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Migrations et droit d'asile : la fracture Est-Ouest

Revue de presse 22.06.2018

À Budapest, les dirigeants des quatre pays membres du groupe de Visegrád se sont réunis jeudi 21 juin pour évoquer la question migratoire. Ils ont notamment plaidé pour un renforcement des frontières et annoncé leur "boycott" du mini-sommet européen sur l'immigration de ce dimanche.

Groupe de Visegrád

Sommet des dirigeants du groupe de Visegrád le 21 juin 2018, à Budapest. De gauche à droite : Andrej Babiš (République tchèque), Sebastian Kurz (Autriche), invité au sommet, Viktor Orbán (Hongrie), Peter Pellegrini (Slovaquie) et Mateusz Morawiecki (Pologne) - Photo : Facebook - Viktor Orbán.

"Si la crise migratoire est aujourd'hui contenue, les désaccords demeurent profonds entre les États-membres", écrit Euractiv. Après la crise de l'Aquarius et les récentes tensions qui traversent le gouvernement Merkel, la fracture européenne sur l'immigration a une nouvelle fois été illustrée jeudi 21 juin, à l'occasion d'un sommet réunissant les pays du groupe de Visegrád. Ce groupe informel, aussi appelé V4, réunit la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie.

Qu'est ce que le groupe de Visegrád ?

C'est le Premier ministre hongrois, Victor Orbán, qui était l'hôte de ce sommet se tenant à Budapest. Le chancelier autrichien Sebastian Kurz, à la tête d'une coalition d'extrême-droite avait quant à lui été convié comme invité d'honneur. À l'issue de ce sommet, les dirigeants autrichien, hongrois, tchèque, slovaque et polonais ont réaffirmé leur position commune sur la politique migratoire. Tous – à l'exception de M. Kurz – ont également annoncé qu'ils ne se rendraient pas au mini-sommet européen sur l'immigration prévu dimanche 24 juin.

Contrôle des frontières

Au sujet de la politique migratoire européenne, les dirigeants du V4 ont plaidé pour un renforcement du contrôle des frontières.  Le Premier ministre Victor Orbán estime ainsi que "nous devons nous concentrer sur les questions pour lesquelles nous sommes d'accord, comme par exemple la protection des frontières (...) et laisser de côté celles pour lesquelles il n'y a pas d'entente", rapporte le journal belge Le Vif. Son homologue tchèque, Andrej Babis, a renchéri en plaidant pour un renforcement de l'agence Frontex. M. Babis a notamment proposé d'accroître les effectifs  les effectifs de 1 500 à 10 000 agents [Deutsche Welle].

Les dirigeants du V4 ont également annoncé "qu’ils ne participeraient pas au mini-sommet européen sur l’immigration organisé par la Commission européenne à Bruxelles dimanche" et qu'ils interprètent comme une "manifestation de soutien à la chancelière allemande, Angela Merkel", écrit Le Monde. Le quotidien explique qu'ils contestent sa "légitimité", et sa convocation par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Pour Victor Orbán, c’est le président du Conseil européen "[Donald] Tusk qui est responsable de l’organisation des sommets et non pas la Commission".

Mini-sommet européen

Politico relativise la portée de ce boycott, rappelant que ces dirigeants "n'ont jamais reçu d'invitation" à participer au mini-sommet. Ce dernier doit rassembler "une dizaine de dirigeants européens, dont le président français, Emmanuel Macron", ainsi que ses homologues "italien, grec, maltais, espagnol, autrichien, bulgare, belge et néerlandais". La Commission avait toutefois indiqué que la réunion était "ouverte aux autres pays européens désireux de s’y joindre" [Le Monde].

Ce mini-sommet intervient moins d'une semaine avant le Conseil européen des 28 et 29 juin, qui réunira cette fois l'ensemble des chefs d'État et de gouvernement de l'UE. "La réunion de dimanche (…) est donc censée être une 'préparation' à ce Conseil", écrit Le Monde. Et apparaît pour le quotidien comme "une aide à la chancelière allemande", Angela Merkel, confrontée à la fronde de son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer. M. Seehofer a en effet lancé un ultimatum à la chancelière, lui donnant jusqu'au Conseil européen pour trouver un moyen de réduire les entrées de migrants dans le pays. Il a également "menacé, en cas d’échec, de fermer les frontières allemandes" [Le Monde].

Selon des documents obtenus par la presse allemande et cité par Euractiv, les dirigeants devraient évoquer dimanche un durcissement des contrôles "des mouvements internes des migrants au sein de l’UE, en prévoyant 'une amende'  pour ceux qui passeraient dans un autre pays européen que celui où ils ont été enregistrés à leur arrivée". D'après une information de l'AFP reprise par Libération, "la mise en place d’un 'mécanisme de solidarité efficace' avec des quotas de répartition obligatoires des migrants entre les différents pays membres" serait également discutée. "Un chiffon rouge pour les pays de Visegrád qui rejettent catégoriquement une telle initiative depuis plus de deux ans" [Libération]. Dans Le Monde, un diplomate s'interroge ainsi sur la "valeur d'un accord à dix pays" en l'absence notamment de la Hongrie.