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Le débat entre croissance et rigueur anime l'Europe

Revue de presse 18.06.2014

"Personne ne peut accepter les déficits qu'on a aujourd'hui mais, pour les surmonter, il faut de la croissance, il faut de l'emploi" a déclaré lundi le ministre de l'Economie allemand Sigmar Gabriel qui propose un nouveau calcul des déficits publics en Europe dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance. Une proposition choc qui va à l'encontre de la position d'Angela Merkel, catégorique sur ce point. Mais le message semble séduire l'Italie et la France.

Sigmar Gabriel, ministre de l'économie allemand et vice-chancelier

Le Monde s'interroge sur les possibles implications du souhait émis par le responsable allemand : "l'Allemagne serait-elle à la veille d'assouplir la rigueur imposée aux pays européens en difficulté ?". En effet, pour le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, les règles européennes relatives au calcul des déficits publics sont trop strictes pour permettre aux Etats membres d'honorer leurs engagements. Ainsi, celui-ci préconise que "les coûts qui sont occasionnés par toutes les mesures de politique de réforme (…) ne devraient pas être pris en compte dans les critères de déficit".

Toutefois, cette proposition a peu de chances de voir le jour et devrait rester lettre morte. C'est ce que rapporte La Tribune qui rappelle que cela équivaudrait à se tirer une balle dans le pied pour la chancelière qui a œuvré pour le durcissement des règles de stabilité suite à la crise de la zone euro. De plus, les implications de politique intérieure allemande sont au cœur de cette déclaration. En effet, le SPD – qui fait partie de la coalition au pouvoir avec la CDU d'Angela Merkel – est sorti quelque peu renforcé des élections européennes et les dires de Sigmar Gabriel viennent illustrer cette prise de confiance et la continuité de la pression mise par le SPD sur la CDU. De plus, si la chancelière venait à aller dans ce sens, il s'agirait d'un véritable appel d'air pour le parti eurosceptique allemand Alternative für Deutschland, qui a également réalisé une percée aux Européennes, souligne le quotidien.

Plutôt qu'une opposition frontale entre Sigmar Gabriel et son collègue ministre des Finances Wolfgang Schaüble, il faut y voir une différence d'approche surmontable : "le principe de prendre en compte les investissements est le bon. Même s'il ne faut sans doute pas changer les règles européennes, il faut les interpréter et les appliquer d'une façon intelligente" analyse Henrik Enderlein, économiste et directeur du nouvel Institut Jacques Delors de Berlin [Le Monde].

La déclaration de Sigmar Gabriel agit comme un catalyseur explique le journaliste Romaric Godin dans La Tribune : "pour certains, c'était le message que toute l'Europe attendait". Cela va en effet dans le sens voulu par l'Italie qui s'apprête à prendre la présidence tournante de l'Union européenne. Selon Reuters, Hannes Swoboda, président du groupe socialiste au Parlement européen, a laissé entendre que l'UE était en cours de modification du Pacte de stabilité et de croissance à la demande de Rome qui veut relancer sa croissance. La condition posée par Matteo Renzi pour que l'UE fasse un effort d'assouplissement en matière budgétaire : le soutien à Jean-Claude Juncker pour la présidence de la Commission.

La France – dont le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg est un farouche opposant à la rigueur budgétaire – se réjouit également de cette demande, mais a tort de l'être estime Le Monde alors que Paris a déjà bénéficié de deux ans supplémentaires pour atteindre un déficit de 3% du PIB. "Déficit public : la Cour décompte" titre Libération. Sur ce sujet, la Cour des comptes a lancé un nouvel avertissement à l'hexagone sur sa gestion des comptes publics, lesquels devraient s'approcher de 4% du PIB en 2014, s'éloignant des 3% du PIB visés [Les Echos]. La situation est d'autant plus préoccupante que c'est la première fois que la Cour des comptes compare les prévisions françaises avec ses voisins, ce qui laisse apparaître des résultats français moins bons que la moyenne de la zone euro [Le Figaro]. Au menu du traitement préconisé par l'institution, on retrouve notamment la réduction du nombre de fonctionnaires [L'Opinion].

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