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Allemagne : manifestations d’extrême droite et "chasse" aux étrangers

Revue de presse 28.08.2018

La ville saxonne de Chemnitz s’est embrasée dimanche 26 août après une rixe mortelle entre un Allemand et deux étrangers. La cité d’ex-RDA a été le théâtre de manifestations d’une extrême droite belliqueuse et de chasses à l’homme racistes.

Manifestation de l'extrême droite à Chemnitz

Manifestation de l'extrême droite à Chemnitz - Crédits : Thomas Wieder / Twitter

Saluts hitlériens et slogans anti-immigration

La colère gronde dans le Land de Saxe : "48 heures après la mort d'un Allemand de 35 ans, poignardé dans une rixe impliquant entre autres un Syrien et un Irakien, les manifestations d'extrême-droite se succèdent à Chemnitz, à l'est du pays", relate Europe 1. Le journal Libération attribue la paternité de la réunion à "des militants de l’AfD (extrême droite) et des membres du mouvement islamophobe Pegida qui s’étaient concertés afin d’organiser des marches ‘spontanées’".

Selon Europe 1, "la situation a dérapé dès les premiers instants du rassemblement". Dans une volonté manifeste d’en découdre, "certains manifestants, venus avec des armes de poing et des gants de combat, n'ont pas hésité à provoquer les contre-manifestants, parqués à une centaine de mètres". Citées par la radio, les forces de l'ordre "ont fait état de ‘plus de cent personnes qui se sont dissimulées le visage’, d'autres arrachant des pierres, et de certaines faisant le salut hitlérien".

"‘Abschieben ! Abschieben !’ (Expulsions ! Expulsions !), scandent ces manifestants" traduits par le journaliste du Monde Thomas Wieder, qui a filmé la scène sur Twitter. Le journal du soir continue en expliquant que les "sympathisants d’extrême droite avaient ‘attaqué à coups de jets de bouteilles et de pierres’ des policiers qui ont dû faire usage de gaz lacrymogènes, selon Mme Penzel", cheffe de la police locale.

La situation est ensuite restée critique pendant plusieurs heures, et "à la nuit tombée, la police dénombrait les premiers blessés, mais n’a fourni aucune précision sur leur nombre ou la gravité de leur état" [Europe 1]. "Avec seulement 300 hommes déployés dans la rue, elle a toutefois admis n’avoir jamais rien pu contrôler, lundi soir à Chemnitz".

"Le gouvernement fédéral, via son porte-parole Steffen Seibert, a condamné les événements de Chemnitz", souligne Libération : "nous ne pouvons pas accepter de telles émeutes, de telles chasses à l’homme parce que quelqu’un a une apparence physique ou des origines différentes", a-t-il déclaré.

La Saxe, traditionnellement très à droite

Les slogans étaient aussi politiques, visant le gouvernement et sa ligne de conduite : "‘Merkel doit partir’, scandaient certains manifestants, arborant des drapeaux allemands, du parti d’extrême droite AfD, et des pancartes telles que : ‘Arrêter le flot de demandeurs d’asile’ ou ‘Défendre l’Europe !’", peut-on lire dans Le Monde.

"La situation était si chaotique dimanche en fin de journée que la police de Chemnitz a dû demander des renforts de Leipzig et de Dresde", rapporte Libération. "La maire sociale-démocrate de la ville, Barbara Ludwig, s’est dite ‘horrifiée’ par les événements". Dans le même temps, "le député AfD Markus Frohnmaier, a commenté l’affaire en niant l’État de droit", déclarant sur Twitter : "si l’État ne peut plus protéger les citoyens, les gens sortent dans la rue et se protègent. C’est simple !" [Libération].

Le Monde pointe du doigt la situation conflictuelle de la Saxe, "région qui ne compte que 4,4% d’étrangers au sein de sa population" et où "la communauté turque a dénoncé ‘des tentatives de pogrom’". En revanche, souligne Europe 1 "les néonazis, eux, y sont fortement implantés".

Dans une rapide analyse politique, Libération revient sur l’histoire de la région. Robert Lüdecke, porte-parole de la fondation Amadeu Antonio, engagée contre l'extrême-droite, explique que "la Saxe a une expérience très limitée des minorités et de l’immigration. On doit cela à son héritage de Land d’ex-RDA. (…) Après la réunification, les partis et organisations de droite ont profité du vide politique qui en a résulté". Aujourd’hui, conclut le journal, c’est dans la Saxe que "l’AfD a réalisé son plus impressionnant score lors des dernières législatives : 27 % des voix, contre une moyenne nationale de 12,6 %".