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Pour une définition objective de la capacité d'absorption

Actualité 09.10.2006

Just what is this 'absorption capacity' of the European Union
Centre for European Policy Studies – Policy Brief – 06/10/06
(en téléchargement libre)

Cette étude du think tank bruxellois 'Centre for European Policy Studies', sous la direction de Michael Emerson, cherche à établir une analyse objective du concept de capacité d'absorption alors qu'aucune définition légale, économique ou politique n'en a pour l'instant été adoptée.

Depuis plusieurs années, à la faveur notamment des perspectives d'élargissement de l'Union européenne à la Turquie et aux pays des Balkans, le débat sur la capacité d'absorption a pris une dimension nouvelle. Ce concept n'est pourtant pas inédit puisqu'il est apparu la première fois en 1993 lors du Conseil européen de Copenhague qui a établi les critères économiques et politiques d'adhésion à l'Union européenne.

Lors du Conseil européen de juin 2006, la capacité d'absorption a fait l'objet de grandes polémiques entre Etats membres. C'est Paris qui a le plus contribué à mettre ce débat sur la table des négociations. La définition donnée par le président Chirac tient compte des capacités institutionnelles, financières et politiques de l'UE, ainsi que de l'état des opinions publiques. Si, comme la France, l'Autriche et les Pays-Bas sont favorables à l'idée de faire de la capacité d'absorption un nouveau critère d'adhésion, la Grande Bretagne, l'Espagne, l'Italie et les nouveaux pays membres s'y opposent.

Les auteurs de l'étude questionnent la capacité de l'Union européenne à s'adapter à d'éventuels élargissements à travers six composantes de la capacité d'absorption :

  • la capacité du marché intérieur et de la zone euro à intégrer de nouveaux membres ne poserait selon eux aucun problème. La confusion fréquente entre élargissement et mondialisation leur paraît erronée : "l'élargissement est une partie de la solution et non le problème".
  • à l'horizon 2020, l'Union européenne pourrait être confrontée à une pénurie de main d'œuvre et à des systèmes de sécurité sociale déficitaires. L'immigration économique en provenance de nouveaux pays membres constituerait un atout pour l'ensemble de l'Union.
  • les gains économiques retirés de nouveaux élargissements dépasseraient largement son coût budgétaire.
  • l'échec de l'adoption de la Constitution ne représente pas un obstacle à l'élargissement. Un consensus existe sur des réformes institutionnelles que l'UE pourrait adopter avant tout nouvel élargissement. L'Union aurait donc la capacité institutionnelle d'intégrer de nouveaux membres.
  • la capacité de la société européenne à assimiler les nouveaux migrants soulève de nombreuses craintes. Une meilleure explication de ces enjeux et une réflexion sur un "le multiculturalisme européen" permettraient d'effacer ces tensions.
  • la capacité de l'UE à assurer sa sécurité doit être prise en compte lorsqu'il s'agit de définir les frontières de l'Europe. Compte tenu du positionnement géopolitique de la Turquie ou de l'Ukraine, les enjeux sont cruciaux.


Les auteurs concluent que la capacité d'absorption ne doit pas être considérée comme une réalité statique, ni comme une "doctrine européenne"; il faut selon eux tenir compte des différentes dynamiques permettant d'envisager le changement. Fautes d'explications et de choix politiques à partir d'éléments objectifs, ce concept pourrait même, affirment-ils, faire le jeu de la rhétorique populiste.

Voir aussi : Le "critère caché" de Copenhague, par Michael Emerson (Telos-eu- 15/11/06)