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Stefanos Loukopoulos : "la majorité des Grecs attendent les élections du 20 septembre avec un mélange de cynisme et de mépris"

Actualité 16.09.2015

Dimanche 20 septembre, les citoyens grecs se rendront une nouvelle fois aux urnes pour élire les députés de leur Parlement. Des élections législatives anticipées à la suite de la démission du Premier ministre en août dernier qui interviennent deux mois après le référendum sur les propositions financières des créanciers, et dans un contexte politique et économique fragile. Garantir plus de transparence et suivre de près le travail des députés grecs, c'est la mission de la plateforme Vouliwatch créée en 2014 par une jeune équipe. Toute l'Europe a interrogé Stefanos Loukopoulos, son fondateur et directeur, avec la collaboration de Nefeli Lefkopoulou, collectrice des fonds et spécialiste d’analyse politique de Vouliwatch.

 

La plateforme Vouliwatch.gr a été lancée en 2014. Comment est né ce projet ? 

Site Vouliwatch

 

Stefanos Loukopoulos : La naissance du projet de Vouliwatch trouve sa raison d'être dans le besoin d’un groupe de jeunes professionnels de contribuer au changement de la culture politique grecque. Il était nécessaire que cette dernière fasse la transition entre une situation d’apathie et de beaucoup de bruit pour rien et celle d'une participation citoyenne active, responsable et transparente.

Stefanos Loukopoulos, directeur de Vouliwatch

Stefanos LoukopoulosStefanos Loukopoulos a fait ses études en sciences politiques, relations internationales et analyse du conflit international au Royaume-Uni et en Belgique. Après avoir travaillé à Londres et à Bruxelles, il a acquis des compétences approfondies dans le secteur de la société civile. Avant de s’engager dans le secteur des ONG, Stefanos Loukopoulos a également travaillé au Parlement européen.

Nous sommes arrivés à la conclusion que le changement de notre système démocratique, stigmatisé par le népotisme et la corruption, peut s'opérer grâce à une participation renforcée et un contrôle des citoyens sur l’activité parlementaire. L’accès à l’information et la participation citoyenne sont, en effet, les deux piliers les plus importants d’une démocratie saine. En lançant Vouliwatch, nous avons voulu faciliter ce processus. 

Comment votre équipe travaille-t-elle pour garantir plus de transparence sur le travail du Parlement ?

Stefanos Loukopoulos : La fonction principale de Vouliwatch est de contrôler l’activité parlementaire tout en informant les citoyens. Notre conviction est que la transparence peut être promue seulement si les membres du Parlement sont conscients qu’ils sont "suivis" par les citoyens. Par conséquent, notre plateforme donne la possibilité au public de suivre à la fois le comportement électoral de chaque parlementaire et d’échanger et communiquer avec eux de façon publique et transparente. C'est pourquoi les questions et les réponses des parlementaires sont publiées en ligne. Bien évidemment, on se rend compte que ce dispositif seul est insuffisant et que des actions au niveau législatif et gouvernemental devraient être mises en place.

Tenant compte de ces aspects, nous avons poursuivi et établi des partenariats importants qui promeuvent la transparence avec des organisations internationales comme Opening Parliament et la coalition des Nations unies contre la corruption (UNCAC) dont nous sommes membres actifs. A travers ces partenariats, nous souhaitons renforcer notre capacité à organiser des campagnes et essayer d’influencer le gouvernement. Nous avons également noué un autre partenariat important en adhérant à l’"OGP coalition" (Open Government Partnership). Dans cette coalition, nous avons aussi adopté un rôle actif en persuadant le Parlement grec de se conformer à ses engagements pour plus de transparence.

Quelle est votre stratégie pour convaincre les jeunes de s'intéresser à la politique ?

Stefanos Loukopoulos : Notre stratégie principale était, et est toujours aujourd’hui, d’employer les nouvelles technologies numériques au service de la démocratie parlementaire et de ses citoyens. Cette dernière stratégie vise à attirer de plus en plus les jeunes citoyens à travers le pays en leur donnant l’opportunité de communiquer avec leurs élus, contrôler leur comportement électoral au sein du Parlement et rester informés sur les dernières actualités du Parlement.

