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Martin Schulz : "Nous devons être plus fermes avec les chefs d'Etats et de gouvernements"

Actualité 31.10.2011

Le Président du groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen, et selon toute vraisemblance Président du Parlement européen à partir de janvier 2012, était à Paris la semaine dernière pour livrer son analyse de la crise que traverse la zone euro. Touteleurope.eu lui a posé quelques questions sur le dernier sommet européen et le rôle du Parlement.

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Touteleurope.eu : Les mesures décidées lors du sommet européen du 26 octobre vont-elles permettre de lutter efficacement contre la crise ?

Martin Schulz : Il s'agit à nouveau d'un sommet intermédiaire. Trois décisions centrales ont été prises : la recapitalisation des banques jusque juin 2012, on verra le résultat ; la décote de la dette grecque, qui dépend de l'accord entre les banques privées ; un changement du traité, avec la constitution d'un groupe de travail qui rendra ses résultats en mars 2012.
Donc ces trois décisions sont un pas en avant dans la bonne direction, mais rien n'est entériné. C'est un succès pour le moment, et nous verrons plus tard s'il s'agit d'un succès à long terme.

Touteleurope.eu : Quelles sont les prochaines étapes ?

M.S. : La recapitalisation des banques doit être liée à des conditions : partiellement sauvées par des budgets publics et des crédits aux contribuables, ces banques doivent maintenant accepter des règles visant à limiter la spéculation, et que les 50% de décote de la dette grecque soient des pertes privées.

En ce qui concerne le changement des traités, je suis plus sceptique. Je crois que nous n'avons pas besoin d'un débat institutionnel pour le moment. Les instruments pour faire face aux défis actuels sont disponibles.

Touteleurope.eu : L'Europe a fait appel aux pays émergents : est-ce le signe d'un affaiblissement du vieux continent ?

M.S. : Ce n'est pas un affaiblissement. L'Union européenne prend note du renforcement des autres parties du monde, les Européens doivent comprendre qu'ils sont encore forts mais que les autres ne sont plus faibles. L'Europe s'est très longtemps contentée d'un statut de continent riche, croyant que le monde était l'Europe. La réalité est que nous sommes 8% de la population mondiale, donc 92% ne vit pas en Europe, et ils commencent à s'exprimer un peu.
Il faut que les Européens comprennent que ce n'est pas un risque mais une chance. L'échange avec les pays émergents nous permet de maintenir notre stabilité économique et sociale. Les altermondialistes ont tort : la mondialisation est un risque, oui, mais il est maîtrisable, et constitue une chance pour ceux qui étaient pauvres auparavant.

Touteleurope.eu : Quel bilan faîtes-vous de l'action du Parlement européen depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne ?

M.S. : Le Parlement européen doit jouer un rôle plus actif en sauvegardant nos droits démocratiques. Il y a une certaine tendance, surtout parmi les chefs d'Etats et de gouvernements, à négliger cette institution. L'Europe ne peut pas se contenter d'avoir un parlementarisme national. Il est absolument nécessaire que les parlements nationaux prennent leurs responsabilités et contrôlent leurs gouvernements. Mais quand les représentants des gouvernements allemand ou français, par exemple, quittent leur pays pour Bruxelles ou Strasbourg, ils se transforment en institution européenne. Le Parlement européen a alors une légitimité pour contrôler leurs décisions, qui ont un impact direct sur nos concitoyens. Nous devons ainsi être un peu plus fermes avec le Conseil.