieur immédiatement promu

Revue de presse 19.09.2018

Le président de l'Office fédéral de protection de la Constitution (BfV) allemand, Hans-Georg Maassen, a été forcé de quitter son poste le mardi 18 septembre, après avoir remis en question l'existence des "chasses aux étrangers" qui ont eu lieu à Chemnitz fin août. Il a cependant été immédiatement promu secrétaire d'État par le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, meneur de la fronde contre la politique migratoire d'Angela Merkel.

Angela Merkel, Hans-Georg Maassen et Horst Seehofer

Angela Merkel, Hans-Georg Maassen et Horst Seehofer - Crédits : Bundesministerium des Innern / Sandy Thieme ; medienmagazinpro / Flickr ; European Union

Écarté, mais aussitôt replacé

Le chef du renseignement intérieur allemand, Hans-Georg Maassen, "était sous le feu des critiques depuis qu’il avait mis en doute la réalité des 'chasses aux migrants'", explique Ouest-France. Ces événements racistes s'étaient déroulés à la fin du mois d'août à Chemnitz "en marge des manifestations consécutives au meurtre d’un Allemand, imputé à des demandeurs d’asile" [Ouest-France]. C'est finalement mardi 18 septembre dans l'après midi que "les dirigeants des partis de la coalition au pouvoir (Union chrétienne-démocrate, Union chrétienne-sociale et Parti social-démocrate) se sont réunis à Berlin pour débattre de l'avenir" de Hans-Georg Maassen, rapporte le quotidien régional.

Allemagne : manifestations d’extrême droite et "chasse" aux étrangers

Les "chasses collectives" néonazies avaient en effet été "dénoncées par Angela Merkel après des manifestations contre les migrants à l'appel de l'extrême droite à Chemnitz", relate Europe 1. Le démenti du chef du renseignement embarrassait la chancelière, alors que l'homme niait aussi la réalité d'une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux et attestant de ces chasses.

Au-delà de la crise politique, "la presse allemande accuse Hans-Georg Maassen d'avoir transmis au parti d'extrême droite AfD des informations confidentielles, ce que ce dernier dément formellement", selon France Info. En revanche, il a reconnu "avoir rencontré des membres de l'AfD, 'comme il le fait régulièrement', avec nombre de personnalités de l'ensemble de l'échiquier politique", poursuit le média.

En fin de compte, "sa situation était devenue intenable", déclare La Libre (Belgique), si bien que M. Maassen "a été débarqué de son poste", suite à la réunion du mardi 18 septembre. Pourtant, l'ancien chef de l'Office fédéral de protection de la Constitution (BfV) allemand "a été dans la foulée désigné secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur" par le ministre, le Bavarois Horst Seehofer, "bête noire de la chancelière", qui organise la fronde contre sa politique migratoire.

Sous les huées, Merkel maintient sa coalition

Le limogeage par la chancelière, finalement transformé en promotion par le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, s'est déroulé à la surprise générale : "davantage que la destitution de M. Maassen, c’est cependant sa nomination à un poste de secrétaire d’Etat qui a suscité, mardi soir, le plus de commentaires", rapporte Le Monde. "Car si son éviction avait fini par sembler inévitable, sa promotion, en revanche, a pris tout le monde de court", selon le quotidien. Le président du Parti libéral-démocrate (FDP), Christian Lindner, a ainsi déclaré que "la mutation de M. Maassen est un faux-fuyant. Ou on lui fait confiance ou non. Tout ce théâtre montre que la coalition ne suit aucune ligne".

Comme le rappelle France 24, "Angela Merkel avait estimé ces derniers jours que la mise à l'écart [de M. Maassen] ne mettrait pas en péril sa coalition" : le maintien du gouvernement se fait finalement au prix d'un parachutage vivement contesté, pour ménager les Bavarois de l'Union sociale-chrétienne (CSU).

L'accord entre Angela Merkel et la CSU fait la Une des journaux du pays. RFI propose un florilège des premiers commentaires "au vitriol" de la presse allemande : "une tragédie à l’opéra-comique", "un numéro pour cabarettiste". Dans l'opposition, on "tire à boulets rouges sur le compromis de la grande coalition" : les responsables écologistes et de die Linke (gauche) parlent par exemple de "magouille incroyable", ou encore d'une "farce qui récompense l’illoyalité", poursuit la chaîne de radio.

"Sur le plan politique, la crise ouverte autour de Hans-Georg Maassen n'a été qu'une nouvelle illustration de l'affaiblissement politique croissant de la chancelière", conclut L'Express. "Sa coalition a connu les pires difficultés à voir le jour", poursuit l'hebdomadaire. Forcée de faire un grand écart politique pour se maintenir, "Angela Merkel apparaît depuis continuellement tiraillée entre le SPD, entré à reculons au gouvernement, et la CSU qui ne cesse de contester sa politique migratoire" [L'Express].