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Catalogne : l'élection d'un nouveau président ne résout pas la crise

Revue de presse 15.05.2018

Après des mois de vide politique, la Catalogne a de nouveau un président. L'indépendantiste Quim Torra a été élu de justesse par le Parlement catalan pour prendre la tête de la Generalitat, l'exécutif régional. Si cette élection signifie la fin de la mise sous tutelle de la Catalogne par Madrid, elle est loin de résoudre le conflit qui oppose la communauté autonome au pouvoir central.

Quim Torra, le nouveau président de la Catalogne.

Quim Torra, le nouveau président de la Catalogne. Photo : CC BY-NC 2.0 - Crédits : Richard Maenpaa.

"La Catalogne a enfin un nouveau président" titre Le Figaro. Après des mois de crise politique, le Parlement catalan a choisi lundi 14 mai l'indépendantiste Quim Torra pour mener la Generalitat, l'exécutif régional de Catalogne. Le Point note que cet éditeur de 55 ans a été élu de justesse, "par 66 voix pour et 65 contre, avec les quatre abstentions du parti séparatiste d'extrême gauche Candidature d'unité populaire (CUP)".

Quim Torra doit maintenant former un gouvernement, "ce qui entraînera automatiquement la levée de la tutelle imposée par Madrid" sur la Catalogne, explique Le Point. L'hebdomadaire rappelle que cette tutelle avait été imposée par le gouvernement espagnol, après que les députés séparatistes avaient proclamé l'indépendance de la région, le 27 octobre 2017. L'ex-président de la Generalitat, Carles Puigdemont, avait quant à lui été destitué et "inculpé pour rébellion, un chef d'accusation passible de 30 ans de prison". Parti en Belgique puis en Allemagne pour échapper à la détention, Carles Puigdemont, qui a désigné Quim Torra comme successeur, attend maintenant que "la justice allemande se prononce sur une demande d'extradition de l'Espagne" [Le Point].

Radicalement indépendantiste

Lors de son discours devant le Parlement, Quim Torra a détaillé son programme gouvernemental, qui inclut "un salaire minimum de 1 100 euros bruts et un revenu garanti" pour les personnes sans ressources, rapporte le quotidien catalan La Vanguardia. Mais c'est surtout la mise en place d'une République catalane ainsi que la rédaction d'une Constitution catalane qui ont été présentées comme les grands objectifs de son mandat, souligne le journal. Le Point ajoute que Quim Torra s'est engagé à "rouvrir les 'ambassades' de Catalogne [à l'étranger] fermées par l'État [espagnol]" en 2017 et a évoqué "la création de structures de gouvernement parallèles à l'étranger pour préparer la sécession : un 'conseil de la République' présidé par Carles Puigdemont, et une assemblée composée d'élus locaux".

Pour La Vanguardia, la promesse la plus provocante est celle de rétablir 16 lois catalanes qui avaient été invalidées par la Cour constitutionnelle espagnole, car elles empiétaient sur les prérogatives nationales. Mais Quim Torra s'est engagé à se conformer à la décision du tribunal si elles devaient de nouveau être annulées. Ainsi, a priori, aucune promesse ne sort du cadre juridique espagnol, estime le quotidien catalan.

Mécontentement de Madrid et de l'opposition

Le Figaro rapporte quant à lui que, devant le Parlement catalan, le nouveau président "a présenté des excuses pour des tweets injurieux à l'égard des Espagnols [et] que l'opposition anti-indépendance [avait] ressorti des archives". Il avait notamment "qualifié de 'charognards, vipères et hyènes' ceux qui ne défendent pas comme lui la culture et la langue catalanes", précise Le Point.

Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a déclaré qu'il misait maintenant sur la compréhension et l'entente mutuelle avec Barcelone. Il a toutefois averti "qu'il pourrait à tout moment reprendre le contrôle de la région si M. Torra violait la Constitution" [Le Point]. Dans une interview à La Vanguardia, le délégué du gouvernement central en Catalogne, Enric Millo (Parti populaire, conservateur),  a reconnu que le discours de Quim Torra n'avait "pas plu" à l'exécutif. "Le problème n'est pas qu'il soit indépendantiste", a précisé M. Millo, "mais que son discours ne montre aucune volonté de lutter contre la fracture sociale qui existe en Catalogne".

D'autres voix se sont élevées contre la promesse de Quim Torra de n'occuper le poste de président de la Generalitat que "jusqu'à ce que [Carles] Puigdemont soit libéré des accusations de rébellion et de détournement de fonds, et qu'il puisse retourner à Barcelone" [EU Observer]. Euractiv relève ainsi que "son discours a provoqué la colère de l’opposition catalane, qui l’a traité de 'marionnette' tandis que le journal conservateur El Mundo le présentait comme 'le ventriloque de Puigdemont'".

La Catalogne loin d'une sortie de crise

Ainsi, "de l’avis général, l’élection de Quim Torra est le prélude à un nouvel affrontement entre séparatistes catalans et le pouvoir central" [RFI]. Nombreux sont ceux qui craignent que la personnalité du nouveau président catalan ne conduise à un nouveau bras de fer avec Madrid, rapporte la chaîne de radio. Une opinion partagée par Camino Mortera-Martinez, politologue au sein du think tank Centre for European Reform. Interrogée par le EU Observer, elle estime qu'une autre crise devrait immanquablement se produire : "si [Quim] Torra attend un hypothétique retour de Puigdemont, 'la Catalogne se dirigera vers une nouvelle période d'immobilisme, mauvaise pour l'économie'". Mais s'il commence à prendre des mesures politiques, il y a alors le risque que cela dégénère en un conflit ouvert avec Madrid, analyse la politologue.

"Première action en tant que président", Quim Torra doit se rendre à Berlin ce mardi 15 mai, afin de rencontrer Carles Puigdemont [El País, Espagne].