Il leur suffit de rester "confortablement chez eux" et d'utiliser un moyen qui leur est extrêmement connu et favori : Internet ! Grâce à ce moyen de communication, nous aimerions surtout envoyer aux jeunes un message clair : leur participation au processus démocratique est maintenant faisable et constitue une nécessité si on veut pousser les hommes politiques à être plus transparents et responsables. A travers Vouliwatch, nous souhaitons amener la politique dans la vie quotidienne des jeunes en facilitant leur interaction avec les parlementaires et en leur faisant comprendre que les hommes politiques sont là pour les servir et les représenter et non l’inverse. Enfin, en plus de notre plateforme digitale, nous organisons souvent en 'live' des discussions politiques ouvertes entre les parlementaires et les citoyens durant lesquelles les deux acteurs peuvent se rencontrer en personne et discuter sur les sujets les plus importants de la période en cours.

L'équipe de Vouliwatch

 

Les résultats du dernier référendum ont une nouvelle fois déçu la population grecque. Dans quel état d'esprit se prépare-t-elle à aller voter le 20 septembre prochain ?

Stefanos Loukopoulos : Les résultats du référendum – la victoire du 'non' à l’austérité – n’étaient pas décevants en soi. Ce qui a vraiment déçu la population grecque est le fait que leur vote était pratiquement sans signification puisque le 'non' a été transformé en un 'oui' en quelques heures seulement. Cela a, en effet, indiqué qu’un processus démocratique peut être et sera contourné s’il ne sert pas la totalité des intérêts du discours politique et économique dominant du leadership européen.

C'est, à mon avis, un coup sévère porté à la démocratie car il a malheureusement renforcé la croyance chez de nombreux citoyens qu’il n’y a aucun intérêt à voter dans un pays avec des pouvoirs de prise de décision limités. Par conséquent, il est légitime de soutenir que la majorité des Grecs attendent les élections du 20 septembre avec un mélange de cynisme et de mépris.

Selon les derniers sondages, Syriza part favori aux prochaines élections législatives. La création d'un nouveau groupe parlementaire nommé 'Unité populaire' ne risque-t-elle pas d'affaiblir le parti d'Aléxis Tsipras ?

Après la démission du Premier ministre grec Alexis Tsipras, les membres les plus à gauche de la Coalition de la gauche radicale (Syriza) ont annoncé le 21 août la création d’un nouveau parti indépendant, baptisé "Unité populaire", et la constitution d’un groupe parlementaire formé de vingt-cinq anciens députés du parti Syriza.

Stefanos Loukopoulos : Syriza pourrait être en tête aux prochaines élections législatives mais il a certainement perdu la dynamique qu’il possédait en janvier dernier, puisqu'une grande partie de ses partisans lui ont tourné le dos après les débâcles des négociations et du référendum.

En réalité, selon les derniers sondages, la différence entre Syriza et la Nouvelle démocratie est minime. Je pourrais évidemment soutenir que l’Union populaire a eu un impact sur l’affaiblissement du parti de Syriza mais je ne pense pas qu’elle soit la principale raison de sa perte de popularité. Tsipras a perdu un grand nombre d’électeurs parce qu’il a créé des attentes extrêmement élevées qu'il n'a pas réussi à satisfaire. Il a créé un sentiment d’espoir, sans précédent, qui a été brutalement écrasé en l'espace d'un mois. Cela a constitué un coup terrible à la crédibilité de Syriza parce qu’il a montré que le parti a fait des promesses qui ne peuvent pas être tenues. 

Les derniers sondages ont également indiqué que tous les électeurs désillusionnés de Syriza ne se sont pas dirigés vers l’Union populaire puisque ce parti figure assez bas dans les préférences des citoyens. Cela s’explique partiellement par le fait que l’Unité populaire est en train d’imiter la rhétorique de Syriza aux élections précédentes ce qui, comme les derniers événements l’ont prouvé, n’est pas une manière crédible de sortir de la crise.

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