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Le rôle de la concurrence dans la libération de la croissance

Actualité 07.11.2007

Mercredi 7 novembre, le CERI de Sciences Po et le Mouvement Européen France ont organisé une conférence sur "la France et l’Union européenne face à la politique de concurrence". Les intervenants ont débattu du rôle de la concurrence dans la libération de la croissance économique en France et dans l'Union européenne.

Jean Quatremer a ouvert le débat en relevant "l'aversion historique à l'économie de marché en France, unique en Europe aujourd'hui". Pour le journaliste de Libération, les Français ne sont pas convaincus que la concurrence est favorable à la croissance économique.

"L'insuffisante ouverture des marchés en Europe"

Jean-Philippe Cotis, directeur de l'INSEE, ancien économiste en chef à l'OCDE, a souligné "l'insuffisante ouverture des marchés en Europe" qui tend à "affaiblir les économies". En invoquant des analyses empiriques, J-P Cotis a estimé qu'une concurrence plus intense est favorable aussi bien à l'emploi qu'à la productivité. Selon lui, si certaines entreprises peuvent être mises en difficulté par plus de concurrence, les pertes d'emploi correspondent seulement à un effet de court terme.

 

Sur les effets "inégaux de la concurrence", Philippe Aghion, professeur à Harvard, a indiqué qu'à "court terme, il y a des gens qui y perdent" subissant des "coûts de transition". "Il faut les aider", assure P. Aghion, des "filets de sécurité" peuvent être mis en place.

Les intervenants ont rappelé les fondements d'une politique de concurrence, notamment au niveau européen. Dans une économie de marché, la politique de concurrence "discipline les capitalistes",  note J-P Cotis, en fixant des gardes fous conte les excès du système. La plupart des intervenants se sont accordés pour dire qu' il faut introduire de la concurrence dans certains secteurs, mais qu'il est nécessaire que cette mise en concurrence soit régulée. Le rapport sur la libération de la croissance en France, préparé par Jacques Attali, souligne le besoin d'une concurrence accrue en France dans plusieurs secteurs, notamment la distribution.

La concurrence : "ni une religion, ni un objectif"

Sur la place de la concurrence dans les politiques européennes, la députée européenne Evelyne Gebardt a déclaré que "la concurrence est un instrument économique et pas plus". "Il ne faut pas le surestimer", a-t-elle souligné. La politique menée par la Commission a été conçue comme une "politique d'intégration", selon Philippe Aghion. Jean-Pierre Spitzer, avocat, a cité Montesquieu : "c'est la concurrence qui donne un prix juste aux produits". Selon lui, "la concurrence n'a jamais été un religion, ni un objectif" pour l'Union européenne.

La députée franco-allemande a expliqué que la notion de "concurrence libre et non faussée" fait référence à un besoin de "régulation" et que le Parlement européen entend par là favoriser "les mêmes règles pour tous", et non exercer une supposée dérégulation, tant décriée en France.

 

Pour Nicolas Jabko, chercheur au CERI, les raisons de "la méfiance [française] à l'égard du marché" sont dues au fait que "le modèle français dirigiste a très bien marché pendant longtemps, [ce qui] explique la réticence des Français par rapport au marché et à la concurrence".

Ni la Commission, pour qui la concurrence est une "politique reine", ni les gouvernements n'ont été assez "pédagogues" envers les Français en particulier à propos des services publics, a poursuivi le chercheur. Sur cette question, Evelyne Gebardt a insisté sur le fait que "les services d'intérêt économique général ne peuvent pas être mis en concurrence". Jacques Attali l'a rejointe sur ce point, en soutenant le maintien de "sanctuaires du service public".