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L'identité européenne en question - Dossier de l'IFRI

Actualité 12.11.2007

PEAu sommaire du dernier numéro de Politique étrangère publié par l'Institut français des relations internationales (IFRI), un dossier intitulé "Europe, identités et politiques".

Europe, les identités troubles

Pour Sophie Heine et Paul Magnette, de l'Université libre de Bruxelles, "le sens de l'Europe est complexe parce qu'il est profondément dépendant des cadres mentaux de chaque nation, et que ce nationalisme normatif résiste remarquablement à l'usure du temps. […] Le sens de l'Europe [n'est pas culturel, il] est politique et seulement politique." Or, le politique peut compter sur un "modèle européen de société" caractérisé "par la priorité qu'il donne à la solidarité sur l'individualisme" et que le processus d'intégration européenne contribue à construire (via les fonds structurels notamment).

S'ils estiment qu'on assiste aujourd'hui à une "appropriation de l'objet européen par l'opinion publique", les auteurs mettent toutefois en garde sur "le clivage gagnants/perdants [qui] s'installe au cœur de la politique européenne", alimenté par les nationalismes de gauche et de droite. "L'Europe sociale pourrait devenir un nouvel objectif mobilisateur, renforçant à la fois la légitimité et l'identité du projet européen", mais "il semble difficile de refonder la légitimité de l'Union uniquement en évoquant ses performances sociales et politiques". Sophie Heine et Paul Magnette, faisant notamment référence au philosophe Jürgen Habermas, suggèrent "de compléter l'identité civique et constitutionnelle de l'Europe par une identité culturelle plus chaude". Autrement dit, il s'agirait de susciter un "sentiment commun d'appartenance plus fort", "un sens du nous", ce qui n'est pas sans danger "pour les libertés individuelles".

Sophie Heine et Paul Magnette concluent avec optimisme : "la construction européenne a toujours été un "champ de tensions" et "la question de l'identification est peut-être moins dramatique qu'elle ne le semble à première vue".

L'UE crée-t-elle ou détruit-elle la démocratie ?

Vivien A. Schmidt, professeur à l'Université de Boston, analyse les "perturbations" des démocraties nationales provoquées par la construction européenne, voulue comme la création d'une démocratie au niveau supranational. Pour elle, "le célèbre déficit démocratique ne se situe pas tant au niveau européen qu'au niveau national" : "ressouder les deux niveaux" est dès lors nécessaire. Pour cela, il est temps que les responsables politiques développent de nouvelles pratiques prenant en compte ce changement. Trois questions se posent alors.

A la première question "qu'est-ce que, en fait, l'UE ?", l'auteur répond : un "Etat-région" caractérisé par "une identité composite" et "un système de gouvernance très complexe".

A la seconde question "dans qu'elle mesure l'UE crée-t-elle de la démocratie au niveau supranational ?", Vivien A. Schmidt défend l'idée d'une "démocratie fragmentée". Le niveau supranational (européen) reposerait sur un mécanisme de consultation permanente (gouvernement avec le peuple) et de gouvernance efficace (pour le peuple). Le niveau national serait plutôt caractérisé par un mécanisme de représentation du peuple (gouvernement du le peuple) et de participation politique (par le peuple).

Enfin, à la question "pourquoi l'UE détruit-elle la démocratie dans les Etats-membres ?", elle répond : "la démocratie représentative directe par le peuple et du peuple, qui se fait par les élections et les partis est en grande part absente [au niveau européen]". Vivien A. Schmidt en conclut qu'au niveau européen, on a des "politiques publiques sans politique qui déterminent au niveau national l'existence d'une politique sans politiques publiques, de plus en plus de décisions se déplaçant hors de l'arène politique national". Il en résulte que "l'Union, déjà largement dépolitisée, risque de dépolitiser aussi le niveau national".

Le troisième article de ce dossier, signé Jan Horst Keppler, se penche plus spécifiquement sur la politique énergétique de l'UE.